Amnesty International accuse Israël de crimes de guerre | Marie Medina
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Marie Medina   
Amnesty International accuse Israël de crimes de guerre | Marie MedinaSix mois après l'opération "Plomb durci", Amnesty International se demande comment l'armée israélienne a pu tuer des "centaines de civils" alors même qu'elle utilise des armes de haute précision. D'après son rapport, Tsahal s'est livrée à des destructions "gratuites", ne faisant pas la distinction entre objectifs militaires et installations civiles, et ses hommes ont à plusieurs reprises visé des ambulances et utilisé des enfants palestiniens comme boucliers humains.

Parallèlement, Amnesty International reproche aux milices palestiniennes d'avoir tiré des roquettes sur des civils israéliens. En revanche, l'organisation assure n'avoir trouvé aucun élément permettant d'affirmer que ces dernières utilisent des boucliers humains.

Lancée par Israël pour faire cesser les tirs de roquettes sur le sud de son territoire, l'offensive "Plomb durci" a duré du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009. Durant ces trois semaines, environ 1.400 Palestiniens ont été tués et 5.000 autres ont été blessés, dont beaucoup resteront mutilés à vie. Parmi les morts, Amnesty International a recensé quelque 300 enfants et plus de 115 femmes. L'organisation estime également qu'au moins 285 hommes qui ont été tués étaient des civils, et non des membres du Hamas ou de groupes armés.

"Des centaines de civils ont été tués dans des attaques menées en utilisant des armes de haute précision - des missiles et des bombes lancés par l'aviation, et des obus de char. D'autres, y compris des femmes et des enfants, ont été abattus à courte portée alors qu'ils ne menaçaient en rien la vie des soldats israéliens. Des bombardements aériens, menés par des avions de combat israéliens F-16, ont ciblé et détruit des habitations civiles sans avertissement, tuant et blessant des dizaines de résidents, souvent dans leur sommeil", peut-on lire dans le rapport publié début juillet.

"Des questions dérangeantes restent sans réponse sur la façon dont de telles armes de haute précision (...) ont tué autant d'enfants et d'autres civils".

Amnesty International reproche aussi à Tsahal d'avoir utilisé dans des zones densément peuplées des armes de faible précision, comme les obus à dispersion de fléchettes.

L'organisation rapporte en outre que, malgré les démentis officiels durant les premières semaines de l'opération, les forces israéliennes ont eu recours au phosphore blanc de façon "considérable". Cette substance, qui n'est pas interdite par le droit international, sert en général à éclairer un champ de bataille ou à créer un écran de fumée. Lorsqu'un obus explose en vol, ses 116 bouts de feutre imprégnés de phosphore blanc s'allument au contact de l'oxygène et retombent sur une superficie pouvant couvrir un terrain de football, voire plus.

Les brûlures causées sont très profondes; elles mangent le muscle jusqu'à l'os. Le phosphore blanc continue de brûler jusqu'à ce qu'il soit privé d'oxygène. Il peut contaminer des organes tels que le coeur, le foie et les reins, provoquant ainsi des dommages irréparables. Les personnes brûlées à 10-20%, qui survivraient à des brûlures classiques, succombent souvent aux atteintes du phosphore blanc.

D'après Amnesty International, des "frappes directes" au phosphore blanc ont touché des maisons, des écoles, des infrastructures médicales et des bâtiments de l'ONU. "A de nombreuses reprises", l'armée en a fait usage "sur des quartiers résidentiels densément peuplés, tuant et blessant des civils".

Les responsables israéliens ont démenti durant le conflit l'utilisation de phosphore blanc, ce qui a "retardé ou empêché" d'apporter les soins appropriés aux blessés. "Dans les unités de grands brûlés des principaux hôpitaux de Gaza, les médecins ont raconté à Amnesty International qu'ils avaient été déconcertés : au lieu de s'améliorer après le traitement initial, les brûlures continuaient de s'étendre et de s'approfondir, causant des douleurs accrues et une détérioration inexplicable de l'état des patients". D'après le rapport, "des patients sont morts dont la vie aurait pu être sauvée si la cause des brûlures avait été connue et le traitement adéquat fourni".

"Alors même que les responsables israéliens ont su dès les premiers jours de l'opération 'Plomb durci' que des civils étaient tués et blessés en nombre important, les forces israéliennes ont continué d'employer les mêmes tactiques pour toute la durée de cette offensive qui s'est étendue sur 22 jours, causant un nombre croissant de victimes civiles", accuse AI qui voit là un "mépris des vies civiles".

Les soldats israéliens ont "fréquemment" bloqué l'aide médicale et humanitaire. "Ils ont empêché des ambulances et du personnel médical de s'occuper de blessés et de les transporter à l'hôpital et, dans plusieurs cas, ils ont ciblé des ambulanciers et des secouristes".

Des Palestiniens, y compris des enfants, ont été utlisés comme "boucliers humains" par des militaires israéliens qui les ont obligés à rester près ou dans des maisons qu'ils venaient de prendre et qu'ils utilisaient comme positions, affirme encore Amnesty International. "Certains ont été contraints d'accomplir des tâches dangereuses telles que d'inspecter des propriétés ou des objets suspectés d'être piégés".

Des quartiers entiers ont été rasés, laissant des milliers de personnes sans abri. "La majeure partie des destructions était gratuite et délibérée", sans aucune nécessité militaire. "Par moments, cela semblait avoir pour but de punir collectivement les populations pour les actions des groupes armés".

Le rapport est également critique vis-à-vis de la branche armée du Hamas et des autres milices gazaouies. Elles ont "tiré plusieurs centaines de roquettes et d'obus de mortier sur le sud d'Israël, tuant trois civils et en blessant des dizaines d'autres".

Les roquettes Qassam et autres projectiles dépourvus de système de guidage ne peuvent pas viser correctement leurs cibles. Ce type d'attaques aveugles viole, lui aussi, le droit international, remarque Amnesty International, en rappelant que des milliers d'Israéliens de la zone frontalière ont dû fuir la région durant le conflit et que ceux qui étaient restés sur place devaient courir aux abris chaque fois que l'alerte retentissait.

Le rapport reproche au Hamas et aux autres groupes armés d'avoir entreposé du matériel militaire et d'avoir tiré des roquettes à proximité de maisons où habitaient des civils, mettant ainsi la vie de ces personnes en danger.

Il tort le cou en revanche aux allégations des responsables israéliens qui maintiennent que les milices palestiniennes utilisent des civils comme boucliers humains. "Amnesty International n'a trouvé aucun élément prouvant que le Hamas ou d'autres combattants palestiniens orientent les mouvements des populations civiles pour protéger les cibles militaires des attaques (israéliennes). Elle n'a trouvé aucun élément prouvant que le Hamas ou d'autres groupes armés contraignent les habitants à rester dans ou à proximité des bâtiments utilisés par leurs combattants, ni que les combattants empêchent les habitants de quitter les bâtiments ou les zones qu'ils viennent de réquisitionner".

Marie Medina
(10/07/2009)


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