Les Libyens à Djerba: Oxygène de l’économie | Manal Mejri, Djerba, M. Abdul Aziz, Banque Africaine de Développement, M. Walid Khammar
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Manal Mejri   

L’île de Djerba a toujours été la destination d’un grand nombre de touristes venant de partout dans le monde en vertu des caractéristiques particulières de cette région unique par la beauté de la mer et la profondeur du désert. Et bien que l’île soit traditionnellement une destination importante pour les Libyens, le nombre des visiteurs Libyens a augmenté de façon significative après la Révolution libyenne, qui a éclaté en Février 2011. Mais en dépit du rétablissement du calme en Lybie, la reprise d’une vie normale et le retour de la sécurité, beaucoup de Libyens restent encore à Djerba ; alors à quel point ce nombre important de touristes Libyens est en mesure de contribuer au progrès de l’économie? Et quelle est la nature de leurs relations avec les habitants de la région?

 

Les Libyens à Djerba: Oxygène de l’économie | Manal Mejri, Djerba, M. Abdul Aziz, Banque Africaine de Développement, M. Walid Khammar

 

Selon les statistiques publiées par la Banque Africaine de Développement, la Tunisie est la première destination des Libyens depuis 2003, avec une moyenne d’un million et demi de touristes chaque année. Les mêmes statistiques indiquent qu’un million et 800 000 Libyens ont visité la Tunisie en 2010 et que ce nombre devrait atteindre deux millions en 2013.

En ce qui concerne l’île de Djerba, selon les statistiques de la direction régionale de tourisme à Médenine, et compte tenu du nombre de nuitées passées pendant le premier trimestre de l’année 2012, le nombre a quadruplé par rapport à la même période de 2011, en passant de 3954 nuitées à 32 070 nuitées. Bien qu’il est important, ce chiffre n’indique pas le nombre total des Libyens sur l’île, car beaucoup d’entre eux ne font pas de réservations dans des hôtels, mais louent des maisons et des appartements à proximité des centres commerciaux du centre-ville ou à proximité des cliniques. Les statistiques de la Banque Africaine de Développement, révèlent que 2 pour cent uniquement des Libyens résident dans des hôtels, et selon les analystes, en l’absence de chiffres officiels, la moyenne de leurs dépenses varie entre 200 et 400 dinars par semaine. D’après ces données et ces chiffres, nous pouvons constater que la contribution des Libyens à l’état d’avancement de l’économie est extrêmement importante. Pour confirmer cette idée, nous avons fait un tour dans l’île et avons rencontré M. Walid Khammar, gérant d’un restaurant à Houmt Souk, l’une des communes de l’île de Djerba, celui-ci nous a confirmé que les Libyens contribuent fortement à la dynamique économique de l’île, à travers leur consommation à la fois en terme quantitatif et qualitatif. Ces derniers dépensent entre 80 et 150 dinars par jour. M. Walid Khammar, précise que la majorité des clients du restaurant sont les familles et que les jeunes qui viennent seuls préfèrent l’hôtel. Dans ce même contexte, on a posé la question à M. Kamal, vendeur de fruits secs, qui a confirmé que les Libyens sont le véritable moteur du commerce, soulignant leur forte consommation par rapport aux Tunisiens, à la fois en termes de la valeur et de la quantité de ce qu’ils achètent plus souvent en gros qu’en détail.

Tout le monde est du même avis concernant le fait que les Libyens sur l’île sont la cause de reprise économique, même si cela entraîne parfois certains problèmes. M. Abdul Aziz Al-Rais, chauffeur de taxi, pense que les Libyens représentent la première cause des hausses des prix, en particulier dans le domaine de la location, et que les loyers se sont envolés à cause des Libyens qui louent les appartements meublés. Il ajoute que, dans plusieurs cas, ils sont la cause de l’interruption de l’approvisionnement de plusieurs produits de base sur l’île. En ce qui concerne leur comportement, M. Abdul Aziz souligne qu’en général, ils sont pacifiques et bons, mais les problèmes sont en général causés par les jeunes, en particulier à cause de leur manière de conduire irresponsable. Madame Basma, employée dans un hôtel, fait le même constat et considère que les Libyens, et indépendamment de leur contribution à l’économie, représentent une source de préoccupation, notamment par rapport au harcèlement sexuel ou à l’exploitation de certaines filles pour des transgressions morales. Mme Basma a estimé que le phénomène s’amplifie malgré la vigilance des agents de la sécurité et la détection de plusieurs réseaux de prostitution récemment.

Ces problèmes ne sont pas importants si on les compare aux aspects positifs de la présence de Libyens à Djerba, puisque les chiffres confirment que la reprise économique locale dans la région de Djerba est particulièrement due aux Libyens. Les habitants vont dans le même sens et soulignent avec insistance que les Libyens sont le moteur de l’économie. Mais en dépit de cette reprise relative, les parties prenantes dans le secteur du tourisme doivent assumer la responsabilité de leurs rôles et travailler également pour amener les touristes étrangers d’autres pays. En fait, à cause des changements qu’ont connu la Tunisie et la région, on ne peut plus se contenter tout simplement et uniquement des touristes libyens, en particulier depuis que l’Algérie a annoncé qu’elle allait entrer dans la compétition avec la Tunisie et le Maroc pour attirer les touristes en adoptant de nouvelles stratégies visant à améliorer la promotion touristique. Par conséquent, trouver de nouvelles stratégies pour attirer les touristes est devenu une urgence, d’autant plus que la Tunisie compte sur le tourisme comme un secteur qui, génère à la fois des revenus pour le pays et offre des opportunités d’emploi.

 


 

Manal Mejri

Mai 2012