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  La France sous le regard du monde | babelmed La France sous le regard du monde : regard de la presse française et étrangère.

«Heureusement, le Baron Haussmann avait tout prévu, vous savez, les grandes avenues, c’est fait pour boucler Paris et pour tirer. Paris, ils n’y viendront pas, Paris c’est ma ville !» dit avec conviction Igor, chauffeur de taxi, petit-fils d’anarchistes russes, à propos d’eux, les trouble-fête des banlieues parisiennes.

Il faut dire qu’Igor et le reste du monde ont de quoi rester perplexes : depuis le 27 octobre, dans les troubles qui ont suivi la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, 4.700 véhicules ont été détruits, plus de 1.200 personnes ont été interpellées et des centaines ont été blessées.

Perplexe en effet, interpellée aussi, la presse française et étrangère porte ces jours-ci un regard aussi effrayé que diversifié sur les événements qui secouent la France depuis 12 jours. Les journaux bousculent leurs «une» tandis que les télévisions révisent leur programmation. Luttant contre le déclin de leur lectorat, les journaux se lancent dans des analyses et des revues de presse internationales.

Il en ressort quelques éléments de fond déjà bien connus mais somme toute d’une grande banalité : ampleur du mouvement de contestation, passage à l’usage d’armes à feu par des manifestants, incertitudes sur la nature profonde du mouvement contestataire et sur son «pilotage» par des structures organisées, divisions de la classe politique sur la conduite à tenir, extension à la province, pertes financières considérables pour des banlieusards moyens qui perdent qui un véhicule, qui un fond de commerce.

Une analyse plus attentive nous révèle quelques aspects plus inattendus. Ainsi, un communiqué de Police Action CFTC, l’un des syndicats de la police française, indique aujourd’hui que «rien ne semble arrêter la guerre civile qui s’étend un peu plus chaque jour à travers tout le pays» et demande que le Gouvernement instaure le couvre-feu dans les villes concernées. Guerre civile et couvre-feu, bientôt l’armée et les chars ?

« Paris brûle » est un titre qui revient souvent dans la presse étrangère, fort bien analysée par le site de TV5 (www.tv5.org) s’appuyant sur l’AFP, et par Le Figaro du 7 novembre (www.lefigaro.fr), tandis que le site du Monde (www.lemonde.fr)fournit le même jour une collection d’images des « unes » de divers journaux étrangers.
Les émeutes inspirent jusqu’au lyrisme les éditorialistes et chroniqueurs étrangers. Ainsi, le Frankfurter Rundshau (Allemagne) compare-t-il Jacques Chirac à Louis XVI («Alors, il s’agit d’une révolte ; Non, Sire, c’est une révolution !»). Le Financial Times (Royaume-Uni) en profite pour attaquer le bilan du Président Chirac : «perfide Albion» dirons les uns, « de bonne guerre » dirons d’autres.

Si le Wall Street Journal (Etats-Unis) estime que les islamistes n’y sont pour rien, beaucoup d’autres médias s’interrogent sur le mal français : Correio de Manha (Portugal): « réfléchir à l’exemple français » ; Elefthérotypia (Grèce): « Les autres pays craignent un phénomène de domino » ; L’Echo (Belgique) « le rejet d’une Europe de mois en moins proche des citoyens ». Le Financial Times en profite pour attaquer le bilan de Jacques Chirac : « Perfide Albion ! » dirons les uns, « De bonne guerre ! » dirons d’autres.

Un morceau de bravoure nous est servi par Die Welt (Allemagne) qui cite Daniel Cohn-Bendit, Député au Parlement Européen, mais aussi leader charismatique des évènements de mai 1968 à Paris qui aboutirent à faire chuter le Général de Gaulle. Cohn-Bendit, qui en connaît un rayon en matière de mouvements de rue, assure que de telles émeutes ne peuvent s’étendre à l’Allemagne, car elle ne connaît pas «les ghettos comme ceux qui existent en France». Dont acte.

Le site Internet de TV5 publie ce 7 novembre un intéressant dossier qui récapitule des nouvelles de presse et cite, notamment, un intéressant dialogue entre Nicolas Sarkozy, Ministre français de l’Intérieur, et un policier blessé par balle :
- "Ils ont donc visé la tête?", demande le Ministre de l'Intérieur, venu à l'hôpital d'Evry pour rendre visite aux deux CRS touchés sans gravité par des tirs de grenaille.
- "Oui", répond le policier.
- "Ce sont donc bien des voyous", lâche Nicolas Sarkozy. Mais laissons le mot de la fin au site de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris (http://www.amb-usa.fr/consul/acs/new/francetravel.htm) qui prodigue, comme c’est l’habitude et d’ailleurs aussi l’obligation du Département d’Etat, des conseils à ses ressortissants qui se trouveraient en France : «Les émeutes significatives qui ont débuté dans les banlieues nord de Paris le 27 octobre ont pris une tournure extrêmement violente, les protestataires en colère mettant le feu à des bâtiments et à des centaines de véhicules. Bien que les zones concernées par les émeutes ne soient normalement pas visitées par les touriste américains, les voyageurs doivent être conscients que le train qui relie l’aéroport Charles de Gaulle à Paris peut être perturbé par moments car il traverse les zones affectées. Les bus et les taxis sont préférables. Les Américains doivent éviter les zones affectées dans les banlieues nord de Paris (Clichy-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Trappes) et doivent s’éloigner le plus vite possible de toute manifestation qu’ils rencontreraient».

Heureusement, il y a le Tagespiegel (Allemagne) pour nous rassurer : «Il faut garder son calme : Paris n’est pas Baghdad». Rédaction Babelmed
(Avec AFP)
[07/11/2005]
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