La discrimination capillaire existe, oui !

Dans nos sociétés avoir des cheveux afros, tressés ou des dreadlocks peut constituer un handicap. « Négligés », « sales », « rigolos », ou « pas professionnels », les cheveux afros sont malmenés par les normes sociétales.

En avril 2018 à Paris, un mouvement a été créé pour justement revaloriser les cheveux Hrach. Créé par deux militants nord-africain.e.s : Yassin Alami, prof d’histoire et Samia Saadani, doctorante en sciences sociales, il s’adresse aux nord-africain.e.s.

Ce mouvement se nomme « Hrach is beautiful». Hrach est un terme en darija qui signifie rugueux et qui désigne de façon péjorative le cheveu crépu, frisé ou bouclé des Nord-africains. Pour détourner ce sens, ces deux activistes du cheveu ont lancé le mouvement « Hrach is beautiful ».

«Le cheveu est politique, et politique malgré soi – car on aimerait bien qu'il ne le soit pas, qu'il soit davantage accepté, que ce ne soit pas un sujet de discorde», déclare Yassine Alami.

Les cheveux Hrach sont encore un sujet tabou en Afrique du Nord, le "is Beautiful" est justement là pour revaloriser et redonner sa place au Hrach. C'est aussi un hommage au mouvement militant Black is Beautiful, lancé dans les années soixante afin de défendre la culture et la cause afro-américaines.

Ces calomnies sur les cheveux afros finissent par normaliser, dans l'esprit de l'enfant, la légitimité des critères de beauté européens. Socialement, l’européocentrisme est partout et entraîne une cohorte de complexes qui expliquent ces recours au défrisage et au lissage. De nombreuses personnes s’y adonnent parce qu’elles ont intériorisé les connotations négatives associées à leur chevelure.

«Hrach is beautiful» a créé une page sur Instagram justement pour partager des témoignages d'hommes et de femmes à propos de leurs expériences. Ceux-ci sont parfois très violents. Les récits affluent : les personnes racontent que c’est souvent leur famille qui les a poussées à transformer leurs cheveux naturels.

En Afrique du Nord, le cheveu lisse est aussi considéré comme un canon de beauté. « C’est impossible d’aller à un mariage, par exemple, sans passer par la case défrisage et brushing » dénoncent les fondateurs de «Hrach is beautiful».

Le défrisage et le lissage des cheveux sont là pour cacher l’africanité des cheveux Hrach, une africanité qui se manifeste de moins au moins face au néocolonialisme et à la mondialisation qui imposent leurs standards de beauté.

Les femmes, de manière globale, souffrent davantage dans des sociétés patriarcales où elles sont tout particulièrement victimes de discrimination capillaire, mais les hommes, eux aussi, sont victimes du Hrach.

Photo. Sally Linceur

S’inscrivant dans la ligne directe des mouvements des afro-descendants français « Black is beautiful » et « Nappy», le travail de Hrach est de déconstruire les représentations, débusquer les traumatismes et libérer la parole.

« Hrach is beautiful », c’est la parole des opprimées de l’Afrique du Nord, c’est s’accepter soi-même et défendre son africanité.

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