Menaces sur le patrimoine de Tripoli au Liban | babelmed
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Jade Tabet, architecte libanais, administrateur de l’association Patrimoine sans frontières (PSF) et Béatrice de Durfort, Présidente de la même association, lancent un appel pour sauver la Foire internationale de Tripoli, oeuvre majeure de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer.

La Foire Internationale de Tripoli (Liban) constitue une des oeuvres majeures, quoique pas encore assez connue, de l'architecte brésilien Oscar Niemeyer. Démarré en 1963, suite à une commande du gouvernement libanais, le projet a été réalisé de 1968 à 1974 mais n'a jamais été mis en fonctionnement du fait de la guerre qui a ravagé le Liban jusqu'en 1990.
Dans un site magnifique, proche de la mer, situé entre la ville ancienne de Tripoli et le port de Mina, le projet s'inscrit dans un ovale et développe, à partir du portique d'entrée, une large couverture en courbe tendue sous laquelle devaient être aménagés les différents pavillons internationaux et les espaces de service, un carré flottant sur un plan d'eau destiné à abriter le pavillon libanais, la coupole du théâtre, un musée, un héliport (…), l'ensemble des bâtiments étant reliés par des cheminements piétonniers, des rampes et des aménagements paysagers soignés dessinés par l'architecte brésilien.
Bien que jamais utilisées, ces constructions sont restées dans un bon état général et ne demandent qu'à être améliorées par des travaux de finition et d'aménagement intérieurs. Depuis 1994, le Conseil d'Administration de la Foire, organisme semi-public, a aménagé sous la grande couverture des salles d'exposition et de conférence, utilisées lors des grandes manifestations publiques organisées à Tripoli.
Projet actuel mené par la Chambre de Commerce et d'Industrie de Tripoli
Au début de l'année 2004, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Tripoli a lancé un projet visant à transformer le site de la Foire Internationale en un "village touristique destiné à accueillir millions de visiteurs par an" sur le modèle de Disneyland (comme le montre l’image ci-dessous). Le programme devrait comprendre des espaces d'exposition sur 60 000m2, 200 000 m2 d'espaces de loisirs et de jeux, un ensemble nautique de 170 000 m2 avec piscines, surfs et SPA's thématiques, trois hôtels internationaux, un "village libanais modèle" construit dans l'axe du pavillon libanais de Niemeyer et comprenant des boutiques d'artisanat, un " môle" commercial et plusieurs espaces de restauration, le tout relié par un circuit de "train touristique". Le coût total du projet est estimé à 230 millions de dollars, 100 millions de dollars seraient déjà assurés grâce à des investisseurs libanais et arabes. La première phase du projet devrait être opérationnelle fin 2006.
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Oscar Niemeyer
Les images de projet publiées dans la presse montrent un véritable massacre de l'architecture de Niemeyer: transformation des bâtiments existants sans aucun souci de leur cohérence architecturale, addition de constructions en pastiche "néo-libanais" qui dénaturent la composition d'ensemble, occupation sauvage des espaces paysagers qui détruit la magie du lieu.
Bien que les premières études aient déjà démarré, il est encore possible d'arrêter ce projet qui défigure un des repères essentiels de Tripoli et du Liban moderne.
Patrimoine sans frontières appelle à une mobilisation urgente pour lancer une campagne internationale visant à sauver la Foire de Tripoli, l'une des oeuvres architecturales majeures du patrimoine du XXème siècle.
La première assemblée générale de l’Association pour la sauvegarde de la Foire internationale de Tripoli (ASFIT) se tiendra le samedi 9 octobre à 15H30 dans les bureaux de Patrimoine sans frontières. Cette association rassemble les architectes, artistes, intellectuels et amoureux de la ville de Tripoli qui tiennent à manifester leur indignation et demandent le retrait du projet de la Chambre de Commerce et d'Industrie et la mise en valeur de la foire internationale de Tripoli qui permettrait d'assurer un développement durable de la ville.

Patrimoine sans Frontières, association créée en 1992, a pour objectif de mener des opérations de sauvegarde du patrimoine culturel international. Étant à la fois un outil d’alerte et de préservation, PSF veille, partout où des actions sont lancées, à la transmission des savoir-faire, ainsi qu’à la réintégration des patrimoines tombés en déshérence. Son but est de redonner un sens au patrimoine, y compris économique, afin d’en assurer un prise en charge par les collectivités concernées. Antonia Naim
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