Cannes, l’incontournable… | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
Cannes, l’incontournable… | Mehmet Basutçu
Gilles Jacob
Dans le train de nuit qui m’emmène vers Cannes, je feuillette Le Monde . Entre les difficultés d’embauche des seniors français dont le taux de chômage dépasse les 60 %, et les prometteuses recherches pétrolifères dans les profondeurs de la Méditerranée qui aurait complètement séchée, voici quelques 5 millions d’années, deux portraits, dans les pages intérieures, attirent mon attention . D’abord celui de «Gilles Jacob, le commandeur de Cannes» depuis trente ans… Je venais justement de me rendre compte que cela va être exactement ma trentième année consécutive d’accréditation sur la croisette! Je suis donc, pour paraphraser une expression célèbre au profit de l’actuel Président du festival, ‘un enfant de la génération Jacob’ si j’ose dire… Le portrait de Gilles Jacob que fait Nicole Vulser dans Le Monde daté du 14 mai 2008, est en effet délicieux, son histoire exemplaire et les petits secrets du festival, côté cour, savoureux… Si Cannes est toujours indéboulonnable sur le devant de la scène des festivals internationaux depuis soixante ans, n’est-ce pas, justement, parce qu’il n’y a eu pratiquement que deux grands commandeurs à la barre, d’abord Robert Favre Lebret, puis Gilles Jacob? Alors qu’ailleurs, des pratiques sont diverses, allant de courts mandats réussis comme à Rotterdam aux intenses luttes de pouvoir intestines dont La Mostra de Venise nous fournit l’exemple le plus croustillant. L’exemple français de Cannes fait donc exception…
Le deuxième portrait que je lis avec émotion, est celui de la diva Leyla Gencer qui vient de décéder à Milan. Elle avait 79 ans. Elle a eu droit à une belle cérémonie d’adieu, une cérémonie musicale avant tout, mais aussi doublement religieuse, chrétienne et musulmane à la fois, avant que ses cendres prennent l’avion pour être dispersées dans les eaux remuantes du Bosphore, dans son pays natal…

Difficile adaptation littéraire…
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J’arrive à Cannes avec deux heures et demie de retard. La SNCF s’excuse pour les causes qui ne dépendraient pas d’elle. Soit. Je ne serai donc pas indemnisé d’avoir raté la première projection de presse du film d’ouverture, ‘Blindness’ réalisé par le cinéaste brésilien Fernando Meirelles. Les collègues qui viennent de voir le film, m’informent que je n’ai rien perdu. Je vérifie tout de même, par acquis de conscience, à la séance suivante. Ils ont raisons. Les adaptations littéraires, c’est hélas une règle, sont rarement réussies, surtout quand il s’agit de grands romans. Adapter le prix Nobel José Saramago n’est pas chose facile, puisque l’arrière-plan politique et psychologique de ce roman ne peuvent être aisément transposés. Etudier les comportements individuels et collectifs des hommes et femmes pris dans la tourmente d’une exceptionnelle et fulgurante épidémie (qui leur ôte totalement la vue, d’un seul coup et sans crier garde) est un vrai défi. Pas évident pour un scénariste et un cinéaste, même expérimentés, de nous rendre toutes les subtilités de l’imaginaire de l’écrivain qui multiplie paraboles et métaphores. Pour réussir ce genre de pari, il ne faut sans doute pas chercher à rester fidélité au texte littéraire coûte que coûte mais repenser l’histoire dans le langage des images, en inventant s’il le faut, un nouveau scénario…
Cannes, l’incontournable… | Mehmet BasutçuAnnoncé il y a juste deux semaines, donc très tardivement, comme le film d’ouverture de ce 61ème Festival du Film de Cannes, ‘Blindness’, malgré les efforts louables de ses comédiens (notamment de Julianna Moore) fut une courte parenthèse de cécité pour nos yeux de festivaliers qui vont bientôt rougir de fatigue et de plaisir … Oublions donc vite, d’autant plus que le deuxième film de la compétition parmi les 22 candidats alignés, est un film original par sa forme et important par son contenu. Le réalisateur israélien Ari Folman n’a pas réalisé un film de science-fiction ; au contraire, il nous invite à réfléchir avec lui, à l’horrible réalité de la guerre en général, et plus particulièrement, au terrible massacre des palestiniens des camps de Sabra et Chatilla, à Beyrouth, en 1982... «Valse avec Bachir» est l’occasion pour Ari Folman de s’interroger sur la mémoire et le devoir de mémoire; et surtout, de nous mettre en garde contre l’oubli que la mémoire sélective impose à tout un chacun qui vient de subir un traumatisme… «Valse avec Bachir», film d’animation aux dessins soignés, est un voyage intérieur vers les profondeurs de l’âme et de la conscience humaine, qui n’exclut nullement la dénonciation des responsabilités politiques et collectives des siens… Il suffit de lire, dans le dossier de presse du film, l’entretien avec le cinéaste, pour se rendre compte de l’importance du propos de cet exceptionnel ‘film politique d’animation’ qui s’achève sur des vraies images d’archive insoutenables, celles des cadavres entassés des victimes palestiniennes des camps de Sabra et Chatilla, hommes, femmes et enfants confondus…

Le Festival de Cannes vient de vivre un décollage rapide.
Mehmet Basutçu
(16/05/2008)

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