L’Ombre D’Imana, voyages jusqu’au bout du Rwanda | babelmed
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  L’Ombre D’Imana, voyages jusqu’au bout du Rwanda | babelmed Le texte et l’auteur
Invitée en 1998 dans le cadre d'une résidence d'écriture à Kigali, Véronique Tadjo se rend au Rwanda avec neuf autres auteurs africains. Elle a accepté de participer à ce projet pour pouvoir enfin exorciser les terribles images qui ont envahi les écrans des télévisions du monde entier quatre ans auparavant. Surmontant le choc initial provoqué par la réalité physique du génocide, elle cherche moins à juger qu’à comprendre les causes de cette barbarie qui a emporté un million de Tutsis et d’Hutus modérés en l’espace de cent jours de chaos. Pour traduire la complexité de ce drame, elle fait le choix de mêler le document, le témoignage et la fiction. Elle redonne ainsi des visages, des noms, des vies à ceux qu'elle a croisés: les prisonniers, les victimes, les bourreaux, les femmes, les malades, les enfants perdus, les réfugiés, les absents. Et surtout, elle redonne la parole à un peuple replié sur sa douleur et sa peur, parvenant à nous rendre proche sa détresse. C’est alors que nous comprenons qu’une telle explosion d’inhumanité pourrait se reproduire n’importe où et n’importe quand, en Afrique comme en un autre point du globe.
Véronique Tadjo réussit le pari d’écrire sur un sujet douloureux et complexe en évitant tout manichéisme. Son texte, profondément humain et poignant, tire sa force d’une prose poétique à la fois incisive et pudique, qui laisse une grande place à l’émotion et à la révolte. C’est en écrivain, et non en historienne ou en journaliste, qu’elle réagit et transcrit son expérience personnelle au Rwanda, tentant de porter un regard apaisé sur un des plus grands drames de l’Afrique contemporaine. Touchée par cette tragédie dans son identité d’Africaine et d’Ivoirienne, elle assume une part de la responsabilité collective dans le déclenchement du génocide. Cependant, son intention n’est pas de condamner : sa seule revendication est celle d’un devoir de mémoire. En osant briser le silence pour pérenniser le souvenir du génocide, son texte est un acte de foi dans la capacité de la littérature à guérir les gens, à empêcher les violences ethniques et à contribuer à la réconciliation des peuples.

Née en 1955 à Paris, Véronique Tadjo a été élevée à Abidjan. Son enfance a été marquée par de nombreux voyages entrepris en compagnie de ses parents et de son frère. Son père, d'origine ivoirienne, a été un haut fonctionnaire ; sa mère était peintre-sculpteur. Elle a fait l’essentiel de ses études à Abidjan, puis s’est spécialisée dans le domaine anglo-américain à l’université de la Sorbonne, où elle a passé un doctorat en Études afro-américaines. Elle a beaucoup voyagé dans toute l'Afrique de l'Ouest, en Europe, aux États-unis et également en Amérique latine. Elle a enseigné dans le département d'anglais de l'Université nationale de Côte d'Ivoire pendant plusieurs années. Actuellement, elle est écrivain et anime des ateliers d'écriture et d'illustration de livres pour les enfants dans plusieurs pays. Elle a écrit plusieurs romans et recueils de poèmes et consacré une partie importante de son œuvre à la jeunesse. Après quelques années passées au Kenya, puis en Angleterre, Véronique Tadjo vit aujourd’hui à Johannesburg en Afrique du Sud.
Chez Actes Sud, elle est également l'auteur de Reine Pokou (paru en mars 2005). Le Grand Prix Littéraire d’Afrique noire 2005 lui a été attribué pour l’ensemble de son œuvre.
Rédaction Babelmed
(13/03/2006)
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