Samira El Masoudi, militante des droits des femmes en Libye | SamiraEl Masoudi, Libyan Women Union, Ghania Khelifi, REF (réseau EuromedFrance), Kadhafi
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Ghania Khelifi   

Le pari des droits

Samira El Masoudi, militante des droits des femmes en Libye | SamiraEl Masoudi, Libyan Women Union, Ghania Khelifi, REF (réseau EuromedFrance), KadhafiA l’initiative du REF (réseau EuromedFrance), une délégation de femmes libyennes, militantes d’organisations de la société civile, a séjourné à Paris et rencontré représentants associatifs et personnalités politiques françaises pour rendre compte de la réalité de leur pays et de l’implication des femmes dans le combat pour les droits de l’homme en Libye.

L’engagement de SamiraEl Masoudi, présidente de la plateforme libyenneLibyan Women Union, ne date pas de la jeune révolution libyenne. De sa famille, elle a hérité ses convictions pour la défense des droits des femmes. Son mari a connu les geôles de l’ex dictateur Kadhafi et a été privé de son passeport durant des années, subissant avec sa famille le harcèlement des services de sécurité.

Samira, professeur de mathématiques et poétesse, sait pourtant que la révolution a libéré le peuple mais n’a pas encore donné leurs droits aux femmes. « L’image de la femme libyenne a, il est vrai, changé après sa forte participation à la révolution, explique-t-elle, mais les discriminations et les inégalités sont toujours là. Dans la famille la tradition est très ancrée et les femmes ne sont pas encore les égales des hommes dans les institutions et le travail. Cette égalité est précisément notre défi aujourd’hui.»

Samira et de nombreuses femmes de son pays savent que si elles ne revendiquent pas leur place l’avenir se fera sans elles. « La menace islamiste gagne chaque jour en puissance, précise-t-elle. » Les islamistes veulent tout le pouvoir et ne reculent devant aucune intimidation. Une femme nommée à la tête d’une banque dans une ville de l’intérieur a dû être mutée à Benghazi car la population locale a manifesté contre elle au motif qu’un « homme ne peut pas demander son argent pour vivre à une femme. La mixité est remise en cause dans la police, l’université et même les scouts et l'on n’hésite pas à agresser celles qui ne sont pas soi-disant conformes à la religion ». Cette pression n’a pas empêché Samira de faire campagne pour un quota de 35% de femmes dans la commission de rédaction de la future constitution. « L’Etat est faible, la situation du pays instable et nous ne pouvons compter que sur notre engagement. J’ai parcouru plusieurs régions pour expliquer aux gens qu’ils doivent s’exprimer et à la société civile qu’elle doit parler d’une seule voix pour une constitution qui respecte les droits de l’homme tels que définis par les conventions internationales. J’ai fait signer la motion au président du Parlement et j’ai menacé les partis qui ne voulaient pas signer de les dénoncer sur les réseaux sociaux».

Les Libyennes n’ont pas hésité à envoyer une pétition à l’ONU pour dénoncer les exactions dont elles ont fait l’objet et les atteintes à leurs droits au grand dam des islamistes du parti Justice et Construction. A ces derniers Samira avait rétorqué qu’eux ont bien fait appel à l’OTAN pour les aider à se débarrasser du régime de Kadhafi alors « pourquoi nous femmes n’aurions pas le droit d’interpeler l’ONU ? ».

Samira comme les autres militantes ne s’opposent cependant pas à une constitution inspirée du Coran, elles le revendiquent plutôt faisant la distinction entre un texte basé sur la Charia et un texte s’inspirant du Livre Saint. Stratégie ou conviction ? Difficile de trancher pour des femmes musulmanes prises selon le mot de Samira « entre le marteau et l’enclume » soit le modèle tunisien ou celui de l’Egypte. Les femmes pourraient se contenter du maintien des lois du régime déchu car ces textes garantissaient leurs droits même si ils n’étaient guère appliqués.

Mener de front la bataille pour la reconstruction du pays et celle pour la démocratie n’est pas un pari facile dans la difficile conjoncture libyenne. Les trente-trois libyennes entrées au Congrès général national en juillet 2012, sur un total de deux cents parlementaires, représentent une véritable avancée étant donné l’exclusion de toute participation politique des femmes par le passé.

Les Libyennes ont entamé un long et incertain chemin vers leur émancipation. Mais après avoir rencontré Samira El Masoudi on se dit qu’il ne sera pas facile, ni pour les islamistes ni pour tous les autres conservateurs, de renvoyer une telle une femme hors du champ de bataille.

Pour écouter l’intervention de Samira El Masoudi :

Samira El Masoudi, militante des droits des femmes en Libye | SamiraEl Masoudi, Libyan Women Union, Ghania Khelifi, REF (réseau EuromedFrance), Kadhafi


 
 
Ghania Khelifi
08/12/2013