La Libye: Sur la voie de l’apprentissage de la démocratie | Ben Boubakar Youssef, Abdel Rahim al-Kib, Mouammar Kadhafi, Abu Slim, Souk Jumaa, Arrada, Tajoura, Gourgi
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Ben Boubakar Youssef   
La mise en place du processus politique marquant la phase intérimaire en Libye après la déclaration de «libération totale du territoire du pays» suite à la mort dans des conditions tragiques le 20 octobre 2011 du colonel Mouammar Kadhafi, inaugure l’entrée de ce pays de l’Afrique du Nord dans une nouvelle ère porteuse d’espoir de liberté et de démocratie pour les populations après 42 ans de règne sans partage de ce régime dictatorial.

La Libye: Sur la voie de l’apprentissage de la démocratie | Ben Boubakar Youssef, Abdel Rahim al-Kib, Mouammar Kadhafi, Abu Slim, Souk Jumaa, Arrada, Tajoura, Gourgi

L’annonce, mardi 22 novembre de la composition du nouveau gouvernement transition en Libye conduit par l’universitaire libyen Abdel Rahim al-Kib, comme premier ministre représente la pierre angulaire du processus politique entamé en Libye.
Chargé de la gestion de la phase de transition, ce gouvernement de transition de large consensus national devrait mener une transition politique qui verra au terme de 8 mois l’élection d’une Assemblée constituante, la mise en place d’un code électoral ainsi que d’une instance de supervision et d’organisation des élections qui seront clôturés dans un délai de 20 mois par des élections générales dans le pays.

La Libye: Sur la voie de l’apprentissage de la démocratie | Ben Boubakar Youssef, Abdel Rahim al-Kib, Mouammar Kadhafi, Abu Slim, Souk Jumaa, Arrada, Tajoura, GourgiLes lourds sacrifices pour la liberté
Que de chemin il a fallu aux Libyens pour parvenir à ce processus politique eu égard à la nature du régime du colonel Mouammar Kadhafi qui a dirigé d’une main de fer le pays et où toutes les voix discordantes étaient sévèrement réprimées dans une ambiance de chape de plomb qui verrouille toute velléité d’expression.
Portés par la vague du printemps arabe dont la première flamme a été déclenchée en Tunisie avec la chute le 14 janvier du régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, les Libyens se sont très vite inscrits dans ce mouvement de contestation populaire en lançant sur l’Internet dès le 15 février 2011 un appel à manifester.
Mais une manifestation à Benghazi, ville frondeuse, organisée par les parents des victimes du massacre en 1989 de la tristement célèbre prison d’Abu Slim à Tripoli où furent massacrés quelque 1200 prisonniers , a précipité les événements en dégénérant en émeutes.
La sévère répression par le régime de Kadhafi de cette manifestation a enclenché un cycle de manifestations-répressions qui a embrassé toute la région orientale du pays l’ancienne Cyrénaïque avec une insurrection généralisée ayant fait plusieurs morts.
Cette insurrection a fait tomber certaines villes aux mains des insurgés comme Derna, Ajdabia, Benghazi et Tobrouk.
La révolte des villes de l’Est du pays entraînera dans son sillage celles plusieurs de l’Ouest telles que Zaouia et Misurata (respectivement 50 et 220 km à l’ouest est de Tripoli).
La capitale Tripoli avec des quartiers comme Souk Jumaa, Arrada, Tajoura et Gourgi va se joindre au mouvement de contestation mais la mainmise des pro-Kadhafi sur la capitale libyenne aura raison très vite de ces foyers de révoltes.
Faisant boule de neige en gagnant plusieurs régions du pays, la révolte va amener les insurgés à créer un organe politique baptisé Conseil national de transition (CNT) chargé de superviser la rébellion et dont la présidence a été confiée à un transfuge, Mustafa Abdeljelil ministre de la justice de Kadhafi.
Plusieurs autres hauts commis de l’Etat ayant abandonné Kadhafi ont rejoint les rangs de ce Conseil qui sera reconnu par la France en premier.
Fer de lance de l’intervention des pays occidentaux dans le dossier libyen, la France a amené ses alliés notamment la Grande Bretagne et les Etats Unis à adopter les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de Sécurité imposant des sanctions contre le régime de Kadhafi, une zone d’exclusion aérienne et autorisant le recours à la force pour protéger les populations civiles.
A partir du 19 mars 2011 la coalition des pays occidentaux sera remplacée par un commandant de l’OTAN qui aidera les rebelles à venir à bout du régime de Kadhafi tué le 20 octobre dans des circonstances pour le moins confuses.
La guerre civile qui a duré environ 8 mois s’est soldée par un bilan lourd : le CNT avance le chiffre de 25.000 tués et plus de 50.000 disparues en plus de plus de 300.000 déplacés vers les pays voisins notamment la Tunisie et l’Egypte.
Les pertes matérielles sont énormes et les affrontements à l’arme lourde doublés des frappes aériennes ont détruit une grande partie de l’infrastructure de base laissant le pays exsangue.

