France: Les jeunes filles en fleur sortent de l’ombre | Sarah Ben Ammar
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Sarah Ben Ammar   
France: Les jeunes filles en fleur sortent de l’ombre | Sarah Ben AmmarBoulevard Courcelles dans le 17e, Maria, 20 ans, quitte le bel appartement familial pour retrouver son petit copain: «je l’ai rencontré par le biais d’amis communs». Le mariage? Elle n’y songe pas tout de suite. «Peut-être plus tard mais il faut que je sois sûre de trouver la bonne personne et puis j’ai mes études» ajoute cette férue d’histoire de l’art et de japonais. Les études constituent souvent pour ces jeunes filles un frein à la création d’un foyer et d’une vie de famille. Sarah, 20 ans, moitié italienne moitié kabyle vivant dans le quartier de la Castellane à Marseille, vient tout juste de rompre avec son petit ami : «Ca se passait très bien mais lui voulait absolument des enfants, il voulait se marier. Moi, je n’ai pas assez vécu, encore. J’ai envie de vivre, j’ai envie de m’amuser. Et puis je veux continuer mes études.» Une soif d’indépendance constatée par Alain Giami, directeur de recherche à l’INSERM et auteur d’une étude sur « L’expérience de la sexualité chez de jeunes adultes» parue en 2004. «Contrairement aux idées reçues, le couple est davantage vécu comme un enfermement pour les jeunes filles que pour les garçons» affirme le chercheur. Et d’ajouter «les jeunes filles de 20 ans ne rejettent pas le modèle amoureux traditionnel, mais le ressentent, à ce moment de leur existence, comme étouffant et routinier et préfèrent le remettre à plus tard, en général vers 25 ans.» Malgré quelques complexes qu’elles dissimulent parfaitement, les jeunes filles interrogées avouent s’assumer pleinement. Elles assument également leur désir de liberté. Liberté de parler ouvertement de plaisir et de contraception à leurs petits amis. Mais aussi liberté de plaire, de faire l’amour ou pas. Parmi les sept jeunes filles, deux d’entre elles n’ont jamais eu de rapport sexuel. Là encore un choix parfaitement voulu et assumé. Doris, jolie franco-togolaise de 20 ans vivant en région parisienne, souhaite préserver sa virginité jusqu’au jour où elle rencontrera «l’homme de sa vie». Pour Chemsi, 19 ans, née à Casablanca et auvergnate d’adoption, l’idée d’être vierge jusqu’au mariage est «très romantique», même si elle affirme ne pas croire en l’amour éternel. «Je me marierai peut-être mais ce sera un mariage de raison car l’amour est éphémère…»

Quand romantisme rime avec pragmatisme
Parfaitement averties sur les déboires amoureux et leur lot de désillusions, les jeunes françaises sont animées par une sorte de romantisme mêlé de pragmatisme. «Je crois en l’amour mais je suis bien consciente qu’il y a des hauts et des bas et que tout ne peut pas être parfait» explique Laurie, une étudiante en orthophonie de 22 ans vivant dans le Pas-de-Calais. Une chose est sûre : la génération des «fleurs bleues» est bel et bien fanée ! «Suite à plusieurs déceptions amoureuses, je suis devenue très pessimiste» explique Célia, une jolie francilienne de 20 ans qui accepte malgré elle les infidélités de son copain. Un pessimisme qui ne l’empêche pas de vouloir se marier le jour où elle trouvera «l’homme qui se rapproche le plus de l’idéal» et de vouloir 4 enfants ! Même discours pour Doris : «En apparence, je suis cynique et désabusée, mais au fond de moi je suis plutôt romantique». En tout cas, si la majorité des filles interrogées déclare ne pas être idéaliste, toutes aspirent au mariage et à une vie de famille remplie avec plusieurs enfants. Un modèle traditionnel que ces jeunes filles revisitent et adaptent à leur époque. «La nouvelle génération de jeunes filles a incroyablement évolué ! Désormais, les filles réagissent très bien par rapport à une rupture. Elles ne restent pas dans la déception et ne se laissent pas anéantir. Maintenant c’est plutôt : ok il m’a quittée et bien j’irai m’acheter une nouvelle paire de chaussures ou un rouge à lèvres» constate Marie Renard, rédactrice en chef du magazine Muteen qui cible les 15-25 ans. Un pragmatisme et une capacité au relativisme qui s’explique par l’image indépendante de la femme véhiculée par certains médias. «Je cois que les filles sont très influencées par la série Sex and the City. Elles se sentent bien dans leur peau, du moins en apparence, et se disent que la vie continue», analyse Marie Renard.

Un parcours initiatique

France: Les jeunes filles en fleur sortent de l’ombre | Sarah Ben AmmarIndépendantes, ces jeunes filles savent aussi ce qu’elles attendent de l’amour. «Pour moi, l’amour c’est le respect, l’attention, la compréhension. Mais c’est surtout un soutien dans la vie de tous les jours» définit Hélène, une aide soignante de 20 ans qui vit près de Lille. Quant à Laurie, elle recherche «une relation équilibrée faite d’écoute et de partage.» En moyenne, les jeunes filles interrogées avouent avoir connu trois ou quatre expériences amoureuses. Loin d’être du libertinage, leur parcours s’apparente davantage à une quête du prince charmant des temps modernes qu’elles décrivent comme «drôle», «beau» et ayant «de la personnalité.» D’ailleurs, selon elles, la sexualité est toujours intimement liée à l’amour et à la dimension affective. «On est loin du scénario de la sexualité récréative qui concerne en fait seulement quelques minorités de la population. La banalité sexuelle qui caractérise l’expérience de ces jeunes filles n’en est pas moins chargée de significations émotionnelles complexes» analyse Alain Giami. Un chemin semé d’embûches que le chercheur à l’INSERM définit comme «un véritable rite d’initiation». Si l’éducation sentimentale de ces jeunes filles en fleur n’est certes pas toujours rose, elle constitue la clé indispensable qui leur ouvrira les portes du monde adulte.

France: Les jeunes filles en fleur sortent de l’ombre | Sarah Ben Ammar Cette série d’enquêtes a été réalisée grâce au soutien de la Fondation Anna Lindh




Sarah Ben Ammar
(06/03/2008)

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