Les immigrés africains indésirables dans la nouvelle Libye | Ben Boubakar Youssef, immigration en Libye, Touaregs, mercenaires de Kadhafi, Union Africaine
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Ben Boubakar Youssef   

Les immigrés africains indésirables dans la nouvelle Libye | Ben Boubakar Youssef, immigration en Libye, Touaregs, mercenaires de Kadhafi, Union AfricainePays à la fois d’accueil et de transit d’immigrés, la Libye constitue de par sa position géographique une étape importante sur la route migratoire de l’Afrique vers l’Europe. Mais depuis le conflit qui a secoué le pays en 2011, la donne a complètement changé et la présence des immigrés africains n’est plus tolérée dans ce pays de l’Afrique du Nord.

Cette situation conjuguée aux réalités socioculturelles du pays ont donné à ce phénomène de circulation des êtres humains en quête d’une vie meilleure, une dimension particulière dans ce pays.

Dotée d’énormes richesses en hydrocarbures qui procurent des revenus colossaux avec une population qui atteint à peine les 6 millions d’individus, la Libye a toujours constitué un attrait particulier pour les Africains qui y voient à la fois une terre d’accueil et une étape de transition sur leur route vers l’autre rive de la Méditerranée, l’Europe.

Au-delà de ces considérations, l’immigration en Libye d’Africains du Sud du Sahara, revêt une dimension social complexe en raison notamment des liens matrimoniaux entre les tribus libyennes et celles de certains pays voisins, tels les Touaregs du Niger, du Mali et les Toubous du Tchad, souvent originaires des régions frontalières désertiques où fourmillent de longue date, des réseaux de contrebandiers et de rebelles, ainsi que des groupes terroristes.

La position géographique de la Libye avec ses 2.000 km de côtes sur la rive sud de la Méditerranée fait de ce pays une large porte africaine sur l'Europe. Et ses immenses frontières pour la plupart en bordure du désert, avec six pays d'Afrique que sont la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte, mais également le Niger, le Tchad et le Soudan offrent d’immenses opportunités aux flux d’immigrés africains.

Ces flux incessant d’immigrés africains concernent, non seulement les Africains en quête de travail rémunérateur en Libye, mais aussi et surtout des milliers de clandestins que le mirage de l’eldorado européen ne cesse d’attirer.

 

Les immigrés africains indésirables dans la nouvelle Libye | Ben Boubakar Youssef, immigration en Libye, Touaregs, mercenaires de Kadhafi, Union Africaine

 

Fort de cette réalité, l’ancien régime du défunt colonel Mouammar Kadhafi en avait fait un fonds de commerce pour sa politique panafricaine sur le continent africain ainsi qu’un atout de pression et de négociation avec les pays occidentaux notamment européens.

Cette volonté incitera le régime de Kadhafi à s’ériger en interlocuteur incontournable des européens dans le dossier de l’immigration sur le contient qu’il agite comme un épouvantail pour obtenir des concessions et se faire accepter par la communauté internationale.

Ainsi, tout en soufflant le chaud et le froid en portant tantôt la casquette de gendarme des côtes européennes et en la refusant dans certains autres cas, la Libye de Kadhafi avait réclamé de l’Europe le financement des initiatives de création d’emplois en Afrique, dans le but de contribuer à estomper les flux migratoires vers le vieux continent.

Mais la situation va radicalement changer au cours du conflit qui a éclaté en 2011 dans le pays. Considérés comme mercenaires de Kadhafi dont la politique africaniste n’avait, en réalité, rien apporté de concret aux africains, les ressortissants des pays africains ont été désignés en bouc émissaire par les rebelles libyens.

Ils seront pourchassés sans ménagement durant le conflit et lors de la prise de la capitale Tripoli où se trouvaient une forte concentration des communautés africaines prises au piège par le conflit. Les Africains ont subi, durant cette période les pires exactions.

Ils sont devenus indésirables dans le pays et lors de manifestations populaires à Tripoli, les Libyens ont dénoncé la politique panafricaniste de Kadhafi , affirmant ne plus vouloir du continent africain notamment de l’Union Africaine qui a mis beaucoup de temps à reconnaître les nouvelles autorités de Tripoli.

La nouvelle Libye qui besoin de main-d’œuvre a clairement opté pour se passer des Africains qui offraient la force de leurs bras aux grands travaux dans le pays.

Ainsi, le métier d’éboueur, pour ne citer que celui-ci, qui était de l’apanage d’Africains qui sillonnaient les villes et quartiers libyens pour ramasser les ordures, est exercé actuellement par des bengalais et autres ressortissants de pays asiatiques. Une main-d’œuvre qui a été amenée en sous-traitance par une société qatarie qui a remporté un marché de plus 4000 travailleurs, selon des sources proches du dossier.

En outre, une chasse systématique est pratiquée par les milices rebelles qui arrêtent et reconduisent les Africains aux frontières.

 

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Ceux qui optent pour continuer à vivre en Libye sont contraints de se fondre au sein de la population en adoptant le style vestimentaires et pour les femmes, en se voilant, même si elles sont de confession chrétienne afin de ne pas se faire remarquer et risquer l’expulsion et la reconduction aux frontières dans des conditions qui ne respectent pas les procédures des droits de l’homme.

Mais cette politique, jugée très risquée, peut avoir l’effet d’un boomerang. En effet, les milliers d’Africains affamées aux porte du désert libyen pourraient un jour envahir la Libye. A ce moment ni les armes ni la force n’auront d’utilité pour les faire reculer.

Ne vaut-il pas mieux offrir du travail à des ressortissants de pays voisins qui constituent une profondeur stratégique pour la Libye que d’employer des asiatiques dont la présence n’a aucune signification ni retombées sur le pays?

 


 

Ben Boubakar Youssef

03/07/2012