Elections en Libye: attention danger | Ben Boubaker Youssef
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Ben Boubaker Youssef   

A un mois des élections du Congrès national (Assemblée constituante) prévues en juin prochain, les autorités libyennes mettent les bouchées doubles pour réaliser cette étape cruciale du processus politique dans le pays. Mais la recrudescence du phénomène d’insécurité en raison de la circulation des armes fait planer une grande menace sur le déroulement de ces élections.
Elections en Libye: attention danger | Ben Boubaker Youssef
Face à la résurgence ici et là d’affrontements armés impliquant tantôt des milices rivales, tantôt des régions avoisinantes ou des milices et des forces de l’ordre, force est de constater que la Libye est confronté à des problèmes d’insécurité qui pèsent sur le déroulement du processus politique dans le pays.

Les symboles de l’Etat et de sa souveraineté sont bafoués à l’instar des assauts répétés lancés par les milices et des anciens rebelles contre le siège du Gouvernement à Tripoli. Le dernier en date remonte à mardi 8 mai pour réclamer des primes de récompenses aux milices qui ont participé au conflit ayant renversé le régime du Colonel Kadhafi.

Ces attaques n’ont pas épargnés des responsables du Conseil national de transition (CNT), instance au pouvoir en Libye.
Malgré la multiplicité de ces incidents devenus monnaie courante, les autorités en Libye semblent résolument engagées à mener à terme le processus politique du pays dont les principales étapes ont été déjà réalisées.

Après la formation, certes dans la douleur, du Gouvernement intérimaire à large consensus national, la création d’une commission électorale, l’adoption d’un code électoral et d’une loi organisant les partis politiques, les autorités s’affairent actuellement sur la dernière étape avant l’échéance des élections de la Constituante prévue en juin prochain : à savoir, l’élaboration des listes électorales.
Cette volonté des autorités libyennes de mener jusqu’au bout ce processus politique malgré les obstacles qui se dressent sur la voie de la réalisation, suscite de nombreuses interrogations des analystes quant à la capacité du pouvoir actuel de relever le défi de la démocratisation du pays.

Enjeu déterminant pour l’avenir de la Libye et l’instauration d’un régime démocratique, les élections ne semblent pourtant pas susciter un grand enthousiasme auprès de la population. C’est ce que semble indiquer le rythme des inscriptions sur les listes électorales où se sont enregistrés, jusqu’à présent, 1.250.000 électeurs sur un corps électoral estimé à 3.400.000.

Les estimations de la Haute commission électorale tablent sur un taux d’inscription de 55% du corps électoral d’ici le 15 mai courant dernier délai pour s’inscrire sur les listes électorales.
Outre le faible taux de participation des électeurs, il faut ajouter les risques d’insécurité qui planent sur le déroulement de ces élections.
Même le plan de sécurité intégré du ministère libyen de l'Intérieur en coordination avec les autorités compétentes et avec le soutien du groupe de travail ad hoc sur la mission des Nations unies, ainsi que le Comité de coordination des pays soutenant la Libye et destiné à sécuriser le processus électoral du Congrès national, ne semble pas apporter toutes les garanties nécessaires.
La Commission électorale a décidé d’accréditer des observateurs locaux et internationaux ainsi que des représentants des médias et de la société civile pour assurer une meilleure transparence de ces élections.
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La menace des milices fortement armées dans les différentes villes, dont certaines ne sont pas assujetties à l’autorité de l’Etat fait peser des risques majeurs sur le processus électoral dans le pays. Pourtant le gouvernement a élaboré un ambitieux programme destiné à intégrer ces groupes armés dans les rangs de l’armée nationale et de la police. Ce programme offre la possibilité d'opérer une reconversion sociale à ceux qui le désirent, en suivant des sessions de formation à l’étranger. Ils peuvent également bénéficier d’un financement du projet économique qu'ils auront choisi de réaliser.
Une grande partie de ces milices a rendu les armes et leurs membres ont rejoint les rangs de l’armée ou des forces de l’ordre. Mais, selon des sources proches du gouvernement de transition, leur désarmement total s’est avéré à la pratique, une tâche ardue et de longue haleine, exigeant une mise en œuvre par étape.
Ainsi, les autorités tablent sur l'aboutissement du processus de démocratisation qui, en conférant aux nouvelles autorités la légitimité du suffrage populaire, contribuera à asseoir l'autorité de l'Etat.



Ben Boubaker Youssef
15/05/2012