L’Autre rive, de Zad Moultaka à Avignon | babelmed
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L’Autre rive, de Zad Moultaka à Avignon | babelmed L’Autre rive est une pièce de 60 minutes pour douze chanteurs et quatre instrumentistes,
en deux fois douze mouvements, deux parties et deux espaces. Sous les bombardements, l’enfant s’interroge, « Et si j’étais né de l’autre côté ? » Cette question déborde et obsède.

Deux univers jumeaux vivent fermés l’un à l’autre, ivres de haine et de violence. L’Autre rive expérimente les empreintes de la séparation et de fractures encore plus anciennes.
La pièce se déroule simultanément dans deux espaces. Créant une sorte de rituel, les chanteurs quittent les uns après les autres le premier lieu pour se diriger vers le second. Ils passent ainsi sur « l’autre rive » où la même pièce se déroule à l’envers. En miroir, faux miroir, puisque les instruments et les langues diffèrent.

La musique suit la forme du texte : de l’énergie belliqueuse du groupe à l’extrême solitude et à la disparition de l’individu. Une catharsis. De l’exhortation à la guerre, au sacrifice et ses dérives, jusqu’au sentiment de la perte de soi et de l’effacement...ou le contraire.

A l’entracte le public change de salle et revit l’expérience inverse. la même ?
En tout cas étrangement proche et troublante.

L'Autre rive clôture le cycle d’une résidence de trois ans (2007-2009) à la Fondation Royaumont. Zad Moultaka a pu y questionner les cultures musicales orientales et occidentales, les tensions spécifiques, l’énergie, les frottements entre écriture et oralité à travers l’ensemble Mezwej réunissant des musiciens, chanteurs ou danseurs des deux rives.

L'Autre rive est le fruit d’une coproduction exemplaire entre la Fondation Royaumont, l’ensemble vocal Musicatreize, le Centre National des écritures du spectacle La Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon, l’Abbaye de Noirlac (Centres culturels de rencontre) et l’agence de développement artistique Art Moderne.

Diffusion 2009
8 et 10 juillet 2009, Festival d’Avignon, La Chartreuse, Villeneuve-Lez-Avignon
18 septembre 2009, Vingt lieux sur la mer, Marseille
19 septembre 2009, Toulon
20 septembre 2009, Le Méjan, Arles
26 septembre 2009, Fondation Royaumont, Asnières/Oise
26 novembre 2009, Festival 38e Rugissants, MC2, Grenoble

reprise en 2010
Les Traversées, Festival de Noirlac (juillet 20010)
Abbaye de Fontevraud, Thouars...

Parcours de Zad Moultaka
L’Autre rive, de Zad Moultaka à Avignon | babelmedCompositeur, né au Liban en 1967, ce dernier poursuit depuis plusieurs années une
recherche personnelle sur le langage musical, intégrant les données fondamentales de l’écriture
contemporaine occidentale – structures, tendances, familles et signes – aux caractères
spécifiques de la musique arabe – monodie, hétérophonie, modalité, rythmes, vocalité…
Cette recherche touche de nombreux domaines d’expérimentation… La lente maturation d’une
forme d’expression très personnelle a fait naître, à partir de 2003, une série d’oeuvres dont la production s’est peu à peu amplifiée. De la musique chorale à la musique d’ensemble, de la musique de chambre à la musique vocale soliste, de l’électroacoustique aux installations sonores et à la chorégraphie…

Sa personnalité complexe le pousse à déchiffrer inlassablement les énigmes et les résistances
qui surgissent en lui, questionnant l’histoire, la mémoire, le monde contemporain, explorant les
limites, les rêves, avec ce sentiment d’urgence propre aux créateurs.
Zad Moultaka a entamé une collaboration musicale avec de nombreux artistes à travers le
monde, notamment les ensembles Ars Nova, Sillages, Accroche note, Musicatreize, le
Netherland Radio Choir, l’ensemble Schönberg d’Amsterdam, le Nouvel Ensemble Moderne de
Montréal, le choeur de chambre de Strasbourg,et le choeur de chambre Les éléments…

En 1993, Zad Moultaka met volontairement un terme à son parcours international pour se consacrer exclusivement à la composition. Après une longue période de recherche et de questionnement, hanté par les contradictions et l’impossible synthèse entre l’écriture savante occidentale et les éléments de transmission orale arabe, il compose Anashid, d’après le Cantique des cantiques pour soliste, choeur, orchestre de chambre et instruments traditionnels.

