Chypre: à grands pas vers une négociation éclair? | babelmed
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Chypre: à grands pas vers une négociation éclair? | babelmed
Le calendrier chypriote s’accélère… Le nouveau gouvernement de la RTCN a obtenu le vendredi 23 janvier, la confiance du parlement élu le 14 décembre dernier.

Le lendemain, à Davos, le Premier ministre turc, R. T. Erdoğan, précise à Kofi Annan, que la Turquie et la RTCN, de concert, sont prêtes à l’ouverture de nouvelles négociations sur la base du plan qui porte son nom.

Erdoğan demande même qu’un nouveau médiateur, «une personnalité forte d’un pays impartial» soit désignée. Certains se sont empressés de spéculer sur le nom de Colin Powell, qui a en effet appelé, depuis son avion en route vers la Géorgie, le ministre des Affaires étrangères grec ; il lui aurait demandé d’accepter de renégocier rapidement avec la partie turque et de faire preuve d’ouverture afin que la réunification de l’île puisse se réaliser avant la date fatidique du 1er mai 2004.

Les chypriotes grecs et les autorités d’Athènes semblent méfiants devant cette accélération qui se préparait pourtant depuis un mois. La vraie surprise vient du fait qu’à Ankara, le gouvernement et les militaires aient pu s’entendre sur une feuille de route basée sur le plan Annan et que Rauf Denktaş a pu être convaincu, in extremis, de faire front commun avec eux, sur cette même ligne.

De son côté, R. T. Erdoğan, en visite officielle aux Etats-Unis cette semaine, veut pousser davantage ses pions, lors de l’entretien qu’il aura avec G. W. Bush le 28 janvier.

Sur l’échiquier chypriote, la course contre la montre semble être déjà lancée…

Voici, plus en détail, l’évolution de la situation depuis le début de l’année.
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R.T.Erdogan et R.Denktas
Une courte majorité aux objectifs ambitieux forme un gouvernement…
Le lundi 12 janvier, juste la veille du délai de 15 jours qui lui est accordé par la constitution de la République turque de Chypre du Nord, Mehmet Ali Talat, leader de l’opposition de «gauche» annonce l’accord qu’il a conclu pour la constitution d’un gouvernement de coalition avec le DP de Serdar Denktaş, sorti des urnes en troisième position.
Ce dernier, fils du Président de la RTCN, a été membre du gouvernement sortant en alliance avec le UBP qui occupe aujourd’hui le deuxième rang à l’Assemblée et qui n’a pas réussi à s’entendre avec le Premier ministre désigné, lors d’un premier tour de table.

Les deux partis qui s’apprêtent à former le gouvernement, ne réunissent en effet qu’une très courte majorité avec 26 sièges sur 50, mais leur objectif principal reste ambitieux: ils se sont mis d’accord pour relancer les pourparlers autour du plan Annan sur la «réunification» de l’île, si possible avant l’intégration européenne du 1er mai prochain…
Le futur gouvernement est d’ailleurs défini par les intéressés eux-mêmes, comme un «gouvernement de réconciliation sociale et de résolution» du différend avec les chypriotes grecs s’entend… Pourtant, tous en convient, le chemin est semé d’embûches et le délai trop court.

Ankara n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre les uns et les autres…
La Turquie qui a rapidement accepté, sous la pression internationale et le calendrier européen de sa demande d’adhésion, que les négociations prennent comme point de départ le plan Annan et qu’elles débutent le plus tôt possible, semble satisfait de ce dénouement qu’il a par ailleurs activement contribué à construire. La fracture politique tant crainte, n’a pas eu lieu. Le Président Denktaş ne sera pas écarté des futures négociations. Au contraire, la nomination, promise, de son propre fils au poste du chef de la diplomatie sous la casquette de vice-Premier ministre, est de nature à réconcilier les deux camps dont la division avait éclaté au grand jour lors des élections du 14 décembre 2003.
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Denktas et Talat
En effet, Ankara n’a pas ménagé ses efforts depuis un mois, en organisant plusieurs réunions avec les responsables chypriotes turcs, tous invités sur le sol de la «mère patrie» (pour ne pas dire convoqués) afin de dégager une position commune en échangeant leurs points de vue avec les autorités turques et de former rapidement un gouvernement de coalition aussi large que possible. Dès le début janvier, un sommet qui a eu lieu à la présidence de la République à Ankara, avait permis de rapprocher les positions divergentes du gouvernement turc et de son Etat-major sur le chemin à suivre lors des futures négociations inévitables et vivement souhaitées par le pouvoir civil.

