Sur les chemins d’Oxor, de Marc Roger | Marc Roger
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Sur les chemins d’Oxor, de Marc Roger | Marc Roger Lecteur public, Marc Roger avait un rêve, parcourir la Méditerranée d’Occident en Orient et vice-versa pour y découvrir ce pays imaginaire, Oxor. Ce fut fait en un an, dix-neuf pays et vingt mille kilomètres. A pied et en voiture, et avec pour activité principale la lecture publique d’œuvres littéraires et le dialogue avec l’audience.

C’est ce périple que Marc Roger restitue dans Sur les chemins d’Oxor, publié en novembre 2005 chez Actes Sud. A mi-chemin entre récit de voyage et collection d’anecdotes.

A vouloir marcher autour de la Méditerranée, on ne rencontre pas que de la beauté à l’état pur: attaqué par des chiens sauvages, agressé par la vue (et l’odeur) de décharges publiques, rançonné par des douaniers ici ou là, sa voiture pleine de livres volée, l’auteur a plus d’une fois croisé le dégoût, la peur et le désespoir. Cela ne donne donc pas lieu à une Méditerranée poétisée, enjolivée, mythifiée comme elle l’a souvent été, surtout par le passé, sous la plume des orientalistes.

Non, il s’agit plutôt de notes, d’impressions, parfois décousues, mais qui révèlent des territoires et des rencontres surprenantes. Des paysages humains méditerranéens où se mêlent imaginaires, cultures et littératures et qui se décriptent au gré d’une belle ballade autour de la «mer au milieu des terres». Le lecteur public dans le regard de ses auditeurs, en quelque sorte.

Extraits:
(En Croatie) Un chœur en demi-cercle de onze adolescentes, pantalons noirs, justaucorps blancs, entonne des chants dalmates traditionnels. Des basses rondes et bien remplies, étonnantes pour de si jeunes poitrines, entrecroisent leurs lignes à des voix plus aiguës, cristallines. Les réponses se chevauchent. Dans les hauteurs du hall s’élèvent ces voix superbes, comme une forte résignation à la dureté du beau. L’âme des Slaves est là! Me voilà revenu.

(A Mostar) Azra pleure quand je lis «Retour à Sarajevo» qu’elle a signé dans Une guerre en Europe. Moi, qui n’aime rien tant que provoquer par mes lectures le rire, les rêves, reçois d’un coup de la douleur non apaisée à ne plus savoir qu’en faire. Seul, le silence ponctue la fin de chaque poème. Comment ne pas en ressortir tendu, embarrassé de moi-même qui ne peux rien comprendre à tout ce désespoir?

(A Istanbul) Où que j’aille cette semaine dans la ville, à l’université d’Istanbul ou à celle de Marmara en Asie, (…), adultes, collégiens, lycéens, toutes tranches d’âges confondues me poseront la question: «Quels étaient vos préjugés sur notre pays avant de venir? Et qu’en est-il de votre jugement maintenant que vous y êtes?». Car ils savent que nous ne savons rien de leur façon de vivre, et que peu nous importe d’en savoir davantage. Nous nous trompons bien sûr, il y a tant à espérer des métissages à venir, tant de choses à apprendre des peuples qui bordent Akdeniz, et peut être avant tout, une générosité que nous connaissons plus.

(Au Liban) Mon besoin de laisser à chacun le temps d’exprimer ses questions sur le métier que je fais, le voyage entrepris et bien d’autres mystères comme celui qu’une élève de six ans tente en vain de comprendre: «Est-ce que tu prends des médicaments pour réussir aussi bien les bruitages d’animaux? Surtout de l’éléphant?» Un peu d’intimité que diable pour prendre le temps de poser les grandes questions du monde!

(A Tasucu, en Turquie) Ciel bleu, mer tiède, un roman magnifique pour attendre le bateau. Personnage de légende, ce Léon l’Africain d’Amin Maalouf. Quelle balade! Grenade, Tombouctou, Le Caire Constantinople…Le Maghreb, l’Italie. Du coup, transporté dans l’espace et les âges, du calendrier de l’hégire à celui des chrétiens, de la fin du XVe début XVIe à nos jours, je confonds les lampes à huile et les néons, ma Carte Bleue et les dinars en pièces d’or. Mais comparant les caravanes de son époque, fortes de deux cent montures, chameaux et dromadaires portant hommes, vivres et cadeaux, à notre voiture trois places, une valise noire, quelques sacs, la confusion s’interrompt là. Léon, c’est toi le plus fort, notre périple c’est de la gnognote.

(Place Jemâa el-Fna, Marrakech) Très fortement impressionné par le lieu, sa culture, son histoire, la puissance qu’il dégage, je me demande si je puis y risquer un moment de lecture. Frustré que je suis, d’un tour presque complet de la Méditerranée sans avoir pu, en tant que lecteur public, me poser une seule fois sur une place en plein air. Faute d’audace ou bien de liberté ? Malheureusement de la seconde, la grande absente de la plupart des pays traversés tout au long de ce voyage.

Rédaction Babelmed
(17/01/2006)



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