Notre histoire que nous connaissons si peu ! | Boubaker Ben Fraj, Ibn Khaldoun, Hussein Ibn Ali, Deys d’Alger, Beys de Constantine
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Boubaker Ben Fraj   

«  L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue » Nietzsche

Je me suis convaincu d’écrire ce billet, à la suite d’une discussion que j’ai eue, il y a quelques jours, avec des amis, à propos des événements qui défraient ces temps-ci, en cascade, la chronique dans notre pays. Le sujet de notre conversation portait sur les évolutions envisageables, dans le contexte incertain actuel, des relations entre la Tunisie et ses deux voisins limitrophes: L’Algérie et la Libye.

Mais pouvait-on sérieusement aborder un sujet si important pour le présent de notre pays et son avenir, sans interpeller le passé lointain, ou plus récent, de ses relations avec ses deux voisins ? Peut–on appréhender le présent, sans nous appuyer sur des repères dans le passé ? Celui qui nous enseigne justement que les rapports de la Tunisie avec l’Algérie d’un côté, et la Libye de l’autre, ne furent pas toujours un long fleuve tranquille ; qu’elles ont connu depuis les temps les plus reculés, et sans chercher trop dans les détails, des épisodes sereins, d’entente, de stabilité, et de prospérité, et des périodes confuses, de méfiances, de tensions, d’ingérences et de conflits.

Cette incursion fortuite, mais inévitable dans notre passé, nous a amenés à évoquer le souvenir de la tragique guerre civile qui avait mis notre pays à feu et à sang, pendant près de quarante ans, au milieu du XVIIIème siècle, à cause de la lutte pour le pouvoir, entre les familles de Hussein Ibn Ali, fondateur de la dynastie qui porte son nom et celle de son neveu Ali Pacha, prétendant à sa succession au trône: les deux familles étaient protégées l’une après l’autre, et soutenues l’une contre l’autre, par nos voisins de l’Ouest : les Deys d’Alger et les Beys de Constantine. Une guerre civile qui avait noyé le pays dans le chaos, et divisé les Tunisiens pendant plus de quatre décades, en deux clans hostiles : ville contre ville, village contre village et tribu contre tribu. Les blessures laissées par ce conflit interminable et les dégâts qu’il avait causés, avaient mis très longtemps à cicatriser.

Pour revenir à l’objet de ce billet, je ne fus pas surpris outre mesure, de constater que la plupart des amis présents à cette conversation, ont reconnu n’avoir jamais entendu parler de ce long et tragique épisode de notre histoire moderne. Doit-on déduire pour autant, à partir de ce cas particulier, que les Tunisiens souffrent dans leur majorité, d’une méconnaissance symptomatique de l’histoire de leur pays?

Hélas, beaucoup d’autres indices portent à croire qu’une telle déduction ne serait pas très éloignée de la réalité  et pour preuves : nous lisons peu et nous désertons nos musées et nos sites historiques, nos kiosques à journaux ne mettent aucune revue d’Histoire à la portée du large public, nos radios et nos télévisions présentent très peu d’émissions historiques valables, aucun film historique, au vrai sens du terme, n’a été jusqu’à maintenant produit par notre cinéma, des programmes d’enseignement de l’histoire fastidieux, des manuels scolaires repoussants doublés de méthodes pédagogiques obsolètes…

 

//Statue de Ibn Khaldoun, à Tunis. Photo : © Angel Latorre, 2008Statue de Ibn Khaldoun, à Tunis. Photo : © Angel Latorre, 2008

 

Le pire, n’est pas de constater que nous ne connaissons pas grand-chose de notre histoire : une carence qui pourrait être comblée , mais de se rendre compte que nous risquons, au pays qui a enfanté et nourrit le grand génie d’ Ibn Khaldoun, de perdre la curiosité, et donc, la volonté de savoir de notre passé, plus que ce que nous croyons à tord, suffisant pour nous déclarer fiers, sur fond d’ignorance et avec une fausse assurance, de la brillante histoire de notre pays et de sa riche civilisation… trois fois millénaire !

Le problème est que ce déficit constaté dans la connaissance de l’Histoire de notre pays, et partant, de celle des autres, risque de nous rendre- et nos jeunes en particulier- encore plus vulnérables, à toutes sortes de manipulations et de mystifications, que véhiculent de nos jours, les propagandistes attitrés et généreusement entretenus, des idéologies théocratiques rétrogrades, qui ne cessent de forcer le regard de nos jeunes à ne regarder que vers un passé mythifié, déformé par leur prisme réducteur, leurs préjugés et leurs dogmes. Ces Idéologies qui tentent d’instrumentaliser le passé au profit de l’obscurantisme, ne peuvent foisonner que sur terrain d’ignorance. Aussi, pourra-t-on s’en prémunir non sans une large diffusion d’une véritable culture historique ?

 

 


 

 

Boubaker Ben Fraj

19/09/2012