Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! | Hanane Harrath
Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! Imprimer
Hanane Harrath   
Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! | Hanane HarrathUn matin de décembre, au siège de l’UMP: une trentaine de journalistes sont là pour écouter Dogad Dogoui, président du Club de la diversité républicaine, présenter ses propositions d’Actions positives pour l’intégration (API).
Ce club, créé en septembre 2006, et dont il est président depuis un an, est un cercle politique de la majorité qui compte aujourd’hui près de 650 membres. Tous déterminés à interpeller le président Sarkozy sur l’urgence de mesures concrètes pour l’égalité. “Le président de la République va terminer son agenda européen. Il est temps de passer à la seconde phase de son agenda politique, s’il veut tenir ses promesses de campagne, en mettant en place une discrimination positive à la française”, rappelle Dogad Dogoui.

Des principes fondamentaux
Cette promesse, il n’est d’ailleurs pas le seul à la lui rappeler aujourd’hui: Yazid Sabeg, qui flirte avec la politique depuis des années – il aurait pu devenir ministre si Raymond Barre avait été président –, a lui aussi relancé le combat. Son tout nouveau rôle de commissaire de la Diversité lui permettra-t-il de réaliser les propositions soumises dans son “Manifeste pour l’Egalité réelle: oui, nous pouvons!” Dans ce texte, soutenu par la première dame en personne, il déclare: “En négligeant sa propre diversité, la France désespère une large frange de sa jeunesse et l’empêche d’être fière de son pays. Nous sentons partout la crispation identitaire, des sifflements de ‘La Marseillaise’ aux rappels à l’ordre qui restent vains et incompris.”
Ce manifeste a été signé par des responsables politiques de tous bords, de Jean-François Coppé et Patrick Devedjian (UMP) à Arnaud de Montebourg et Christian Paul (PS), en passant par Dominique Voynet (les Verts) et Christiane Taubira (PRG). Des personnalités civiles le soutiennent aussi, comme l’avocat Théo Klein ou l’historien Benjamin Stora. Pour tous, l’Etat doit envoyer, et vite, des signaux forts pour assurer et promouvoir trois principes fondamentaux: la méritocratie, la justice sociale, la promotion des plus fragiles et des plus modestes.

Pour une politique des quotas
Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! | Hanane HarrathComment? “Les propositions ne manquent pas”, martèle Dogad Dogoui. Il y en a même qui sont communes à des militants de tendances politiques opposées. Comme celle de mettre en place au deuxième semestre 2009 un “Grenelle de l’Egalité réelle et de la Diversité”. Ils proposent que des réunions préparatoires soient lancées dès janvier avec les partis politiques, les élus, les partenaires sociaux, les médias et les associations afin de définir des pistes de travail. Tous les ministères concernés, celui de la Fonction Publique, de l’Immigration, de la Communication, ont reçu la note de présentation de cette proposition.
Autre mesure préconisée de manière unanime: la mise en place d’objectifs chiffrés dans les partis politiques afin qu’ils assurent un certain nombre de places aux personnes issues de l’immigration. Fayçal Douhane, directeur adjoint de l’Association des maires d’Ile-de-France et membre du Parti socialiste, voudrait ainsi qu’aux élections, “dans chaque département, il y ait une ou deux circonscriptions réservées à des gens de la diversité”. Nicolas Sarkozy veut d’ailleurs soumettre l’octroi de subventions publiques aux efforts consentis par les partis en termes de diversité.
Yazid Sabeg, lui, le formule en d’autres termes concernant la fonction publique, enjoignant “les employeurs, et le premier d’entre eux, l’Etat, à mettre en place des politiques de promotion de la diversité, fondées sur l’obligation de transparence des résultats”.
Quant à Dogad Dogoui, il demande la réforme et la généralisation des systèmes de type troisième voie d’accès à la fonction publique. Il voudrait aussi que le président fasse adopter à tous les partis “un code précis et obligatoire de détection, de formation et de promotion des minorités”.
A défaut, il propose d’en passer par la loi pour “assurer les cinq premières places des listes départementales des prochaines élections régionales à des candidats de la diversité”. Tous semblent donc d’accord sur le principe des quotas, ainsi que sur une limitation des mandats électoraux et de leur cumul afin de favoriser le renouvellement de la classe politique.

Un ministère de la Diversité
Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! | Hanane HarrathIl n’y a que le Cercle de la diversité républicaine qui ait appelé à la création d’un ministère de la Diversité, qui soit doté d’un budget et d’une administration propres, ainsi que d’une Agence nationale pour la promotion sociale avec deux cents agents (le chiffre est précis) choisis par recrutement externe pour valoriser des parcours exemplaires. Plus encore, il voudrait que soit constitué un corps d’une centaine d’ambassadeurs “de la diversité”, sur le modèle des ambassadeurs de bonne volonté de l’ONU, afin qu’ils participent “au rayonnement de la France en Europe et dans le monde dans tous les domaines”. Pas de réponse pour le moment à ces propositions.
Dogad Dogoui est aussi le seul à se prononcer pour les statistiques de la diversité, afin de “vérifier les efforts quantitatifs et qualitatifs faits par les pouvoirs publics et les entreprises privées en matière de recrutement, de formation et de promotion de toutes les minorités”. Le Club de la diversité républicaine propose que soit enfin publié le décret d’application du CV anonyme, rendu obligatoire par la loi sur l’égalité des chances de 2006, resté jusqu’ici sans suite. Le président semble l’avoir entendu sur ce point.
Ces idées sont-elles vraiment recevables et applicables par les partis? Force est de constater qu’en dépit des engagements, les évolutions peinent à suivre. Ainsi, lors du renouvellement des instances locales de l’UMP il y a quelques semaines, on a constaté un rajeunissement et une féminisation accrus, mais très peu de diversification: on ne comptait que vingt délégués de circonscription issus des “minorités visibles”. “C’est à la fois peu et beaucoup plus que jusqu’alors, et beaucoup plus qu’à l’Assemblée nationale”, déclare Edouard Courtial, secrétaire national aux Fédérations (dans Le Monde du 4 décembre).
Quant au Parti socialiste, sur les huit membres de son tout nouveau bureau national, il n’y a que Harlem Désir, président de SOS-Racisme, qui soit “issu de la diversité”. Il est désormais secrétaire national aux Fédérations… c’est donc sur lui que repose le renouvellement des élites locales du parti. Ironie du sort?

Hanane Harrath
(01/02/2009)


Diversité culturelle: en France ça bouge enfin! | Hanane Harrath Cet article fait partie du dossier sur la diversité en France, publié dans le n° 22 du Courrier de l’Atlas .




mots-clés: