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  Collectionnisme génération Francisco Godia. | babelmed Chercheur de talents ou «goûteur d’esthétique», le grand collectionneur espagnol, Francisco Godia, fait sans conteste partie de ces brillants visionnaires ayant apporté leur contribution à l’histoire de l’art. L’exposition De Fortuny a Barceló, coleccionismo generación Francisco Godia, organisée en plein cœur de Barcelone par la fondation portant son nom, est ouverte au public jusqu’au 24 juin.
De Fortuny à Barceló en passant par Picasso ou Dali, elle rend hommage à tous les grands artistes espagnols ayant triomphé hors d’Espagne, en exposant pour la première fois des œuvres issues de plus de quinze collections privées, peu ou encore méconnues du grand public. L’ensemble des œuvres exposées appartient à Francisco Godia ainsi qu’à divers collectionneurs privés de sa génération, qui à l’instar de ce grand entrepreneur financier, participent à cette sauvegarde et conservation du patrimoine hispanique.

Souligner l’importance de la figure du collectionneur, comprendre sa contribution à l’art tout en découvrant des œuvres des grands de l’art hispanique, encore quasi inconnues du public, voilà en quelques mots l’initiative originale de l’exposition De Fortuny a Barceló, coleccionismo generació Francisco Godia.
L’exposition propose de parcourir les quatre étapes fondamentales ayant caractérisé de manière spécifique et exclusive, l’art espagnol de la fin du XIXe siècle à nos jours: le Modernisme, le "Noucentismo" puis les Avant-gardes du XXe siècle. Selon Sara Puig, directrice de la fondation, Godia a constitué une des meilleures collections privées de l’art espagnol du XIXès et de la seconde moitié du XXès.
Les différentes pièces constituant l’exposition ont été choisies afin de souligner tout d’abord «l’idée de transcendance publique du collectionnisme» affirment Francesc Fontbona, historien de l’art, et Sara Puig, également commissaire de l’exposition. Les deux passionnés d’art moderne aiment rappeler qu’un collectionneur n’est pas un simple «accapareur d’objets» mais un véritable amoureux de l’art réunissant des pièces précisément choisies, souvent tombées dans l’oubli. Il les met en valeur en les intégrant dans «un ensemble cohérent les rendant alors plus visibles et fécondes».

