Le voile mis à nu | Perrine Delangle
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Perrine Delangle   
Un demi million de musulmanes en Espagne, la plupart marocaines ou pakistanaises. Que ce soit par choix délibéré, par obligation ou par tradition, difficile pour elles de porter le voile dans l’Espagne d’aujourd’hui. D’après les jeunes filles interviewées par Jesus Rodriguez pour son article «Mas allà del velo», (au-delà du voile), «on se sent observées, jugées, toujours obligées de se justifier, marginalisées sur le marché du travail.» C’est le cas de Yamàm. Elle porte le voile et travaille dans une entreprise de design, où ses supérieurs la gardent bien cachée, sans jamais la mettre en contact avec les clients. Les différentes façons de porter le voile ne sont pas reconnues non plus. Salam, 23 ans et doctorante en pédagogie à l’université Complutense de Madrid, explique « quand on te voit avec le voile, automatiquement on pense que tu es immigrée, analphabète, que tu ne connais pas la langue, et que ton mari te maltraite ».

Ce type d’amalgame a d’ailleurs prospéré dans la dernière campagne électorale de mars, où la question du voile s’est vue largement mélangée avec celle de l’immigration. Qu’en est-il alors des quelques milliers d’espagnoles converties à l’islam? Ce sont d’abord elles qui souhaiteraient, à l’image de Ndeye Andujar
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Ndeye Andujar
, catalane convertie à l’islam et vice-présidente de l’assemblée islamique catalane, que la confusion s’arrête. Bien sûr, toutes les femmes en Espagne ne choisissent pas librement de porter le voile et elles se le voient parfois imposé par un entourage qui pratique un islam rigoriste ou même obscurantiste. Mais, aujourd’hui, le voile n’est plus seulement l’apanage des «femmes soumises», et pour certaines, il est devenu un symbole d’affirmation identitaire et surtout politique. Intellectuelles, jeunes musulmanes progressistes ou féministes musulmanes, elles le revêtent afin d’exprimer leur foi, ou de souligner leur identité. Elles prônent alors le respect de la liberté, à l’image de Yonaida Anlad, présidente de l’association Intercultura , qui affirme «il faut respecter toutes celles qui décident de porter librement le voile, de la même façon que, moi, j’ai décidé de ne pas le porter». Ndeye va plus loin on opinant que d’après elle, c’est l’interdiction elle-même qui est à l’origine de la recrudescence actuelle du port du voile.

Ici comme dans les autres pays d’Europe, même s’il n’arrive que beaucoup plus tard, le débat est ouvert depuis plusieurs années, et notamment depuis la loi sur l’égalité des sexes. Mais malgré l’apport des converties au débat, celui-ci reste malheureusement superficiel, puisqu’il n’existe qu’au gré des campagnes électorales et des faits de chroniques surmédiatisés. Ces instrumentalisations n’aidant pas, difficile en tout cas de légiférer, dans un pays comme l’Espagne où, à la différence de la France, les spécificités constitutionnelles le déclarent aconfessionnel plutôt que laïc (article 16 de la constitution espagnole de 1978).

Perrine Delangle
(16/06/2008)

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