Un gouvernement composé de ministres non parlementaires pour la plupart…
Trois jours plus tard, A Nicosie, les noms des dix membres du nouveau cabinet sont annoncés. Le CTP (Cumhuriyetçi Türk Partisi - le Parti turc républicain) de Mehmet Ali Talat, détiennent six postes sur dix. Le DP (Demokrat Parti - le Parti démocratique) obtient bien, comme c’était attendu, le fauteuil du ministère des Affaires étrangères pour son chef, Serdar Denktaş, qui est également désigné vice-premier ministre.
La course contre la montre, pour aboutir à un accord entre les deux communautés de l’île avant l’adhésion de la partie grecque à l’UE en mai prochain, vient donc d’être ainsi lancée dès le 15 janvier.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que 6 ministres sur 10 sont choisis en dehors du parlement. Ce cabinet de techniciens, suscite même une polémique dès son annonce, au motif que certains ministres ne satisferaient pas à l’une des conditions d’éligibilité à leur poste, qui est de justifier d’un séjour ininterrompu de trois ans, au moins, en RTCN…

Batailles diplomatiques en vue…
Après la confiance accordée le 23 janvier par le parlement de la RTCN (avec 26 voix pour et 18 voix contre sur un total de 50) la balle se trouve dégagée en milieu de terrain, juste en direction du Premier ministre turc… RTE la passe aussitôt à Kofi Annan, à Davos, le 24 janvier, avant de s’envoler pour les Etats-Unis moins de 48 heures plus tard, après avoir fait un crochet par Ankara, histoire de serrer les derniers boulons avant l’important rendez-vous du 28 janvier à la Maison Blanche…

La balle est désormais dans le camp de l’ONU, des chypriotes grecs, de la Grèce et aussi, d’une certaine manière de l’UE.
Reste une importante question: les Etats-Unis accepteront-ils d’être l’arbitre de ce jeu diplomatique? Il semble que Washington souhaite peser de tout son poids, mais la situation est bien complexe. L’Union européenne est en première ligne avec d’une part la Grèce, pays membre, d’autre part la République de Chypre (à majorité grecque) futur pays membre et la Turquie qui veut l’être le plus tôt possible…

Parcours d’obstacles…
Que va-t-il maintenant se passer?
Les différentes étapes des négociations autour du plan Annan qui vont sans doute débuter dans quelques semaines, constituent autant d’obstacles sur le chemin de l’objectif final affiché par Ankara: résoudre le problème chypriote avant le 1er mai 2004.
Sedat Ergin, dans le quotidien Hürriyet daté du 11 janvier 2004, énumèrait les principaux écueils de ce parcours:

1)Obtenir à Ankara, l’entente entre le pouvoir civil et militaire autour d’une même feuille de route à suivre lors des négociations. (Réponse des faits: le dénominateur commun est trouvé et l’entente sur une ligne commune est officiellement annoncée le 22 janvier 2004, après la réunion du Conseil national de sécurité.)

2)Supposons qu’il n’y ait plus de dissonance à Ankara. Dans ce cas, il faut faire adhérer le Président Rauf Denktaş à la ligne ainsi définie. Denktaş ne serait-il pas tenté de faire résistance comme à son habitude? (Réponse des faits: Rauf Denktaş, après avoir rencontré à Ankara, le 25 janvier, d’abord le Premier ministre RTE qui a du retarder de quelques heures son départ pour New York, puis le président de la République Ahmet Necdet Sezer, a déclaré qu’il était en accord avec la ligne définie par Ankara. Le nouveau Premier ministre de la RTCN, M. A. Talat et son ministre des Affaires étrangères, Serdar Denktaş, participaient également à ces réunions.)

3)Lors de sa rencontre avec le Président Bush, le Premier ministre turc pourra-t-il convaincre son interlocuteur de la solidité de ligne commune Ankara-Nicosie au point de faire mettre en marche la diplomatie américaine?

4)Si l’on arrive à cette étape, quelle méthode de négociation doit-on choisir pour aboutir rapidement aux résultats escomptés?

5)Supposons que les négociations aboutissent. Il faut alors soumettre le nouvel accord aux deux parties chypriotes, turque et grecque, par référendum. Le oui pourra-t-il remporter des deux côtés?

6)La stratégie de RTE est basée sur l’objectif d’adhésion à l’UE. Il ne veut donc pas être celui qui évite les négociations sur l’avenir de Chypre. Par contre le leader des chypriotes grecques, Tasos Papadopoulos, ne souhaite pas qu’un accord voie le jour avant le 1er mai prochain. Alors, si la partie chypriote grecque traîne les pieds pour se mettre à table, cela servira les intérêts du gouvernement turc. En effet, RTE qui aura fait les premiers pas se sentira plus à l’aise dans ses négociations avec l’UE. Le problème chypriote ne sera pas pour autant résolu…

L’impossible n’est pas français dit-on. Allons-nous devoir transposer cette expression à la langue turque?
Il ne nous reste plus que trois mois pour le savoir. Mehmet Basutçu
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