Le collectionneur, serviteur du patrimoine culturel
Vous avez rêvé d’un Dali ou Picasso encore jamais vus?
Alors que la première exposition organisée sur l’art espagnol du XXème siècle à partir de collections privées, par Maria Luisa Borras à Barcelone, présentait exclusivement des œuvres de l’art catalan, cette seconde exposition De Fortuny a Barceló, offre enfin l’opportunité de découvrir aussi bien un Picasso ou un Barceló, tout droits tirés de collections privées jalousement gardées jusque là. Une grande partie des pièces que découvre le visiteur appartiennent à Godia qui a su traquer l’importance artistique intrasèque de chaque œuvre. Authenticité, œil expert et subjectivité ont assurément aidé à convertir l’ensemble des pièces qu’il a réunies en rigoureuse collection. Sarah Puig souligne qu’en moins de dix ans (1804-1975), ce détailliste a réuni «outre des peintures du XIXès et XXès, un grand nombre de pièces de céramiques espagnoles, sculptures romaniques, peintures et sculptures gothiques de la Renaissance et Barocco». En 1998, sa fille Lilia créée alors la fondation pour honorer la mémoire de son père et contribuer à la divulgation des œuvres. L’originale exposition contribue aujourd’hui sans aucun doute à promouvoir et défendre le rôle du collectionnisme privé dans la sauvegarde et conservation du patrimoine.
Tout comme les œuvres qu’il rassemble, une des facettes du collectionneur, échappe au public. Son initiative vient compléter les collections des grands noms de l’art et de là appuyer l’entreprise des musées dans leur mission de rassembler chef-d’œuvres empreints des génies de leur temps. L’exposition toute entière vient narrer la singulière relation entre le collectionneur et l’artiste. Collectionnisme génération Francisco Godia. | babelmed Des vocations cosmopolites au Modernisme
L’exposition structurée de manière chronologique, s’ouvre sur le légendaire catalan María Fortuny, un des tout premiers peintres ayant triomphé hors d’Espagne dans le dernier tiers du XIXème siècle. Connu pour sa célèbre œuvre La batalla de Tetuán (La bataille de Tetouan), les curieux pourront contempler désormais quelques unes de ses pièces peu connues comme La fantasia de la polvora (Fantaisie de la poudre) illustrant certes la guerre entre l’Espagne et le Maroc mais surtout les relations étroites entre artistes et leurs mécènes. Les quinze années d'activité de Fortuny ont littéralement mis fin à la stérilité artistique de la péninsule ibérique et ont forcé les artistes espagnols à se plonger dans le grand bain de la vie moderne. Des artistes comme Fortuny ou encore Francesc Miralles également exposé, créaient leurs œuvres en ayant toujours à l’esprit leur public d’aficionados dans une claire perspective internationale.
Fortuny a su tirer grand parti de son court voyage en Afrique du Nord qui marquera profondément son style. De cette période, il gardera une véritable fascination pour la brillance des couleurs africaines ainsi qu’un goût prononcé pour le voyage. Multipliant les thèmes orientalistes, il imprègne son œuvre toute entière de cette lumière. De séjours à Paris, Grenade puis Rome où il finira ses jours, Fortuny devient un véritable exemple pour d’autres artistes catalans connus mondialement tels Ramon Casas et Santiago Rusiñol, qu’il poussera à venir à Paris suivis bientôt de Picasso et Miro. On retrouve dans La vicaria (la vicairie) exposée, son style particulier qui révèle l’importance très grande que le peintre accorde à la couleur et la maîtrise technique qu’il en a. Son atmosphère lumineuse et colorée, sa remarquable vivacité et dextérité ont fait de lui un des peintres espagnols les plus admirés de ses contemporains partout en Europe. Le voyage au cœur du naturalisme lumineux se poursuit avec des œuvres inédites de Joaquin Sorolla telle Vuelta de la pesca «retour de la pêche», une des pièces maîtresses de la Fondation. Non loin, figure Paisaje con Pinos «paysage de pins» de Joaquim Sunyer, un des artistes les plus significatifs du noucentisme ayant lui aussi vécu l’expérience de l’exil et de la bohème parisienne, s’inspirant bien souvent des expériences de Cézanne.
D’une salle à l’autre, le visiteur plonge en plein néoclassicisme, mouvement à cheval entre le XIXème siècle et XXème siècle, pont entre les deux grandes périodes de l’impressionnisme et les premières avant-guardes du XXème siècle. Les traits réguliers du Tonkinois –el tonquinès- de Josep de Togores, pionnier du mouvement, ou le portrait d’Olga de Picasso soulignent cette nécessité soudaine des peintres néoclassiques de récupérer les sources pures de l’art après les excès des premières avant-gardes. Le néoclassicisme est vite devenu un courant international appelant fortement au collectionnisme. Les oeuvres baignent dans une sorte d’ambiance anticonformiste et bohème, redessinant toute l’importance de la figure humaine. Leurs auteurs connectés à Paris, Bruxelles, Rome ou autres villes du continent, offrent aujourd’hui des oeuvres inédites de portée internationale. Collectionnisme génération Francisco Godia. | babelmed Le désir d’innovation emprunt d’une grande modernité marquant le début du XXème siècle est tel qu’il amène doucement au Modernisme. Alors que certains peintres comme Ramon Casas ont connu un succès immédiat, d’autres comme Isidre Nonell ont vu leurs œuvres reconnues seulement post mortem grâce en grande partie à l’intérêt des collectionneurs privés. Les connaisseurs sauront apprécier, dans cette exposition, des pièces de grande valeur bien que peu connues comme l’Emigrante «l’émigré» de Joan Llimona, inspirée des vers de Verdager, le Millet espagnol.
Rebaptisé noucentisme par les artistes catalans, le modernisme deviendra rapidement un des mouvements les mieux représentés dans les collections catalanes convertissant Barcelone en un des principaux centres européens de l’art.
L’exposition qui n’exclut pas ses plus grands représentants, Joan Miró et Salvador Dalí, présentent à côté, des artistes de renommée internationale tels que Jose Solona et ses cyniques Mascaras a Caballo «masques à cheval» ou encore le sculpteur Manolo Hugué et sa pièce el Bailaor «le danseur» optant pour le mouvement esthétique. L’art n’est plus prisonnier, il se meut entre réalisme sentimental, abstrait et symbolisme maudit. La Catalogne devient berceau des avant-gardes caractérisées par un langage s’inspirant des origines méditerranéennes de cette région.

Abstrait au surréalisme, l’exposition se clôt par la rupture historique avec les avant-gardes marquant la seconde moitié du XXème siècle. Nouvelles expériences d’exil et naissance d’un mouvement culturel de résistance contre la dictature de Francisco Franco. L’Homme à la pastèque d’Antonio Clavé ou encore Retrato de Teresa «Portrait de Teresa» d’Antonio Tàpies, confondent le visiteur par leur côté absent presque morbide. Pionniers de la résistance, Clavé et Tàpies deviennent précurseurs d’une vision mythique et critique de l’Espagne.
On notera à la fin de ce riche parcours pictural l’extrême vitalité et capacité de transformation des grands artistes espagnols, notamment celle de Miguel Barceló dont le tableau Mali, est devenu une référence mondiale de l’expressionnisme.
Un rendez-vous à ne pas manquer… Nawel Neggache
(16/05/2007)
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