Jordanie: les réactions de Illias Farkouh | Houcine Jalaad
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Houcine Jalaad   
Jordanie: les réactions de Illias Farkouh | Houcine JalaadLe romancier jordanien Illias Farkouh exprime quant à lui son bonheur de voir son roman «La Terre du purgatoire» sur la liste des nominés pour ce prix international. Il considère cela comme un flambeau qui s’allume dans le champ culturel surtout à la lumière des réserves émises quant aux mécanismes d’attribution des prix à une époque où les jurys ont pris l’habitude de récompenser ceux qui ne le méritent pas réellement. «J’ai vraiment de quoi être heureux. Qui pourrait cacher ou nier la joie de voir son travail reconnu à l’échelle internationale ?» demande Farkouh. Cette nomination «affirme la spécificité du roman dans toute la production arabe, et constituera ultérieurement une épreuve, celle de son rapprochement avec les cinq autres romans sur les plans de la structure romanesque, de la langue ou de ce qu’il aspire à dire.»
En réponse à la question de savoir s’il s’attendait à cette nomination, Farkouh répondit : «Oui et non. Oui, parce que je suis sûr du niveau et de l’originalité de «La Terre du purgatoire» et que, comme tous les écrivains, je rêve de remporter ce prix. Certains expriment ce rêve, d’autres préfèrent le taire, il n’en est pas moins présent.
Non, je ne m’attendais pas à cette nomination en raison de la suspicion que font naître des décennies de corruption, d’absence d’objectivité et de calculs sans rapport avec le texte qui ont empreint les prix arabes. Ce qui nous a confirmé, nous les écrivains qui n’avions pas choisi notre aire géographique, dans la ferme conviction que la question des prix était une absurdité.» Farkouh réitère sa satisfaction d’être nominé : «Voila pour expliquer ma joie. Il y a de temps en temps une lumière qui s’allume dans notre nuit qui s’éternise. Bénissons-la.»
«La Terre du purgatoire» est le dernier roman en date de Illias Farkouh. C’est un témoignage personnel sur toute une génération qui a vécu les guerres arabes, sur les rêves du flux nationaliste et sur ses déboires. Ce roman succède à deux autres publiés ces vingt dernières années. Chacune des trois œuvres traite séparément d’une des mutations connues par cette génération. Selon Farkouh: «Ce troisième roman est le couronnement d’une trilogie non annoncée qui a commencé avec «Tailles d’écume» et «Colonnes de poussière»
Selon l’auteur, ce «n’est pas tant le troisième volume complétant le projet d’une trilogie que la somme de l’expérience de ces vingt dernières années au niveau de l’écriture, de la modernisation permanente du texte par le dépassement obstiné et l’insatisfaction face à ce qui a pu être atteint. C’est pourquoi il me semble que ce roman – qui est un complément aux précédents – est, sur le plan technique, le plus fini.»
Farkouh précise que «La Terre du purgatoire» termine le projet d’un témoignage artistique sur toute une génération. Mais l’écriture continue et selon l’auteur : «ce n’est pour moi qu’une incitation à sortir vers d’autres sphères qui attendaient que le moment vienne.» L’auteur ajoute : «Je ne suis pas de ceux qui travaillent sur plus d’un projet à la fois. Chaque écrit est soumis à ses propres circonstances, chaque œuvre porte ses propres empreintes. Je suis étonné qu’on puisse préserver la spécificité d’un travail alors qu’on est occupé à un autre texte allant dans un autre sens !»
Il est à rappeler que Illias Farkouh est né à Aman en 1948, qu’il est directeur de la maison «Azmina pour l’édition et la diffusion» fondée en 1991. Il a publié plus de 25 ouvrages dans divers domaines, comme le roman, la nouvelle, l’essai et la traduction. Certaines de ses œuvres ont été primées. Il est récipiendaire du prix de l’Etat pour la nouvelle (1997). Son roman «Tailles d’écume» a reçu le prix du roman (1990). Il reçut également le prix Mahmoud Seyffedine al-Irani attribué par la ligue jordanienne des écrivains pour la nouvelle. Cette même ligue lui avait déjà attribué le prix du meilleur recueil de nouvelles en 1982 pour «21 coups de canons pour le prophète».


Houcine Jalaad de Aman pour An-Nahar, le 09.02.2008
(traduction par Jalel El Gharbi)
(24/02/2008)

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