Cette oeuvre est une première expérience, une ébauche, associant de façon encore très explicite l’écriture polyphonique occidentale à la linéarité mélodique et aux échelles propres à la musique orientale. Zad Moultaka resserre encore les liens et ressent le besoin d’interroger frontalement la tradition. Naît alors Zàrani (Mouwashah El Haramlek), réflexion et relecture à partir de mouwashahs traditionnels (chant, oud et percussions), contrariés et prolongés par la présence d’un piano. Cette oeuvre connaît, dès sa création en juillet 2002 au Festival de Beiteddine, un grand retentissement.

L’enregistrement paraît en octobre 2003 chez l’empreinte digitale. Il est salué par la critique pour ses qualités de finesse, de profondeur, cet équilibre subtil entre ce qui appartient à une mémoire collective ancienne, presque indéchiffrable et le jaillissement d’une modernité porteuse de ces sédiments. Zad Moultaka se tourne alors sans équivoque vers le langage contemporain.

En 2004 sont créées plusieurs pièces au Festival des 38e Rugissants de Grenoble par l’ensemble Ars Nova et le choeur de chambre Les Eléments. Si Fragment B118 (sur un texte d’Empédocle) s’inspire des chants syriaques anciens, si Enluminures emprunte aux traditions populaires certaines techniques vocales, Fanàriki , concerto pour cymbalum et ensemble instrumental, irrigué par la mémoire de la guerre, s’affranchit de toute référence orientale explicite. Pourtant cette oeuvre « d’une beauté stupéfiante » est sans doute la plus profondément arabe, plongeant ses racines dans un matériau sonore très riche et très personnel.

2005 et 2006 sont des années fécondes avec notamment la création au Festival de Baalbeck et à Saintes de Nepsis (sur un poème d’Etel Adnan, Commande d’Etat, juillet 2005), grande fresque pour choeur et ensemble instrumental, de Loubnân, un premier concerto pour piano (mars 2006), de La Scala del cielo , pour choeur, piano et percussions, créée en octobre 2006 aux Bouffes du Nord à Paris (Festival Ile de France).

2007 et 2008 sont très concentrées sur la voix car le compositeur poursuit son travail d’écriture pour choeur avec Les Eléments de Joël Suhubiette (créations, concerts et enregistrement), avec Musicatreize (le cycle Cadavre exquis, à partir de textes travaillés en ateliers d’écriture, et la composition de Our , grande pièce de 40 minutes pour choeur et ensemble instrumental (commande de ZaterdagMatinee Concert Series, Amsterdam Concertgebouw pour le Netherlands Radio Choir, direction Simon Halsey).

L’année 2008 est couronnée par la parution de Visions chez l’empreinte digitale, disque monographique rassemblant une partie de cesoeuvres vocales interprétées par les Eléments, Fadia Tomb el-Hage, avec la participation de l’ensemble ars nova, dirigés par Joël Suhubiette. 5 diapasons, 4 étoiles du Monde de la Musique, Clef de ResMusica se distinguent parmi les nombreuses chroniques de l’enregistrement.

L’horizon 2009-2010 est d’une rare intensité avec un concerto pour qanun – commande de ZaterdagMatinee pour le Concertgebouw d’Amsterdam, L’Autre rive pour ensemble vocal et quatre instruments (Musicatreize) ainsi que de nombreuses pièces vocales pour choeur a cappella, solos instrumentaux, pièces électroacoustiques et mixtes et musique de chambre et d’orchestre. En chantier aussi, à travers une réflexion sur une tradition très ancienne de joutes poétiques et musicales, toujours vivante au Moyen Orient, un opéra arabe, Zajal, commande d’Ars Nova
ensemble instrumental.

Ces chassés-croisés entre cultures d’orient et d’occident ne sont qu’un trompe-l’oeil. Le parcours de Zad Moultaka est de fait au coeur d’une étonnante modernité, à l’heure où la musique contemporaine, déliée et grandie des épreuves qui ont jalonné son XXe siècle, s’est tournée
vers l’infinie diversité musicale des traditions «extra occidentales», et que ses frontières, mouvantes, ont laissé s’infiltrer des créateurs d’un genre nouveau, souvent porteurs d’une double culture. Ici le langage est résolument occidental et le matériau arabe ressurgit de façon naturelle.


Vient de paraître : Visions, l’empreinte digitale ref ED13231 - oeuvres vocales par les éléments, Fadia Tomb el-Hage, la participation d’ars nova, sous la direction de Joël Suhubiette.
informations www.zadmoultaka.com

textes & photographies de Catherine Peillon

contact:
Catherine Peillon +33 (0)6 08 18 69 98 catherinepeillon@wanadoo.fr


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