La Palestine à Clermont-Ferrand | babelmed
La Palestine à Clermont-Ferrand Imprimer
babelmed   
  La Palestine à Clermont-Ferrand | babelmed Les yeux grand fermés est un documentaire radiophonique sur trois villes palestiniennes, en train de mourir de différentes façons, une pièce sur trois formes d’enfermement et d’étouffement.

Tout d’abord Qalqilya. La ville, située près de la ligne verte (frontière de 1967), est entourée par un mur haut de 9 mètres et par
des barbelés infranchissables, interdits par les conventions humanitaires. Un seul point de passage la relie au reste de la Cisjordanie, contrôlé par l’armée israélienne qui peut le fermer à n’importe quel moment. Des miradors, des caméras vidéo, des capteurs sonores et une route entourant la ville complètent le dispositif de surveillance. Qalqilya est en train de devenir une prison. D'après la
municipalité, la construction du mur de sécurité a signifié la confiscation d'un tiers des terres cultivables et des réserves d'eau de ce district connu comme «le grenier de la Cisjordanie». Le taux de
chômage d’environ 65% a poussé 6.000 résidents à abandonner la ville au cours des derniers mois pour chercher du travail ailleurs. Beaucoup d’habitants sont incapables de payer leurs impôts, et les dettes de la
municipalité envers la compagnie israélienne de distribution d'électricité ont suscité des menaces de coupure.

Ensuite Hébron. La cité est partiellement occupée par une garnison israélienne qui protège quelque 400 membres de plusieurs colonies, situées au centre ou en bordure de la vieille ville. Ici la ville est en train de se vider de l’intérieur, le centre est peu à peu paralysé.
La frontière se déplace à l’intérieur, invisible au premier abord.
C'est le seul endroit où des équipes d'observateurs internationaux (scandinaves, turcs et italiens), sans pouvoir d'interposition mais avec un devoir de rapport, jouent un certain rôle modérateur. Les appelés israéliens aussi s’interposent parfois et manifestent ouvertement leur lassitude d'avoir à garantir la sécurité des colons dans ces conditions.

Enfin Naplouse. C’est l’une des dernières villes à lutter contre l’occupation. Elle est assiégée et coupée du reste de la Cisjordanie
par plusieurs barrages qui entravent la circulation. Elle est régulièrement soumise (50 jours en 2003) à un couvre-feu total, qui
interdit aux habitants de sortir de leurs appartements. Ainsi quelque 200.000 personnes sont emprisonnées dans leur propre ville. Les
barrages de Beit Iba, Azmout et Huwwara qui entourent la ville de tous côtés, sont les plus sévères parmi ceux de Cisjordanie. Même des femmes sur le point d'accoucher et des vieillards malades rencontrent les pires difficultés pour les franchir, et la majorité des habitants n'essayent même plus.

Cette pièce radiophonique est mise en ligne sur internet:

url du site :
http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=336/
(les yeux grands fermés), en mp3 stéréo moyen débit,
ou en Real audio, bas débit) Festival traces de vies / 14èmes Rencontres du film documentaire / Clermont-Ferrand/Vic le Comte
Tél.: 33 (0)4 73 69 99 02
télécopie: 33 (0)4 73 69 99 01
tdv-ufts@wanadoo.fr

Robin Hunzinger (auteur du documentaire):
robinhunzinger@aol.com

Jean-Philippe Chalte (compositeur du documentaire):
jeanphilippechalte@free.fr



Extraits d’articles de presse parus avant la diffusion du documentaire sur France Culture le 26 septembre 2004.

Les Inrockuptibles, 22 septembre 2004, Pacal Mouneyres
La Palestine, une terre en voie d’abstraction. Frontières mobiles et déplacées, villes qu’on fere et rouvre, espace décomposé par les
enceintes. Les Yeux grand fermés dessine la géographie sonore d’un territoire à qui l’on interdit toute définition, devenu incohérent à
force d’être manipulé. Les témoignages des habitants de Hébron ou de Naplouse expriment cette évidence: c’est au sentiment d’appartenance à une réalité stable que l’armée israélienne s’attaque. Carnet de voyage mais aussi fresque bruitiste, hantée de sirènes et d’échos diffractés, le documentaire de Robin Hunzinger restitue l’inquiétante avancée de délocalisation interne. On prend le chemin du meurtre et du contre-meurtre », prévient, en ouverture, la philosophe Anne Brunswic.

L’humanité, 24 septembre 2004, Ixchel Delaporte
Voyage au coeur d’un peuple renié
Surtout ne plus rien entendre, mettre en sommeil toutes les sensations. Ne plus éprouver la douleur, la peur, la violence. Ne plus écouter les tirs et les cris incessants. Comment vivre et survivre en Palestine? Robin Hunzinger, auteur du documentaire les Yeux grand fermés, diffusé sur France-Culture ce dimanche à 22 h 40 s’est rendu dans trois villes palestiniennes: Qalqilya, Hébron et Naplouse. Il y recueille des témoignages qui exhalent une tristesse sans fond. Les voix semblent perdues au milieu d’un isolement imposé par l’armée israélienne.

Les hommes sont des fantômes, les lieux sont vides. «La mort, c’est essayer d’ignorer l’existence de l’autre, la mort, c’est celle des valeurs, celle de l’interdiction de circuler. C’est imposer une machine de guerre aux plus pacifistes. La mort, c’est le silence, c’est quand on empêche même le courant d’air de passer», explique un Palestinien.

Anne Brunswic, auteur de Bienvenue en Palestine, chroniques d’une saison à Ramallah, est une des guides du réalisateur. Elle, française juive, condamne la politique israélienne qui «met dans des réserves le peuple palestinien». Et d’ajouter: «Je suis inquiète de voir que la
majorité des juifs dans le monde cautionne cette politique raciste. On ne prend pas le chemin de la justice, ce qui se passe ici est une barbarie totale.» Arrivé à Qalqilya, après avoir passé quatre heures de barrages, Robin Hunzinger ressent l’oppression quotidienne vécue par les habitants. La ville est une prison entourée d’un mur de neuf mètres
de haut et de barbelés infranchissables. «Ils nous ont détruits», dit un homme, avant d’ajouter avec un brin d’espoir: «j’espère qu’un jour le mur sera détruit». Ce documentaire radiophonique pénètre dans un
monde à part, invitant l’auditeur à fermer les yeux pour ouvrir grand ses oreilles et sa conscience.
mots-clés: