Juillet 1995: 8000 musulmans massacrés au coeur de l’Europe. | Hannane Bouzidi
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Hannane Bouzidi   
 
Juillet 1995: 8000 musulmans massacrés au coeur de l’Europe. | Hannane Bouzidi
Comment a eu lieu le plus grand génocide européen depuis la seconde guerre mondiale?
En présentant la macabre chronologie de ce massacre, il ne s’agit pas de se délecter de l’atrocité subie une fois de plus par par les autres, ceux qui sont loin (Côte d’Ivoire, Rwanda, Afghanistan, Irak...), et devenue banale au journal de 20h. En revanche, savoir ce qui s’est passé au coeur de l’Europe, dans cette région située entre la Grèce et l’Italie (destinations de vacances), et dans quelles conditions, peut éclairer sur notre présent. Et permettre que l’on se souvienne de ce qui ne doit plus arriver.
Le texte ci-dessous, très froid, reprend les faits notifiés dans l’acte d’accusation du procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (Richard J. Goldstone) contre Radovan Karadzic et Ratko Mladic (toujours en fuite) accusés de «génocide, crimes contre l’Humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre».

Srebrenica déclarée "Zone de sécurité" par l’ONU
Après que la guerre eut éclatée en 1992 en République de Bosnie-Herzégovine, des soldats serbes bosniaques ont occupé des villages musulmans bosniaques dans la partie orientale du pays, provoquant ainsi l'exode de Musulmans bosniaques vers les enclaves de Gorazde, Zepa, Tuzla et Srebrenica (République de Bosnie-Herzégovine).
Le 16 avril 1993, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une résolution exigeant que toutes les parties au conflit en République de Bosnie-Herzégovine considérent Srebrenica et ses environs comme une zone de sécurité ne devant pas être la cible d'offensives armées ou de tout autre acte hostile (texte réaffirmé en mai et juin 1993).
Avant l'offensive des forces serbes bosniaques, la population musulmane bosniaque dans la zone de sécurité de Srebrenica était estimée à 60.000 individus environ.

Offensives contre la zone de sécurité de Srebrenica
Vers le 6 juillet 1995 et malgré la résolution de l’ONU, l'armée serbe bosniaque a pilonné Srebrenica et attaqué des postes d'observation de l'ONU situés dans la zone de sécurité, où étaient stationnés des soldats néerlandais. L'offensive dirigée par l'armée serbe bosniaque contre la zone de sécurité de Srebrenica s'est poursuivie jusqu'au 11 juillet 1995, date à laquelle les premiéres unités de forces serbes bosniaques assaillantes sont entrées dans Srebrenica.
Les hommes, femmes et enfants musulmans bosniaques qui sont demeurés à Srebrenica aprés le début de l'offensive des Serbes bosniaques ont adopté deux lignes de conduite différentes:
- Plusieurs milliers de femmes, d'enfants et d'hommes (ces derniers étant âgés pour la plupart) ont fuit vers la base de l'ONU à Potocari, dans la zone de sécurité de Srebrenica, où ils ont demandé la protection du bataillon néerlandais responsable de la base. Ils sont demeurés à la base du 11 au 13 juillet 1995, date à laquelle ils ont tous été évacués, sous la surveillance des soldats serbes bosniaques, dans des bus et des camions conduits par ces derniers.
- Un second groupe d'environ 15.000 hommes musulmans bosniaques, accompagnés de quelques femmes et enfants, s'est formé à Susnjari dans la soirée du 11 juillet 1995 et a fuit, en une immense colonne, à travers les bois en direction de Tuzla. Un tiers de ce groupe environ se composait de soldats bosniaques armés et de civils armés. Les autres étaient des civils non armés (soit environ 10 000 personnes).

Sélection et massacres arbitraires à Potocari
Les 11 et 12 juillet 1995, RATKO MLADIC et des membres de son état­major ont rencontré à Bratunac des officiers militaires néerlandais et des représentants des réfugiés musulmans de Potocari. Lors de ces réunions, RATKO MLADIC a notamment informé ses interlocuteurs que les soldats musulmans bosniaques qui rendaient leurs armes seraient traités comme des prisonniers de guerre aux termes des Conventions de Genéve et qu'il ne serait fait aucun mal aux réfugiés évacués de Potocari.
Vers le 12 juillet 1995 et malgré ces déclarations, des soldats serbes bosniaques ont incendié et pillé des maisons appartenant à des Musulmans bosniaques, à Potocari et dans les environs. Dans la matinée, des soldats serbes bosniaques sont arrivés à la base de l'ONU à Potocari et dans les environs. RATKO MLADIC est arrivé à Potocari, accompagné de ses officiers et d'une équipe de télévision. Il a à maintes reprises menti aux Musulmans bosniaques à Potocari et dans les environs, en leur certifiant qu'il ne leur serait fait aucun mal et qu'ils seraient transportés en toute sécurité hors de Srebrenica. Sur les ordres et en présence de RATKO MLADIC, environ 50 à 60 bus et camions sont arrivés prés de la base militaire de l'ONU à Potocari. Peu aprés l'arrivée de ces véhicules, l'évacuation des réfugiés musulmans bosniaques a débuté. Alors que les femmes, enfants et hommes musulmans commençaient à monter dans les bus et les camions, les soldats serbes bosniaques ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Ce processus de sélection et de séparation des hommes musulmans s'est déroulé en présence et sur les instructions de RATKO MLADIC. Les hommes musulmans bosniaques qui avaient été séparés des autres réfugiés ont été emmenés en divers endroits à Potocari et dans les environs. RATKO MLADIC et des soldats serbes bosniaques sous son commandement ont informé certains de ces hommes musulmans qu'ils seraient évacués et échangés contre des prisonniers serbes bosniaques de Tuzla. La plupart des hommes musulmans qui avaient été séparés des autres réfugiés à Potocari ont été transportés à Bratunac et ensuite dans la région de Karakaj, où ils ont été massacrés par des soldats serbes bosniaques.
Entre le 12 et le 13 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont sommairement exécuté des hommes et des femmes musulmans bosniaques en divers endroits autour de la base de l'ONU où ils s'étaient réfugiés. Les corps des victimes sommairement exécutées ont été abandonnés sur des terrains et dans des bâtiments à proximité de la base. Ces massacres arbitraires ont suscité une terreur et une panique telles parmi les Musulmans qui étaient restés sur place que certains se sont suicidés et que tous les autres ont accepté de quitter l'enclave. L'évacuation de tous les réfugiés musulmans valides a pris fin le 13 juillet 1995. Suite à l'offensive des Serbes bosniaques contre la zone de sécurité et à d'autres actes, la population musulmane de l'enclave de Srebrenica a pratiquement été éliminée par les soldats serbes bosniaques.

Redditions et exécutions
Entre la soirée du 11 juillet 1995 et la matinée du 12 juillet 1995, l'immense colonne de Musulmans qui s'était formée à Susnjari a fuit Srebrenica à travers les bois vers Tuzla. Des soldats serbes bosniaques en possession de véhicules blindés de transport de troupes, de chars d'assaut, de missiles antiaériens et d'artillerie, se sont placés le long de la route Bratunac-Milici pour tenter de bloquer la colonne de Musulmans bosniaques en fuite vers Tuzla. Dès que la colonne a pénétré dans les zones contrôlées par les Serbes bosniaques dans les environs de Buljim, elle a été attaquée par des soldats serbes bosniaques. Suite à cette offensive et à d'autres lancées par l'armée serbe bosniaque, un grand nombre de Musulmans ont été tués et blessés, et la colonne s'est divisée en plusieurs sections plus petites qui ont continué à fuir vers Tuzla. Environ un tiers de la colonne, essentiellement composée de soldats, a traversé la route Bratunac-Milici prés de Nova Kasaba et a atteint Tuzla saine et sauve. Les autres ont été pris au piège derrière les lignes serbes bosniaques.
Des milliers de Musulmans ont été fait prisonniers ou se sont rendus aux soldats serbes bosniaques sous le commandement et le contrôle de RATKO MLADIC et de RADOVAN KARADZIC. Parmi les Musulmans qui se sont rendus, beaucoup ont agi ainsi parce qu'on leur avait certifié qu'il ne leur serait fait aucun mal en cas de reddition. Dans de nombreux cas, des garanties de sécurité ont été données aux Musulmans par des soldats serbes bosniaques accompagnés d'autres soldats serbes bosniaques portant des uniformes volés aux "casques bleus" et par des prisonniers musulmans qui avaient reçu l'ordre de sommer les Musulmans en fuite à travers les bois de se rendre.
Un grand nombre de Musulmans bosniaques qui ont été fait prisonniers ou qui se sont rendus aux soldats serbes bosniaques ont été sommairement exécutés par ceux-ci soit à l'endroit mÍme de leur reddition ou de leur capture, soit en d'autres endroits peu de temps après. Les cas d'exécutions sommaires comprennent notamment, sans y être limités :
Vers le 13 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont sommairement exécuté des centaines de Musulmans, y compris des femmes et des enfants. Vers le 17 ou le 18 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont fait prisonniers 150 à 200 Musulmans bosniaques et ont sommairement exécuté la moitié d'entre-eux environ. Près de Nezuk, environ 20 groupes comptant chacun 5 à 10 hommes musulmans bosniaques se sont rendus aux soldats serbes bosniaques. Aprés leur reddition, des soldats serbes bosniaques leur ont donné l'ordre de s'aligner et les ont sommairement exécutés.
Vers le 20 ou le 21 juillet 1995, près du village de Meces, des soldats serbes bosniaques utilisant des mégaphones ont exhorté les hommes musulmans bosniaques qui avaient fuit Srebrenica à se rendre et leur ont certifié qu'il ne leur serait fait aucun mal. Environ 350 hommes musulmans bosniaques ont répondu à ces prières et se sont rendus. Des soldats serbes bosniaques en ont emmené 150 environ, leur ont donné l'ordre de creuser leur propre tombe et les ont sommairement exécutés.Vers le 21 ou 22 juillet 1995, près du village de Meces, une excavatrice a creusé une grande fosse et des soldats serbes bosniaques ont donné l'ordre à environ 260 hommes musulmans bosniaques qui avaient été fait prisonniers de se placer tout autour de la fosse. Ces Musulmans ont ensuite été encerclés par des soldats serbes bosniaques en armes et ont reçu l'ordre de ne pas bouger, faute de quoi ils seraient exécutés. Certains ont bougé et ont été tués. Ceux qui restaient ont été poussés dans la fosse et enterrés vivants.
Un grand nombre de Musulmans qui se sont rendus aux soldats serbes bosniaques n'ont pas été tués à l'endroit même de leur reddition, mais ont été transportés vers des points centraux de rassemblement où des soldats serbes bosniaques les ont gardés sous surveillance armée. Ces points de rassemblement comprenaient notamment un hangar; des terrains de football; une prairie derriére une gare routière et d'autres terrains et prairies le long d’une route.
Entre le 12 et le 14 juillet 1995, en plusieurs de ces points de rassemblement, RATKO MLADIC s'est adressé aux détenus musulmans bosniaques. Il leur a à maintes reprises menti en leur certifiant qu'il ne leur serait fait aucun mal et qu'ils seraient échangés contre des Serbes bosniaques prisonniers de l'armée gouvernementale bosniaque.
Entre le 12 et le 14 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont procédé à une sélection arbitraire de détenus musulmans bosniaques, qu'ils ont sommairement exécutés.

Exécutions en masse prés de Karakaj
Vers le 14 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont transporté des milliers de détenus musulmans vers un point de rassemblement, à savoir un centre scolaire. A cet endroit, des soldats serbes bosniaques ont donné l'ordre aux détenus musulmans de retirer leurs vestes, manteaux et autres vÍtements et de les déposer devant la salle de sports. Les détenus ont ensuite été regroupés dans l'école et dans la salle de sports adjacente, où ils ont été gardés sous surveillance armée. Dans ce centre scolaire, RATKO MLADIC s'est entretenu avec ses subordonnés militaires et s'est adressé à certains des Musulmans détenus à cet endroit. A plusieurs reprises le 14 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont tué des détenus musulmans bosniaques dans ce centre scolaire.
Pendant toute la journée du 14 juillet 1995, des soldats serbes bosniaques ont emmené tous les détenus musulmans, répartis en petits groupes, hors de l'école et de la salle de sports et les ont fait monter dans des camions conduits et surveillés par des soldats serbes bosniaques. Avant de faire monter les détenus dans les camions, ils leur ont souvent ligoté les mains derriére le dos ou bandé les yeux. Les détenus ont ensuite été conduits en deux endroits au moins prés de Karakaj.
Aprés l'arrivée des camions à ces endroits, les soldats serbes bosniaques ont donné l'ordre aux détenus musulmans qui avaient les yeux bandés ou les mains ligotées de descendre des camions et ils les ont sommairement exécutés, midi à minuit environ le 14 juillet 1995.
Des soldats serbes bosniaques ont enterré les hommes musulmans bosniaques ainsi exécutés dans des fosses communes à proximité des lieux d'exécution. RATKO MLADIC était présent sur l'un des lieux d'exécutions en masse lorsque des soldats serbes bosniaques ont sommairement exécuté des hommes musulmans bosniaques. Les exécutions sommaires d'hommes musulmans bosniaques, perpétrées le 14 juillet 1995 près de Karakaj, ont entraîné la perte de milliers de vies.

Qui sont les accusés?
Juillet 1995: 8000 musulmans massacrés au coeur de l’Europe. | Hannane Bouzidi
Radovan Karadzic
RADOVAN KARADZIC, né le 19 juin 1945 dans la municipalité de Savnik, République du Monténégro. Il est le président de l'administration des Serbes de Bosnie à Pale depuis le 13 mai 1992 environ.
Juillet 1995: 8000 musulmans massacrés au coeur de l’Europe. | Hannane Bouzidi
Ratko Mladic
RATKO MLADIC, né le 12 mars 1943 dans la municipalité de Kalinovik, en République de Bosnie-Herzégovine. Il est officier de carrière dans l'armée des Serbes de Bosnie avec le rang de Général. Il occupe les fonctions de Commandant de l'armée de l'administration des Serbes de Bosnie depuis le 14 mai 1992 environ.
Ils sont toujours en fuite. Hannane Bouzidi

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