Djerba: Des radios privées qui n’assument pas encore leurs rôles | Rym Ben Fredj, Besma Hammami, Radio Mosaïque, Ghada Tlalet, Djerba, Amine Ben Younes, Radio Tataouine, Agence Tunis Afrique Presse, Kamel Laabidi, Riadh Sahli, Mohamed Sahel, Radio Jektiss FM
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Rym Ben Fredj   

Djerba: Des radios privées qui n’assument pas encore leurs rôles | Rym Ben Fredj, Besma Hammami, Radio Mosaïque, Ghada Tlalet, Djerba, Amine Ben Younes, Radio Tataouine, Agence Tunis Afrique Presse, Kamel Laabidi, Riadh Sahli, Mohamed Sahel, Radio Jektiss FMJ’ai demandé un entretien avec le fondateur de la radio et on m’a informé qu’il ne sera disponible que pendant le week-end parce qu’il est à la tête d’une institution universitaire publique en dehors de Djerba et il s’est avéré que c’est le cas pour la plupart des amateurs qui travaillent à Ulysse FM qui sont soit des enseignants ou des étudaints ou des professionnels installés pour leur propre compte.

Lors de ma visite à la radio Ulysse FM, j’ai remar­qué le manque de certains outils nécessaires au travail radiophonique et notamment aux niveaux technique et humain et selon un des producteurs cela s’explique par le fait que Radio Ulysse FM n’est qu’une radio d’amateur. A ce niveau, il faut se poser la question suivante: “Comment cela puisse-t-il arriver alors que cette radio a obtenu une autori­sation pour émettre sur les ondes FM en espérant qu’elle présente un travail médiatique à la hauteur de la conjoncture historique que vit notre pays et pour créer des emplois”.

Radio Ulysse a été créée le 3 mai 2010 pour cou­vrir la totalité de l’île et le Gouvernorat de Mednine mais la diffusion est continuellement perturbée pour des raisons techniques.

Ulysse FM diffuse notamment le programme “Ambiance Djerbienne” qui se base sur des entre­tiens avec des artistes populaires de Djerba et des émissions sportives et d’actualités préparées et pré­sentées par un seul animateur. Les chansons orien­tales sont prévues tout au long du temps d’antenne sous forme de cocktails entrecoupés de spots. Il est à signaler que la diffusion est encore en phase de test et rien n’indique que la diffusion officielle va démarrer de sitôt. En plus, le local de la radio est provisoire selon une source qui préfère garder l’anonymat.


Média amateur?

Djerba: Des radios privées qui n’assument pas encore leurs rôles | Rym Ben Fredj, Besma Hammami, Radio Mosaïque, Ghada Tlalet, Djerba, Amine Ben Younes, Radio Tataouine, Agence Tunis Afrique Presse, Kamel Laabidi, Riadh Sahli, Mohamed Sahel, Radio Jektiss FMConcernant la source d’informations, nous avons obtenu la réponse suivante: ”Nous puisons nos in­formations essentiellement dans Facebook et dans les sites sociaux”. Le rédacteur en chef nous a confirmé qu’il travaille en tant que volontaire et que la plupart des gens qui travaillent à Ulysse FM sont également des amateurs- volon­taires. Il a également ajouté que la situation n’est pas encore claire à cause des problèmes auxquels la ra­dio fait face au niveau de la diffusion , sur les plans technique et financier ainsi qu’au niveau des équipements.

Selon Rachid Tlalet, correspondant à Radio Tatatouine et qui a déjà travaillé pour Radio Ulysse pendant 3 mois sans aucun contrat, cette radio n’a même pas atteint un seuil minimal de professionnalisme. “Ce n’est ni un organisme d’information ni une société, alors je pense que le terme radio amateur est le plus approprié dans ce cas” ajoute-il.

Lors de notre première rencontre, le producteur des programmes, qui n’est d’ailleurs pas journaliste, a déclaré que la radio dispose de 15 journalistes mais aujourd’hui il revient sur ses paroles et ramène le chiffre à 4 ou 5 journalistes et 5 techniciens. Nous avons demandé à nous entretenir avec Afef Werdni , présentatrice des informations qui a refusé d’être prise en photo, elle nous a confié qu’elle travaillait à Jektiss FM mais elle a changé et lorsque nous lui avons posé une question se rapportant à la nature de son contrat, elle a répondu que toute l’équipe est à l’essai et que, par conséquent, ils sont considérés comme des vacataires.

Pour comparer, nous nous sommes dirigés vers Radio Jektiss FM, une radio régionale qui a récem­ment été établie.

 

La persévérance

Radio Jektiss FM est également basée à Médenine. C’est une radio régionale qui n’a pas obtenu une au­torisation pour émettre sur la bande FM. La radio émet électroniquement depuis le 20 mai 2009 avec une équipe composée en majorité de journalistes et quelques amateurs. Jektiss FM est une radio géné­raliste culturelle et d’information qui cible toutes les tranches d’âge.

