Poursuite de la visite au J4 | Nathalie Galesne, MuCEM, Rudy Ricciotti, Fort Saint-Jean, Fort Saint-Jean, Zeev Gourarier, Gérald Passédat
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Nathalie Galesne   

Poursuite de la visite au J4 | Nathalie Galesne, MuCEM, Rudy Ricciotti, Fort Saint-Jean, Fort Saint-Jean, Zeev Gourarier, Gérald Passédat

Il y a des lieux qui aguichent l’utopie, des lieux qui réfractent rêves et lumière…Cœur palpitant du MuCEM, le J4 est un de ceux-là. Situé sur le môle J4 qui lui vaut son nom, le musée se dresse entre ciel et mer à l’entrée du vieux port dans la prolongation décalée du Fort Saint-Jean, sans rivaliser avec celui-ci qui maintient sa position dominante.

 

Chevelure rebelle, débardeur marine, tongs au pieds (les chaussures fermées étaient vivement recommandées aux visiteurs) c’est au pas de course que nous guide sur le chantier Rudy Ricciotti, l’architecte-ingénieur de ce projet sélectionné en 2004 devant 7 autres. « Ce n’est pas une architecture d’emphase, une architecture impérialiste, annonce-t-il d’emblée. C’est une architecture qui est réactive à la lumière et au territoire. ».

//Rudy RicciottiRudy RicciottiPour bâtir son musée, Ricciotti s’est inspiré des techniques de construction romaines tout en utilisant un matériau révolutionnaire, le BFUP (Bêton fibré à ultra haute performance). 8 fois plus résistant à la pression qu’un bêton normal, ce matériau est aussi très malléable, il se moule et se démoule aisément. C’est en BFUP qu’ont été préfabriqués les 308 poteaux du J4 ainsi que la résille de bêton ourlée des façades sur lesquelles seront fixés d’immenses panneaux de verre. « Les os et la peau, souligne Ricciotti en indiquant l’emplacement des baies vitrées. ça ressemblera à une sardine qui brille avec des effets argentés, bleutés», ajoute-il badin.

 

Les fonctions administratives et les fonctions culturelles ont été placées dans des espaces disjoints, deux territoires autonomes l’un de l’autre pour éviter que les bureaux n’empiètent sur le périmètre destiné au public, comme cela s’est avéré à Beaubourg. Au total, le public pourra donc bénéficier de 3600 m2 d’exposition sur deux niveaux, d’un auditorium de 325 places pour tout ce qui est conférences, spectacles, projections de films… S’ajouteront une librairie, une cafeteria et un restaurant panoramique.

 

Avec ses 1600m2, la galerie de la Méditerranée, située au niveau 0 du J4, permettra de découvrir le monde Méditerranéen. Les collections y seront renouvelées tous les 3 ans, voire tous les 5 ans. Ses tous premiers parcours seront consacrés à 4 grands chapitres civilisationnels : « Naissance des dieux et inventions des agricultures », Jérusalem « Ville sainte, trois révélations», « L’invention du citoyen et le développement de la démocratie », et enfin « Les découvertes ».

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Structurellement, le J4 se présente comme « un grand bloc muséal carré » de 72m sur 72m à l’intérieur duquel s’encastre un autre carré de 52 mètres de côté, entre les deux se déploieront des rampes de circulation qui mèneront jusqu’à la terrasse panoramique du J4 reliée au Fort Saint Jean et à ses jardins par une passerelle suspendue de 115 mètres de long qui fait toute la fierté de l’architecte : « c’est un ruban, un muscle noir qui franchit la darse ».

 

« Ce parcours périphérique, sous la lumière naturelle, repose sur un principe de gratuité pour le public, un peu à la façon du centre Pompidou et de son escalator qui permettait à ses débuts une circulation gratuite. L’idée c’est de partager un édifice public. Je veux que le J4 soit un musée populaire qui remplisse sa fonction politique » raconte Ricciotti.

 

Il s’agit donc de rendre le lieu vivant, de le « démuséïfier », d’écarter la tentative passéiste qui a longtemps accompagné les grandes narrations et représentations sur la Méditerranée. Il faut que les grands enjeux contemporains vibrent pleinement au MuCEM, dans une relation dialoguant avec le passé, mais fermement ancrée dans le présent.

