Montpellier danse la Méditerranée | babelmed
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  Montpellier danse la Méditerranée | babelmed «Ni Marrakech, ni Tel-Aviv ne sont très loin de Paris, de Bruxelles ou de Londres. Faciliter les mouvements des personnes et de leurs œuvres, et aborder ainsi d’une autre manière ce rapport avec le sud est aujourd’hui indispensable.», disent les organisateurs du festival. Le fil conducteur de la manifestation est aisni donné. Vous pourrez donc apprécier plusieurs compagnies internationales dans le magnifique Opéra Berlioz / Le Corum: spectacles de la Batsheva Dance Company, de Sara Baras avec son flamenco époustouflant, Anne Teresa De Keersmaeker et l’Orchestre National de Montpellier, pour une création sur des musiques de George Benjamin et Claude Debussy… On retrouvera également, avec émotion, William Forsythe dans une recréation d’un spectacle de 1988, conçu pour le Ballet de Flandre, où les danseurs et les costumes somptueux n’auront de cesse de vous réjouir. Et du flamenco, encore, car nous ne sommes pas loin de l’Espagne, avec de jeunes artistes et musiciens qui se produiront en plein air dans la Cour des Ursulines. Les créations seront nombreuses, citons dès à présent celles de Gilles Jobin, chorégraphe suisse, de Mathilde Monnier associant le chanteur Katerine, de Maguy Marin… Simultanément à ces artistes de renommée internationale, des artistes du sud de la méditerranée viendront présenter leurs chorégraphies, travaux et recherches. Voici un aperçu du programme de Montpellier Danse, orienté vers des créateurs et des créatrices encore peu connus en France, et en Europe.

Aperçu du programme…
Bouchra Ouizguen / Taoufiq Izeddiou - Déserts, désirs
Désirs de se mettre l’un à côté de l’autre, l’un face à l’autre. Désirs de se mettre en danger. Déserts respectifs, espace qui les unit et qui les sépare en même temps. Une chorégraphie du rapprochement mais aussi de la séparation. Lui d’un côté, elle de l’autre… Leurs corps s’éloignent, leurs pensées se rapprochent, et le public vit une réalité: hommes, femmes jamais ensemble.

Bouchra Ouizguen - Mort et moi
Avec ce solo, elle expose au monde la part sombre «Mort» qu’elle porte en elle «Moi». Elle tente en même temps de libérer et de réconcilier tradition et modernité. Cette vie à cheval entre deux cultures, cette fracture se métamorphose en une création sur la dualité intérieure qui soude les morceaux éparses et antagonistes de son identité plurielle. Violences, diversités, cultures, symboles, codes et interdits s’entrechoquent sous les pas de Bouchra Ouizguen et se cognent aux notes de Karim Meskini et Gaspard Guilbert.

Manuel Linian / Mercedes Ruiz / Rafael Campallo - D'un flamenco l'autre
Trois Soli, huit musiciens et chanteurs…. Et trois villes prépondérantes dans l’érection de la danse flamenca sur les scènes mondiales: Grenade, Jerez de la Frontera et Séville. En une soirée, les trois étoiles montantes du flamenco célèbrent par un art haut en couleurs une Andalousie et une culture qui les bercent depuis toujours. Originaires de trois villes différentes, ils déclinent, à travers l’individualité de leur solo, un ressenti, une histoire et les émotions propres à chacun. Au-delà des traditions ancestrales vivaces, une génération qui, il est certain, prend et assure la relève.
Tal Beit - Halachmi - Dahlia Bleu
Dahlia Bleu est un trio commandé par le festival et chorégraphié pour une vision intime de la Méditerranée et, au-delà, pour une rêverie autour du pays natal . "Le titre Dahlia Bleu vient de là, précise la chorégraphe, du poème de Baudelaire, L'Invitation au voyage, une rêverie autour d'une femme paysage; en fait pour moi, la description d'un pays utopique, qui serait celui de l'enfance. Qu'est-ce que le pays natal? Peut-être un pays utopique justement; mes danseurs me disaient: "mais nous, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir raconter là-dessus ? le pays natal, c'est ici, il n'y a pas de problèmes, on n'a pas connu l'exil". Et moi, malgré toutes ces années en France, je reste israélienne, je n'ai pas fait encore de demande de naturalisation, mon pays est là-bas, la déchirure est immense; je sais une chose: je vis dans l'exil". Aussi la couleur bleue du titre - celle du dahlia bleu baudelairien "une fleur impossible", souligne la chorégraphe, celle aussi de la Méditerranée - devient-elle impossible justement dans cette pièce dominée par la lumière noire du plasticien. Du coup, ce Dahlia Bleu est plutôt noir." Mais rien de pessimiste dans la proposition, juste le passage du sublime à la gravité.

Filiz Sizanli / Mustafa Kaplan - Graf
Loin de toute appréhension formelle et académique, ils cherchent leur expression, libre et intérieure, dans une Turquie où la danse contemporaine est en manque de reconnaissance. Dans des allers-retours entre l’Europe et Istanbul, ils façonnent entre observation, création et invention une danse qui ressemblerait à leur pays, celle d’un élan vital, d’un engagement corporel nécessaire et essentiel. Leur matière dansée en appelle à leurs formations premières dans une expression de la géométrie, des parallèles, des espaces retravaillés cette fois par et dans leur corps.

