L’Islamisme à l’heure d’Al Qaida, François Burgat | babelmed
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  L’Islamisme à l’heure d’Al Qaida, François Burgat | babelmed Amateurs de sensationnel ou de prouesses journalistiques, s’abstenir!

François Burgat nous livre ici une lecture fouillée de l’Islamisme. Il appuie aussi son analyse sur les évènements récents, du 11 septembre 2001 à l’échec du Processus de Barcelone qui n’a pas su prendre en compte cette évolution fondamentale des sociétés arabes.

Ce début d’année 2006 illustre, s’il en était encore besoin, la montée en puissance de l’Islam politique, désormais aux portes du pouvoir en Palestine avec le Hamas, déjà bien implanté dans la vie politique en Algérie, en Egypte, en Jordanie, au Liban et au Maroc, et solidement aux commandes en Turquie.

François Burgat, comme l’indique la note de l’éditeur, nous montre l’évolution historique de l’Islam politique. Selon lui, l’émergence des Frères musulmans en 1928, «première temporalité» de l’islamisme, a répondu au fait colonial. La décolonisation inachevée, la montée des «Pinochet arabes» aveuglément soutenus par l’Occident représentent la deuxième temporalité. La radicalisation de la «génération Al Qaida» constitue la troisième temporalité.
Ce livre ne se prête pas vraiment à une note de lecture, quelques petites touches ne feraient pas justice à la profondeur de cette analyse rigoureuse, sérieuse, documentée, aux antipodes des clichés et des simplismes que débitent les grands médias télévisés.

Disons seulement qu’au moment même où les chancelleries occidentales bafouillent des positions inaudibles à l’égard du Hamas victorieux des élections du 25 janvier en Palestine, l’analyse de François Burgat interpelle fort salutairement le lecteur averti.
Extraits:
«La criminalisation, dans les médias ou par les chancelleries occidentales, de toute expression protestataire ou oppositionnelle montant du «Sud» dès lors que ses auteurs emploient le vocabulaire de la culture musulmane est sans doute à l’origine pour la diplomatie européenne de la plus grave de ses contre-performances: celle de l’échec flagrant du «processus de Barcelone», lancé bruyamment en novembre 1995, dont chacun reconnaît aujourd’hui qu’il est demeuré lettre morte. A l’origine de ce revers manifeste de la communication Nord-Sud se trouve très vraisemblablement l’incapacité européenne à reconnaître la légitimité des oppositions islamistes modérées et leur potentiel de modernisation. Il en résulte une inaptitude à établir un contact efficace avec les sociétés civiles réelles du Sud, au seul profit de partenaires désignés comme «laïques», sélectionnés
- sans se soucier, le cas échéant, de leur proximité avec des régimes particulièrement illégitimes - pour leur habileté à nous dire, dans la terminologie qui nous est familière, ce que nous souhaitons entendre et à peu près seulement cela.»

«A force de ne pas vouloir reconnaître une génération politique tout entière, de plier ses principes à l’importance de la rente pétrolière maniée par ses interlocuteurs, de sacrifier le long terme politique sur l’autel du court terme financier et électoral, l’Europe, France en tête, a dangereusement affecté la portée et l’efficacité de ses échanges culturels et politiques avec son environnement musulman. Incapable de négocier avec - ou seulement d’accepter - des interlocuteurs ailleurs qu’auprès des régimes autoritaires ou sur le rebord fragile des sociétés qui lui renvoient l’image réconfortante de son universalité, la diplomatie européenne s’est mise en «porte-à-faux» avec toute une partie du monde». Rédaction Babelmed
(31/01/2006)
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