La justice transitionnelle vue par les journalistes  | Manal Mejri, Najiba Hamrouni, Karima Ben Youssef, radio Monastir, Samira Saii, radio Jeune, Rabeb Aloui, Express FM
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Manal Mejri   

Dans tout processus de communication il y a un expéditeur, un destinataire et un message qui passe entre les deux. Dans les médias, l’expéditeur est le journaliste, le récepteur est l’auditeur, le lecteur ou le spectateur. Le message comprend des mots codés que le journaliste doit déchiffrer et il doit donc être en mesure de bien les comprendre, et de les expliquer de manière simple et impartiale sans essayer d’influencer ou de diriger l’opinion publique dans le sens d’un parti ou d’un autre.

La justice transitionnelle vue par les journalistes  | Manal Mejri, Najiba Hamrouni, Karima Ben Youssef, radio Monastir, Samira Saii, radio Jeune, Rabeb Aloui, Express FM

Najiba Hamrouni, présidente du syndicat des journalistes, que nous avons rencontrée considère que les médias jouent leur rôle à travers la couverture de toutes les activités et événements qui concernent la justice transitionnelle, mais en général, on peut constater l’absence d’une stratégie claire pour la justice transitionnelle,

“Plusieurs pays comme l’Afrique du Sud et Allemagne de l’Est sont passés par une période transitionnelle et la plupart de ces pays avait une stratégie claire dans laquelle la société civile jouait un rôle très important, mais en Tunisie on remarque d’une part que le pouvoir tente de contrôler et de remplacer la société civile, et on note d’autre part une dispersion des efforts de la société civile” affirme-t-elle.

Najiba Hamrouni insiste d’autre part que le secteur médiatique passe à son tour par une période de transition qui nécessite transparence et responsabilité. Elle ajoute « Notre secteur par exemple est confronté à des obstacles majeurs en dépit des efforts des parties prenantes du secteur pour y remédier. Les ministères concernés, tel que le ministère de l’Intérieur, refusent de nous donner la liste des journalistes qui ont travaillé avec la police politique dans le régime précédent afin de préparer le Livre blanc. Il n’est donc pas possible de parler de manquement des médias à leur devoir en l’absence d’une stratégie claire pour la justice transitionnelle “

La présidente du syndicat considère que le problème est dû à l’absence d’une vision claire, alors que d’autres journalistes voient que l’absence des cycles de formations dans ce domaine est le problème majeur. Nébil Zaghdoudi , journaliste qui travaille au journal (Al Arab Al yawm), estime que les journalistes en Tunisie n’ajoutent rien à ce concept parce qu’ils ne sont pas familiers avec ses règles et ses exigences.

Après la révolution la vaste majorité des journalistes en Tunisie se sont transformés en bourreaux qui inculpent et disculpent à volonté. De nombreuses institutions médiatiques ont été infiltrées pour devenir une sorte de « Cour constitutionnelle»

La justice transitionnelle exige que tous les acteurs de la scène médiatique en Tunisie aient la volonté d’aller vers la réconciliation et la justice loin de l’esprit de vengeance. Le syndicat des journalistes doit organiser des cycles intensifs de formation pour les journalistes sur le thème de «justice transitionnelle».

Karima Ben Youssef journaliste à la radio Monastir estime que le concept de justice transitionnelle implique justice et réconciliation. Il n’y a pas de place pour la réconciliation s’il n’y a pas justice. Elle ajoute : “Nous, en tant que journalistes, et pour consacrer cette notion, soulignons l’importance de « purifier » le secteur médiatique et de poursuivre les individus impliqués dans la corruption en justice avant d’entamer le processus de réconciliation et de les réintégrer de nouveau dans le secteur ; c’est pour cela que nous ne pouvons pas accepter l’idée de réconciliation avant de faire justice.”

Samira Saii, journaliste à la radio Jeune, considère que la neutralité dans l’approche de la notion de justice transitionnelle rencontre des difficultés. Elle dit: «Ce dont nous souffrons aujourd’hui en tant que journalistes est la difficulté d’accès à l’information. Il ya encore des parties qui nous rendent la tâche difficile et nous ne pouvons pas établir la justice, qui est essentiellement un processus de révélation de la vérité.”

Néanmoins, ces difficultés n’empêchent pas l’existence d’efforts fournis par les journalistes et les médias en général pour participer et contribuer à expliquer et à enraciner ce concept chez le citoyen.

Rabeb Aloui, une journaliste à Express FM, a participé à ce sondage et a dit:

«J’ai toujours oeuvré pour présenter des programmes à la radio sur ces sujets qui ouvrent la voie devant les personnes victimes de graves violations pour s’exprimer. » Elle insiste sur la nécessité de parler de la responsabilité sans vengeance et d’essayer d’établir ce concept de justice transitionnelle dans le cadre de la loi, en raison de son importance dans la consolidation de la paix sociale”

Ainsi, les concepts qui ont émergé après la révolution restent vagues pour le citoyen et les médias sont responsables de leur transmission et de leur explication.

 


 

Manal Mejri

Mai 2012