Emio Greco I PC - Hell
Hell, traduire par enfer: la création d'Emio Greco et Pieter C. Scholten s'annonce explosive, menée sur les accents de la 5e symphonie de Beethoven dans cette grande vitesse d'exécution qui signe l'écriture virtuose du chorégraphe: "Je n'ai rien contre la virtuosité, au contraire, j'aime la danse, alors il faut la dépenser pour mieux la faire partager. La vitesse est très importante pour moi (…). J'ai toujours la sensation que si je n'y vais pas le plus vite possible, elles vont s'effacer. La vitesse est une nécessité, mes interprètes et moi devons en passer par là, c'est une question de vérité." Le sous texte: l'Enfer de Dante: "l'œuvre incontournable pour l'Italien que je suis, notamment parce que c'est la première fois qu'on utilisait en littérature le langage parlé, vulgaire, et pas le latin. Ce n'est pas la vision religieuse de Dante qui m'intéresse avant tout, mais ce qui m'avait échappé quand je l'avais étudié au lycée : la place du corps dans ce livre. Pas seulement le corps humaniste, mais bel et bien le corps théâtral, spectaculaire." Et c'est ce corps dansant qu'Emio Greco et Pieter C. Scholten vont ramener des enfers.

Kader Attou - Prière pour un fou
«Avec cette pièce, Prière pour un fou, j’essaie de témoigner de cette déchirure sans position politique, juste dans l’urgence de dire…». Le chorégraphe part à la rencontre du drame algérien et s’interroge sur la possibilité de poursuivre le dialogue entre Orient et Occident: «comment assumer une double culture lorsqu’on côtoie le drame qui se joue de l’autre côté de la mer?». Prière pour un fou est une sorte de complainte musicale et dansée pour que cessent les massacres en Algérie. La chorégraphie s’appuie sur une scénographie de Mohamed Bakli. Son travail de plasticien ne trouve plus d’espace dans l’Algérie d’aujourd’hui, où il vit. Cette collaboration, au-delà de l’échange artistique, est le moyen de faire exister une œuvre plastique, de la faire voyager…
Radhouane el Meddeb – Hùwà
Radhouane El Meddeb se lance un double défi avec ce premier solo en tant que chorégraphe: d'abord aller vers la danse, assumer une forme qui ne soit ni théâtrale, ni narrative. Et puis travailler la question de la nature de la révélation, de l’inspiration sacrée. Qu’est-ce que l’état de grâce? l’extinction? l’extase? D'où le titre Hùwà, qu'il faut traduire par "Ce lui", la manière qui nous permet d'invoquer la divinité. «Il m'a fallu du temps pour trouver mon interprète, un interprète d'origine arabo-musulmane qui traverse ces états de fièvre, tremblements, évanouissements. Moi-même, j'ai su très vite que je n'écrivais pas un solo pour moi. Ce n'est pas un spectacle pour mon corps; ses rondeurs amènent des choses très charnelles, sensuelles, évidemment autobiographiques, que je voulais dépasser cette fois pour devenir chorégraphe.»

Radhouane el Meddeb - Pour en finir avec Moi
Radhouane El Meddeb présente un solo qui prend la forme d’une introspection, d’un repli sur un Moi corporel. Seul face au mur, tournant le dos au public, pour ne pas voir ces regards se poser sur son corps, il se livre, se dévoile. Dans ce monologue sans parole, il s’interroge sur son parcours, sur sa solitude, ses souffrances et sur ce corps suspendu entre ciel et terre qui essaye d’évoluer en quête de ce qu’il ignore encore. Un corps qui est le sien, un corps qui lui est étranger, un corps à reconquérir. Se mettre en scène, montrer ce corps marqué par la différence, par la solitude, raconter sa vie et son désordre intérieur est une mise à nu. Il fait fi de tous les préjugés, il saute, plie, chute, souffre. Sa vie s’étale devant nous et nous renvoie à nos propres émotions, des émotions que l’on ne saurait traduire en parole. Pour en finir avec Moi et revivre avec un autre.

Nacera Belaza - Titre Provisoire / Un an après....
«Ceci n'est pas de la danse, ceci est un trait, un seul mouvement, celui d'échapper à soi…L'enfer n'est pas l'autre, l'enfer c'est de n'être que soi dans cette vie. Le souffle…L'urgence de s'effacer, de disparaître à ses propres yeux; afin de restituer au corps sa charge d'humanité, de replacer encore et toujours l'être au centre de lui-même, au cœur de lui-même, oui, le cœur, la fuite, le cœur, le cœur…
Cette pièce a été écrite avec le cœur.Titre provisoire /Un an après... de Nacera Belaza contient le fruit de sa réflexion. Une réflexion sur l’être humain qu’elle a mené durant son année de repli. Ce travail qu’elle ressent et vie comme une recherche la confronte à la réalité et à l’autre. L’autre, c’est ce danseur qui ne connaît pas son travail, qui va multiplier les possibilités d’appréhension. Avec cette création, Nacera Belaza souhaite insuffler une certaine légèreté à la conscience pour délester le corps, lui autoriser un mouvement plus libre afin de capter, saisir un autre pan essentiel de ce qu'est l'être humain dans un rapport différent à son corps, libérer le mouvement. Au-delà de la parole, le corps bouge, et c’est cette mouvance du corps isolé dans l’espace que recherche Nacera.
Rédaction Babelmed
(20/06/2006)
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