Le Sud-est, une région d’accueil | Béni Elixir
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Le Sud-est, une région d’accueil | Béni Elixir
Abdul-Latif Al-Haddad
Si vous nous donniez un aperçu de la campagne "Mansenash"?

Nous avons pour objectif d'attirer l'attention sur la réalité d'une situation rude et difficile vécue par les états frontaliers qui ont subi par l'afflux de plus de 100 000 réfugiés venus de Libye. Notre campagne vise à réhabiliter et à reconnaître les gens du sud pour la solidarité inconditionnelle qu’ils ont témoigné à leurs voisins Libyens. Il s’agit de comprendre quels sont les besoins particuliers auxquels ils sont confrontés, et comment peut-on les aider?
Nous voulons aussi organiser des visites de terrain dans les camps, les villes et villages qui ont soutenu ces Libyens, suivre des convois de ravitaillement et d'assistance en vivres ou financière pour alléger le fardeau des travailleurs du sud et tous ceux qui ont participé aux missions d’assistance et de secours.

Qu'en est-il de l'intervention du gouvernement de transition et de la communauté internationale?
Beaucoup de ceux qui sont impliqués dans le travail de secours soutiennent que le gouvernement a abandonné son rôle d’assistance, imposé par le droit international et les normes et les lois et l'éthique. Ceci étant dit certaines difficultés sont compréhensibles, étant donné que les organisations internationales ont été obligées de d’affronter l’emergence différemment.

Quelles sont les préoccupations et les problèmes particuliers du Sud-Est?

Les problèmes du Sud-Est viennent ternir sa situation économique. Personne n’a besoin de cacher ses réalités peu brillantes.
Prenez l’exemple des maladies chroniques liées à la pollution. Elles résultent des politiques discriminatoires et des choix de développement. Prenez l’exemple de l'emplacement géographique des usines. Le Sud-Est, en dépit de l'énorme richesse en énergie, ou générée par l’industrie, l'agriculture et les services, est toujours marginalisé. Pas de programme de développement stratégique depuis l'indépendance.
A Tataouine, par exemple, l’industrie du gaz emploie une main-d'œuvre abondante dans les sociétés de production et de service, mais la région ne bénéficie pas des revenus du pétrole alors qu’il y a d’importants besoins en infrastructures, et en investissements. Il faut ajouter à ce déséquilibre flagrant, des problèmes de développement, en particulier en ce qui concerne la rareté de l'eau.

L’accent est pourtant mis sur le développement de l’arrière-pays vers Tataouine…
J'ai remarqué un intérêt croissant du développement de l’intérieur de la région en lien avec les exigences de progrès. Ce bilan positif, relayé par les télévisions, ne doit pas nous pousser à courir derrière le gain politique immédiat. Je ne le trouve pas dans la plupart des partis représentés à moyen ou à long terme.

Je ne trouve pas dans les dizaines de partis, en particulier chez ceux qui ont émergé après la révolution, cette disposition, une structure et une prise en compte comme le fait le PDP depuis longtemps, ou le Mouvement du renouveau qui travaille au lobbying pour l'action et libertés ou le Parti communiste ouvrier de Tunisie et le Parti d'action nationale.

Parmi ceux qui prennent aussi en compte nos difficultés dans leur programme, il faut aussi parler du parti démocrate et d'autres qui ont vite démontré qu’ils n’avaient fait que tenter de s'adapter à la révolution et commencé à reconstruire la question des programmes de développement et le remplacement nécessaire à l’occasion de l'élection.

Il faut une intégration de Tataouine à l’intérieur du dispositif de développement de la région et tirer profit des capacités et des possibilités des matières premières et de la diversité qui s’y trouvent.

Quelles sont les attentes des gens de Tataouine vis-à-vis de l'Assemblée nationale constituante?
Les gens de Tataouine en attendent les mêmes choses que les autres tunisiens. Le plus important reste peut être une variété dans la composition politique et sociale de cette assemblée.

Croire qu’elle va résoudre tous les dilemmes et répondre aux personnes immédiatement, suivre toutes les exigences du développement social et économique, est un rêve inaccessible.

Il est du devoir de chacun aujourd'hui, qu’il s’agisset des partis, des associations, des élites, des militants, de délibérer et de rationaliser les attentes. Il ne faut pas placer la barre trop haut afin de ne pas en ressortir frustrés et surtout de ne pas fournir une occasion en or pour l‘ancien régime de soutenir une contre-révolution, contourner la révolution et de la sortir de l’esprit et du cœur des gens. Ce serait revenir au point de départ.

Comment les médias ont-ils traité la question des réfugiés?
Les médias ne considèrent pas les réfugiés comme une cause nationale, c’est la première chose. La seconde est que l'absence totale de couverture médiatique nous permet difficilement de maintenir les besoins quotidiens de secours.

Les secours, dans le paysage médiatique, ne sont plus au premier plan. En dépit de la détérioration de la situation, les besoins sont exacerbés et nous avons encore d’importants besoin puisque de nouvelles personnes arrivent chaque jour dans les camps Alchoch, Remada et Zhabh.

Il est triste que le Sud ne soit pas mieux traité par les médias après la révolution. Il est douloureux de perpétrer cette injustice historique que je connais depuis longtemps, cette marginalisation imposée par le gouvernement et les médias. Cela réduit aussi l'espoir que nous avons de réformer le système d'information et de l’améliorer pour jouer le rôle qui lui est assignés en Tunisie depuis la révolution.

Quel sera le rôle des centres de secours après le retour des réfugiés?

Le potentiel énorme que nous avons découvert dans notre région alors que nous devions porter secours à des populations et alors que nous étions nous-mêmes marginalisés est un fait. Pour l'avenir, il est nécessaire de maintenir ces capacités de soutien, de jouer la carte de l’accueil dans le sud et de prêter attention aux questions de développement et de marginalisation.

Comment évaluez-vous la situation actuelle des réfugiés dans des camps ou en dehors?

La situation des réfugiés est fondamentalement associée au passage de Tripoli dans les mains des rebelles. Il y a donc une période de transition aujourd’hui avec le retour d’une partie des réfugiés en Libye.
Si les choses continuent comme cela, selon les projections des organisations internationales, une seconde vague de réfugiés pourrait concerner des groupes proches des milieux gouvernementaux. Notre pays se prépare donc à ouvrir une page nouvelle des relations avec la Lybie. Aujourd’hui il y aurait environ trois mille réfugiés de nationalités africaines, notamment d’origine Somalienne et du Darfour.

Pourquoi ne pas aider les Africains à retourner dans leur pays?

Ne pas les expulser est un problème et les organisateurs reçoivent des plaintes quotidiennes. Ils souffrent d’injustice et de discrimination. J’y ai réfléchi et je pense qu’il est impossible pour eux de retourner en Libye après la victoire de la révolution. Ils craignent pour leur vie. Après ce qu’a fait le régime de Kadhafi et ses milices de mercenaires composées d’Africains, ils seront rejetés. Dans le même temps retourner dans leur pays d'origine, souvent lacéré par des conflits, est aussi impossible. Enfin, le rejet des pays européens s’explique en partie par de nombreux stéréotypes et amalgames, comme par exemple Al Quaeda qui colle à la peau des Somaliens.

Quels sont les effets prévus de cette vague d’immigration?
Ces demandes d’asile auront des effets à long terme qui se répercuteront sur la culture et les valeurs.

Béni Elixir
(Octobre 2011)


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