Ecran blanc… tableau noir | Hanane Harrath
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Hanane Harrath   
Michel Boyon l’a annoncé: “Le sujet de la diversité sera l’un des grands chantiers du CSA pour l’année 2009” (conférence de presse du 12 novembre). Lui qui n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier les résultats de l’étude menée par le CSA, les jugeant “inacceptables et intolérables dans la France de 2008”, entend bien agir de manière beaucoup plus forte et concrète pour faire de la télévision le reflet de la société française dans son ensemble.
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R.I.S., Police scientifique

Car, pour l’heure, on est encore loin du compte. Sous la direction d’Eric Macé, une photographie des chaînes a été établie à partir d’une semaine d’observation des programmes sur quinze chaînes de la TNT gratuite et sur Canal +. Les conclusions sont accablantes. Le problème ne tient en effet pas seulement au nombre de personnes “issues de la diversité” présentes à la télévision, qui sont un peu plus nombreuses: il y a une “amélioration rétinienne” de la diversité pour reprendre une expression de Rachid Arhab.
Le problème tient surtout au fait que, dans les fictions par exemple, qui contribuent fortement à façonner l’imaginaire collectif national, les personnes vues comme “non blanches” ne constituent que 11 % des personnages (contre plus de 19 % dans la fiction américaine). Plus précisément, les personnages vus comme “noirs” représentent 7 % et ceux vus comme arabes… 1 %!
Sur les programmes censés montrer et comprendre la réalité de la société française, autrement dit les journaux télévisés, la part de personnes vues comme non blanches tourne autour des 15 % dont une grande partie concerne les sujets internationaux. Sur les sujets qui ne concernent que la France, leur part passe à 11 %. Cela veut dire que, dans le traitement des sujets français touchant au social, à la politique, à l’économie, à la culture, aux sports, on ne voit que 11 % de personnes “non blanches”.
A cela s’ajoutent les stéréotypes qui doivent être, selon Michel Boyon, “bannis” et la quasi-absence de gens de la diversité parmi les responsables d’antennes et de programmation.
Pour l’heure, des concertations sont engagées avec les chaînes pour remédier à la question. Est-ce encore une série de déclarations de bonnes intentions ou le début du vrai changement? En tout cas, Michel Boyon est déjà menaçant: “Si des progrès ne sont pas réalisés en 2009, nous en tirerons les conséquences en commençant par réfléchir à un dispositif juridique plus contraignant.” Les chaînes sont prévenues.

Interview
Entretien avec Rachid Arhab, membre du Conseil Supérieur de l’Audivisuel et président de l’Observatoire de la diversité dans les médias audiovisuels.
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Rachid Arhab
Vous avez commencé à rencontrer les dirigeants des chaînes: qu’allez-vous leur proposer comme “actions positives”?
Pour le moment, nous engageons des concertations avec chaque patron pour définir ensemble des engagements. S’ils en font d’eux-mêmes, c’est très bien, sinon nous leur faisons des propositions concrètes.

Est-il question d’objectifs chiffrés?
Non, je ne veux pas d’une politique de quotas. Si on pose un seuil à atteindre, les patrons, une fois atteint le chiffre, ne feront plus rien. Je préfère parler d’égalité des chances, il s’agit de donner à tous les mêmes outils.

Pensez-vous que les choses peuvent évoluer rapidement?
Oui, sur un certain nombre de points. La formation, par exemple: certaines chaînes ont mis en place des contrats passerelles pour accélérer la formation des jeunes aux métiers de la communication et de l’information. On commencera à en voir les résultats dans quelques mois. Sur les JT, il suffit que les rédactions pensent à interroger des personnes “de la diversité” sur des sujets qui touchent tout le monde. Ce sera aussi une façon de montrer que ces gens ont les mêmes préoccupations que le reste de la population, et ont envie de s’exprimer dessus. Voilà des choses simples et rapides à réaliser!

Et si rien ne change, est-ce qu’il peut y avoir des sanctions imposées aux chaînes?
Le CSA n’a aucun pouvoir de sanction en la matière. Tout l’audiovisuel français est régi par une convention avec les chaînes. Si, à la fin de chaque année, elles n’ont pas tenu leurs obligations, elles reçoivent des mises en garde, des mises en demeure, mais pas de sanctions. Nous n’avons pas de moyens juridiques de contrainte, mais quand bien même cet arsenal existerait, je ne l’utiliserais peut-être pas, car je crois qu’on peut toujours arriver à se mettre d’accord. D’autant que, aujourd’hui, les chaînes ont une envie sincère de changement.
Hanane Harrath
(01/02/2009)



Ecran blanc… tableau noir | Hanane Harrath L’article et l’interview font partie du dossier sur la diversité en France, publié dans le n° 22 du Courrier de l’Atlas .



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