Azmi Bishara, une sombre affaire qui bouleverse Israël | Alaa Ashkar
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Alaa Ashkar   
 
Azmi Bishara, une sombre affaire qui bouleverse Israël | Alaa Ashkar
Azmi Bishara
Mais où est donc Azmi Bishara? Le penseur, écrivain et député arabe israélien Azmi Bishara fait les grands titres des journaux arabes et israéliens alors qu’il entretient le suspens sur son retour en Israël. Le fondateur du parti Balad, défenseur de la minorité arabe d’Israël est parti il y a deux semaines en Jordanie et n’est pas reparu depuis. Il se dit «persécuté» et prêt à partir, le Likoud israélien semble ravi. Revue de la presse israélo-palestinienne:

Yediot Aharonot (Israël):
«Certains adversaires d’Azmi Bishara dans le milieu arabe d’Israël estiment qu’il est un provocateur au service du Shabak (services secrets israéliens). Celui-ci lui permettrait ces provocations pour ficher ensuite les radicaux qui le suivent, ou bien pour consacrer l’hostilité envers la société arabe de la Knesset. Ils considèrent donc Azmi Bishara comme un agent du Shabak. Selon eux, ce qui a été publié ces derniers jours sur sa démission, sa disparition, son silence, ou ses vacances, est seulement un autre chapitre du comportement étrange de cette personne par rapport aux services secrets israéliens. Tout est obscur. Est-ce que les services israéliens vont finalement mettre une limite à la tolérance? Où est-ce que cette histoire finira encore comme une bulle médiatique vite archivée?»

Al Quds Alarabi (Quotidien Arabe indépendant basé en Angleterre):
«…(Azmi Bishara) est clairement une cible de l’appareil sécuritaire. L’obscurité qui entoure les accusations formulées contre lui est voulue. Cela devra faciliter les accusations destinées à l’effacer du jeu politique et à le faire taire.
Cependant, le cas de Bishara est très clair: il est accusé car il est arabe – il insiste sur ce point lors de toute les réunions, soulignant son appartenance arabe non raciste, démocratique, contre le fascisme et toute ses reproductions modernes. Il est Palestinien, vivant sur la terre où il est né. Il n’est pas arrivé de Mars ou de l’Amérique ou de l’Ethiopie ou de la Russie ou de…, et n’a pas reçu sa nationalité lors de son arrivée à l’aéroport. Il vit dans «un pays» qui a choisi intentionnellement de ne pas avoir de constitution pour ne pas devoir rendre publique son identité religieuse fermée, et fondée sur le racisme.
…avant Azmi Bishara, plusieurs palestiniens ont été arrêtés par les services de sécurité israéliens. Les leaders du mouvement de la terre: Mansour Kardoush, Saleh Baranse, entre autres, ont été chassés. Certains ont été menacés de mort au cas où ils ne s’exileraient pas. Ainsi ils ont été «transférés» personnellement. Suivant l’adage qu’un bon arabe est un arabe mort. de la sorte, tous les Palestiniens d’Israël sont menacés d’exil ...».

Rfi actualité (France)
«Si l’affaire prend de l’importance en Israël, c’est qu’elle soulève la question toujours brûlante de la loyauté des Arabes israéliens à l’égard de l’Etat hébreu. «Les députés arabes de la Knesset sont systématiquement harcelés, assure Jafar Farah, directeur du Centre Mossawa, une association qui défend l’égalité des droits des Arabes israéliens. Dans les dix dernières années, il y a eu trente enquêtes de police à l’encontre de parlementaires arabes. Cinq cas ont abouti à un procès et tous ont été innocentés. Il s’agit de délégitimer la communauté arabe et ses dirigeants pour l’exclure du débat politique en Israël», explique-t-il.
Les arabes israéliens représentent près de 20% de la population israélienne et font l’objet de nombreuses discriminations en matière d’accès à l’emploi et au logement. «Ils nous traitent comme une cinquième colonne, poursuit Jafar Farah qui prédit que cette affaire aura des conséquences désastreuses sur les relations entre Arabes et juifs en Israël. «C’est un nouveau en faveur du «transfert» des Arabes israéliens vers les territoires palestiniens». Une idée défendue par le vice-Premier ministre Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite Israël Beitenou («Israël Notre Maison»), qui, selon toutes les enquêtes d’opinion, gagne régulièrement du terrain en Israël.»

Maariv (Israël)
Il faut prendre au sérieux tout ce que fait Azmi Bishara. Mais avant tout, il faut être attentif aux vives réactions qu’il produit chez les gens qui essaient de vivre en paix dans ce pays, les uns à côté des autres. Ce qui se passe ces derniers jours est très inquiétant. S’il y avait dans le passé une possibilité de lier les deux peuples, aujourd’hui nous sommes devant une sérieuse impasse, et je suis plus sceptique sur cette question qu’un Polonais sans travail.
Ces extrémismes m’inquiètent et en particulier le fait qu’un député de la Knesset se balade ainsi dans ce pays sans aucune limite. Cela prouve qu’il n’a pas peur, et qu’il ne prend pas en compte le Parlement auquel il appartient, qu’il soit au Parlement syrien ou israélien, de toute façon, il hurlera tout ce qu’il a dans le ventre.
Cette provocation irrite, énerve et frise les limites de la tolérance. Il déforme la réalité et humilie tout le monde sur son passage. Dr. Azmi Bishara fait honte à son diplôme de doctorat, parce qu’il se comporte comme un enfant qui ne sait pas contrôler sa langue. Et cette langue, chers amis, existe du côté arabe mais aussi du côté juif. C’est cela qui affaibli notre «feu de vie» et il ne restera bientôt ici que l’obscurité totale»
Arab48 (Journal palestinien d’Israël sur le web)
«Les palestiniens ont essayé par tous les moyens de casser la relation de maître – esclave en Israël sans toucher à la question de la nature de l’état. Or, cela n’a abouti ni à stoper la discrimination Arabes israéliens. Tout le monde sait que les autorités israéliennes n’ont de cesse de créer des lois et des mesures pour leur permettre de poursuivre les dirigeants politiques arabes. Cela indique que la nature de la relation entre l’Etat israélien et le citoyen palestinien est la cause des problèmes. En ce moment, nous sommes témoins d’un exemple vivant de cette politique: la poursuite du leader politique Azmi Bichara. Cette poursuite met Israël devant des enjeux intellectuels et politiques sérieux. Bichara n’est pas le seul à être poursuivi, c’est aussi le cas de tous les mouvements nationaux arabes et de leurs dirigeants. Les Palestiniens savent bien ce que sont leurs droits, ils savent aussi qu’ils sont dans leur terre et n’accepteront jamais des miettes dans leur propre pays. Pour tout cela, nous condamnons les menaces, les poursuites, la répression et l’atteinte à la liberté d’expression dont ils font l’objet aujourd’hui.» Alaa Ashkar
(23/04/2007)
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