La Libye: Sur la voie de l’apprentissage de la démocratie | Ben Boubakar Youssef, Abdel Rahim al-Kib, Mouammar Kadhafi, Abu Slim, Souk Jumaa, Arrada, Tajoura, GourgiLe difficile exercice de la démocratie
Les retards accusés dans la proclamation du nouveau gouvernement de transition, n’étonnent guère les observateurs de la scène politique.
Habitués, 42 ans durant à l’encadrement des comités révolutionnaires principal pilier du régime de Kadhafi conçu en fonction des dogmes du « Livre vert » prétendument présenté comme la troisième Théorie universelle, les libyens n’ont jamais connu de libéré d’expression, ni d’opinion ni d’association.
Aussi, c’est un exercice nouveau et difficile pour les citoyens libyens qui tentent de jouir de la liberté et de la démocratie.
Outre cette inexpérience, des divergences sont apparues entre les divers représentants des courants politiques déjà perceptibles lors du premier cabinet dirigé par le premier ministre sortant Mahmoud Djibril qui prône l’établissement d’un Etat civil fondé sur des institutions permettant au peuple libyen de s’exprimer en fondant un Etat de droit.
L’autre courant le plus en vue est celui de des islamistes (plusieurs courants, des salafistes, des djihadistes…) inspirés par le Cheikh Ali Sallabi parrainé par le Qatar et qui a déjà annoncé la formation d’un parti politique.
A cela, il convient d’ajouter les rivalités tribales qui sont apparues durant la nomination des ministres suscitant de vives tensions au sein de la naissante classe politique libyenne.
Malgré cette réalité, le nouveau premier ministre Abderrahim al-Kib a souligné que son gouvernement ne sera pas formé sur la base d’un quelconque quota ou dosage régional ou tribal.
Il a souligné que les priorités de son gouvernement résident dans le rétablissement de la stabilité et la sécurité, le désarmement des milices, la relance de l’économie ainsi que la reconstruction du pays.

Toutefois, de nombreux défis se posent devant ce nouveau cabinet qui hérite d’une situation économique difficile bien qu’une levée partielle du gel des avoirs libyens ait été autorisée afin de favoriser la reprise du fonctionnement de l’Etat.

En effet, les libyens subissent toujours les effets de l’interruption et de la perturbation des circuits de distribution, la pénurie de liquidités, les retards accusés dans le payement des salaires ainsi que l’absence de la main-d’œuvre étrangère.

Le défi sécuritaire avec les nombreuses milices armées qui ne sont pas toujours réputées pour leur discipline et la circulation des armes parmi les populations civiles représentent un problème majeur pour les nouvelles autorités du pays.

Les récents affrontements meurtriers entre les milices rivales dans l’ouest du pays (Zaoui et la périphérie de Tripoli) ainsi que les multiples escarmouches qui opposent milices rivales, démontrent la fragilité de la sécurité en Libye bien que tout le monde, y compris les partenaires occidentaux du Conseil libyen de transition, soient optimistes quant à la capacité des autorités à les surmonter avec le temps.

La normalisation progressive de la vie en Libye avec le foisonnement des journaux et sites d’informations ainsi que l’éclosion d’un tissu d’organisation de la société civile dénotent la volonté des Libyens de bâtir un nouvel Etat fondé sur la liberté, la justice, le respect des droits et la démocratie.

Ils sont conscients que cette aspiration à la liberté qui a secoué le pays ainsi que les sacrifices consentis doivent déboucher sur des lendemains meilleurs pour l’intérêt du pays et de toute la région.
 


Ben Boubakar Youssef
(05/12/2011)