Cannes la politique… | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
Cannes la politique… | Mehmet BasutçuLe cinéma et la politique ont toujours fait bon ménage à Cannes, paradoxalement même en 1968. «La Quinzaine des Réalisateurs», section parallèle qui fête cette année ses quarante ans, est l’enfant légitime de ce couple et c’est un bel enfant, même si «Un Certain Regard», section parallèle officielle, chasse sur le même terrain de l’innovation et de l’audace cinématographique.
La politique est également incontournable dans le palmarès. Certains Palmes d’or récompensèrent le contenu d’un film et l’engagement politique de son réalisateur, plus que les qualités purement cinématographiques de l’œuvre. Libre à tout un chacun, surtout aux membres du jury, de définir les limites de sa vision.
Deux exemples récents illustrent bien l’approche difficile de cet équilibre entre le contenu et la forme que l’on voudrait toujours juste. Quand Ken Loach triompha en 2006 avec ‘The Wind that Shakes the Barley’ (Le Vent se lève), la maîtrise de sa mise en scène avait sans doute séduit plus le jury présidé alors par Wong Kar Wai , plus que son regard sur l’histoire de l’Irlande. Alors que «Fahrenheit 9/11» de Michael Moore qui obtint la récompense suprême en 2004 des mains de Quentin Tarantino, il l’a été certainement plus pour ce qu’il montrait et dénonçait, que pour sa conception formelle du cinéma documentaire. En allant un peu plus en arrière dans l’histoire du festival, la Palme d’or que partagea en 1982 ‘ Yol’ signé Yılmaz Güney et Şerif Gören, avec ‘Missing’ de Costa Gavras, un autre film politique, devait certainement beaucoup à la personnalité du cinéaste turc Yılmaz Güney qui venait de s’évader de sa prison pour venir demander asile politique à la France.

Comment départager tous ces bons exemples du cinéma politique?...
Cette année la situation est un peu plus particulière. Parmi les 22 candidats à la Palme d’or, une bonne moitié peut être qualifiée, à divers degrés, de films politiques… N’oublions pas au passage, qu’il est d’abord question à Cannes, d’une certaine politique du cinéma dont la ligne n’a finalement pas beaucoup variée: faire coexister les meilleurs exemples du cinéma d’auteur et les films grand public qui ont d’autres qualités que le divertissement pur. Les grands festivals ne se retrouvent-ils pas d’ailleurs autour de cette ligne ? Oui, et c’est la-dessus que se joue la classification des festivals. Les puristes auront finalement raison de regretter que l’uniformité qu’implique globalisation et le formatage qu’elle impose, contaminent jusqu’à la stratégie des directeurs des grandes messes mondiales du cinéma.

Alors comment départager ces 22 films?
Le jury, dès le premier jour, a affiché son penchant pour des cinéastes qui ont une certaine conscience du monde et de ses réalités. Ce jury rebelle dont quelques membres sont allés jusqu’à fumer une cigarette lors de la conférence de presse pour protester symboliquement contre l’interdiction qui s’étend en la matière, peut nous surprendre…
S’ils choissent la voie médiane la Palme sera décernée à Clint Eastwood, le calssique. Peu contesteront.
S’ils préfèrent la force de la mise en scène et la justesse du propos, cela sera les frères Dardenne, pour la troisième fois.
S’ils préfèrent l’actualité brûlante ou récente cela pourrait être un italien : Paolo Sorrentino ou Matteo Garrone qui risquent en fait, de se contenter du prix d’interprétation masculine en la personne de leur acteur commun, Toni Servillo.
Le jury peut aussi préférer, bien sû,r un film non politique.
Nous verrons ce soir.

Mehmet Basutçu
(25/05/2008)



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