Ramadan 2013 en France. La guerre des communiqués | Ghania Khelifi, CFCM, Nicolas Sarkozy, musulmans français, Dalil Boubaker
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Ghania Khelifi   

Ramadan 2013 en France. La guerre des communiqués | Ghania Khelifi, CFCM, Nicolas Sarkozy, musulmans français, Dalil Boubaker« C'est du grand n'importe quoi! » Hasna employée de mairie en banlieue parisienne est furieuse ce mardi 9 juillet. Mon mari et moi avons commencé le jeûne du ramadan aujourd’hui et voilà que l'on m'appelle de partout pour me dire que c'est demain!".

Hasna, comme la majorité des musulmans de France ne savait plus à quel communiqué se vouer pour être fixée sur la date exacte du début du mois de ramadan de cette année.

Tout a commencé par un communiqué en mai dernier du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui annonçait la date du 9 juillet se basant sur le calcul astronomique plutôt que sur l'observation empirique du croissant de la nouvelle lune pratiquée traditionnellement.

Le soir du fameux mardi, des mosquées notamment celle de Lyon et d'Aulnay-sous-Bois hostiles au CFCM ont donné le mercredi 10 juillet comme seule vraie date de début d'autant que la plupart des pays musulmans n'avaient pas "vu" le croissant lunaire le lundi soir. Les musulmans de France ont été inondés de messages sur leurs téléphone ou par les réseaux sociaux pour ne pas "suivre" l"annonce du CFCM. La mosquée de Paris présidée par le recteur Dalil Boubaker qui est aussi le président du CFCM a ajouté à la confusion générale en publiant un communiqué informant la communauté musulmane que le premier jour du jeûne sacré serait le mercredi, "la vision de la lune s'étant avérée impossible à établir en France et dans les pays musulmans". Une volte-face étonnante que certains n'ont pas hésité à utiliser pour charger la barque du CFCM.

Ramadan 2013 en France. La guerre des communiqués | Ghania Khelifi, CFCM, Nicolas Sarkozy, musulmans français, Dalil BoubakerDans cette cacophonie sans précédent, il faut chercher du côté de la bataille sans cesse renouvelée pour contrôler le culte musulman en France. Le CFCM crée  sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et candidat à la présidence française, n'a jamais eu l'adhésion entière des musulmans.

La lutte entre différents courants musulmans s'est aggravée en certaines périodes par les interférences en sous-main des pays, plus particulièrement l'Algérie et le Maroc. Alors que beaucoup reprochent au recteur de la mosquée de Paris, d'origine algérienne, d'être trop proche d'Alger et du gouvernement français, d'autres soupçonnaient le président sortant du CFCM d'être à la solde du Palais royal marocain.

On aura compris que la foi n'a que peu à faire dans ces rivalités plus politiques que spirituelles. L'ancien président français comme les pays musulmans oublient qu'il impossible d'imposer aux musulmans surtout sunnites une quelconque forme de clergé" qui régirait la vie des pratiquants. Outre que cette organisation n'est pas compatible avec la philosophie de l'islam  elle néglige la diversité des courants et mouvements, des cultures et des nationalités qui distinguent et parfois divisent la communauté musulmane de France.

Reconnaître ce fait revient à accepter que la religion  seule ne peut fédérer des intérêts et des ambitions si divergentes. Le mythe de la grande nation musulmane a vécu depuis les premiers siècles de l'Islam. Le ramadan 2013 malgré ces péripéties a commencé et sera suivi par près de 80% des musulmans français.

 



Ghania Khelifi

10/07/2013