Selon Mohamed Sahel, présentateur à la radio, les informations sont collectées sur place à travers des correspondants qui dépendent hiérarchiquement de la tutelle et des responsables le cas échéant. Monsieur Sahel nous a répété à maintes reprises que le fait de ne pas autoriser Jektiss FM à émettre sur la bande FM constitue une injustice envers le personnel de la radio et envers toute la région parce que cette station radio peut contribuer à la promotion de la scène touristique dans la région en plus de la création d’emplois pour les compétences régionales. Pourtant et malgré les efforts consentis par le directeur de la radio, le dossier de Jektiss FM est resté suspendu et a été rejeté.

Le directeur de la radio, monsieur Riadh Sahli, nous a fait ces mêmes déclarations et a ajouté que Mednine est une ville d’une grande importance qui doit disposer de son autonomie médiatique à cause de l’abondance des informations et de son poids touristique dans le pays refutant ainsi les paroles de monsieur Kamel Laabidi qui pense, selon les dires de monsieur Sahli, que Mednine n’a aucun poids économique ou culturel.

 

Réussite du secteur public

Monsieur Nabil Sadraoui, directeur de Radio Ta­taouine, nous a déclaré que la priorité est toujours accordée aux informations régionales obtenues auprès de sources sécuritaires fiables et parfois directement auprès du citoyen et bien sûr auprès de l’Agence Tunis Afrique Presse pour assurer la fiabi­lité de l’information. Il a ajouté que la radio veille à la diversification de la matière présentée en accor­dant un intérêt particulier aux soucis des jeunes et aux débats politiques surtout après la révolution, ainsi qu’un espace radiophonique réservé à l’em­ploi. Les programmes culturels occupent , quant à eux, près de 20% de la programmation.

Nous avons posé à monsieur Sadraoui une question se rapportant à ses attentes au vu de l’abondance informationnelle que connaît la région après la création de plusieurs forums radiophoniques, il nous a affirmé que Radio Tataouine est suffisam­ment ancienne pour accepter toute concurrence; “nous sommes préparés” dit-il “à tout type de concurrence loyale mais nous sommes également prêts à coopérer et à encadrer les débutants. Par Les médias de proximité

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ailleurs, la réaction des citoyens est jusque là posi­tive et nous devons préserver cette position privilé­giée auprès de nos auditeurs”. Monsieur Sadraoui a ajouté que la ligne éditoriale de Radio Tataouine se distingue par sa neutralité parce qu’il s’agit d’une radio publique libre de toute appartenance poli­tique ce qui lui a permis d’être pérenne et de gagner la confiance du public et le meilleur exemple qui il­lustre cela est selon monsieur Sadraoui: “l’épreuve des élections lors de laquelle nous n’avons accordé aucune priorité à aucun parti aux dépens d’un autre, chose qui a été rapportée et documentée par l’Instance Indépendante pour les Elections”.

Le directeur de Radio Tataouine a également dé­claré que l’innovation et l’ouverture sur les autres constituent la clé du succès permettant de garantir la continuité. En plus de son travail à la tête de Ra­dio Tataouine, monsieur Sadraoui a, en effet, lancé le premier journal électronique à caractère régio­nal intitulé “El Atouf” dans le cadre de son projet de fin d’étude en 2009 et qu’il concrétise aujourd’hui avec beaucoup de succès auprès de la population de Tataouine.

 

Il est possible de faire son choix

L’évaluation de ces radios est assurée par les audi­teurs.

Ghada Tlalet est une élève résidant à Djerba; elle dit préferer RTCI pour la richesse de ses programmes diffusés dans différentes langues. Elle préfère éga­lement Radio Jeunes à radio Ulysse FM qu’elle a suivi à ses début mais qui n’offre aujourd’hui selon Ghada que des chansons populaires qui ne repré­sentent pas forcément la ville de Djerba et son patri­moine.

Amine Ben Younes, originaire de la zone, est un jeune étudiant en Beaux Arts et membre d’un club photo. Il préfère écouter RTCI et Radio Mosaïque et possède une petite expérience avec Ulysse FM où il a travaillé pour quelque temps. Il pense que “cette dernière n’est pas au diapason du dévelop­pement des générations et de la région, elle n’a pas prévu de programmes pour les jeunes et se limite au Mezoued du matin au soir sans chercher à diver­sifier ses programmes comme si le patrimoine djer­bien se limitait à ce genre de musique”.

Besma Hammami, fonctionnaire et mère de fa­mille, préfère écouter RTCI et radio Mosaique FM à cause de la diversité des programmes et des bul­letins d’information et parce que ces radios suivent l’actualité : “Radio Tataouine se distingue de ses concurrentes mais Ulysse FM, qui a eu du succès au début, se limite aujourd’hui au Mezoued “

Malgré la richesse du patrimoine et de la culture de la région et malgré le grand nombre de jeunes qui y vivent et la concentration du tourisme à caractère historique et religieux à Djerba, il n’y pas eu jusque là de média capable de capitaliser ces caractéristiques pour apporter un plus et pour répondre aux impé­ratifs de la conjoncture actuelle et Radio Tataouine n’est pas, jusque là, dérangée par la concurrence.

 


 

Rym Ben Fredj

Mai 2012