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Le fort Saint-Jean : un trait d’union didactique et festif entre histoire et présent

C’est précisément la jonction entre histoire et présent que célébrera désormais le fort Saint-Jean, avec ses deux passerelles le reliant respectivement au J4 et au quartier du Panier. Cet arrondissement sera revalorisé par la promenade culturelle et paysagée à laquelle seront conviés les Marseillais en 2013.

 

Ce concept d’ouverture sur la ville et ses habitants, et sur l’autre rive de la Méditerranée, contraste avec l’histoire du Fort. « Le Fort Saint-Jean, rappelle Rudy Ricciotti, est un site historique chargé de violence où furent brûlés les soldats jacobins (… ) plus chargé de défendre Marseille contre elle-même que contre les agressions venues de l’extérieur…»(1)

 

Le site, érigé au XVIIème siècle sur des fondations datant du XIIème, sera ainsi pour la première fois de son histoire accessible au public, dès qu’en sera achevée la restauration confiée à François Botton, architecte en chef des monuments historiques.

 

Au total 1100m2 seront dégagés pour abriter les pièces de collections du MuCEM dans la Chapelle Saint-Jean, la galerie des Officiers et dans les bâtiments de l’ancien village de garnison. Une salle sera également consacrée à l’histoire singulière du Fort. Celui-ci accueillera désormais l’Institut méditerranéen des métiers du patrimoine, un centre de formation où compléter son cursus universitaire dans ddifférents domaines de compétences tels que l’archéologie subaquatique, par exemple.

 

Une riche collection d’objets hétéroclites, en partie hérité du Musée des Arts et des traditions, sera exposée pour rendre compte des questions de société qui ont traversé l’Europe et la Méditerranée à différentes époques permettant ainsi de les confronter, d’en croiser les gestuelles quotidiennes et les expressions culturelles et artistiques.

 

« Le monde de la fête et du spectacle sera tout particulièrement représenté, explique Zeev Gourarier  directeur scientifique du MuCEM en nous menant dans le dédale des petites salles du Fort, là où étaient situés autrefois les appartements des officiers. Collections d’art forain, manèges, marionnettes, etc. seront exposées pour mieux appréhender l’invention des loisirs. Les fêtes de toujours seront aussi à la fête : « celles qui célèbrent le temps linéaires de la vie (baptêmes, fiançailles, mariages) et celles des grands cycles (solstice d’hiver, équinoxe d’automne)

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Ces choix conféreront au Fort Saint-Jean une dimension ludique, pédagogique et populaire. L’itinéraire culturel et artistique côtoiera la promenade végétale du Fort. L’aménagement de celle-ci a été confié par le ministère de la culture à l’agence APS pour la compétence de ses paysagistes, urbanistes et architectes. 12 000 plantes se déploieront tout autour du Fort sur environ 15 000 m2 retraçant le brassage du patrimoine naturel méditerranéen. L’histoire des hommes étant indissociablement liée aux plantes qu’ils ont cultivées depuis les débuts de l’agriculture à nos jours, les « Jardins des migrations », tel est leur nom, se déclineront en 15 tableaux racontant la verte épopée des civilisations méditerranéenne et européenne.

 

Intermède 2 – Grande fête nocturne au J4

//Ziya AzaziZiya AzaziPour sa première fête, celle de son avant-première, le J4 a ouvert les portes de son chantier à quelques centaines d’invités. Un buffet concocté par Gérald Passédat, des discours officiels, et surtout des performances qui rythmaient une soirée cadencée par une joyeuse convivialité.

Pour ceux qui n’avaient encore jamais eu l’occasion de découvrir ses créations, la performance du danseur turc Ziya Azazi en aura marqué plus d’un. Des strates de jupes qui virevoltent dans une élévation acrobatique et qui finissent par s’anéantir au sol…une synthèse éblouissante entre danse contemporaine et tradition soufie des Derviches tourneurs. Mémoire et modernité comme un cocktail de bon augure pour le MuCEM dont on se plait à rêver qu’il soit en mesure de tenir toutes ses promesses, et que confluent dans son tricéphale khan marin, vives et apaisées, les cultures de la Méditerranée.

 


 

Nathalie Galesne

16/07/2012

 

(1) Interview « Rudy Ricciotti architecte du MuCEM », La provence. Edition spéciale du 30.06.2012

 

* Première partie du feuilleton mensuel que Babelmed consacre au MuCEM jusqu’à son ouverture. A suivre des articles sur les expositions, collections, programmations, archives, etc .