Néo-racisme à l’italienne

Les funérailles de Masslo, août1989 (source : La Repubblica)

Au cours des trente dernières années, les agressions se sont multipliées et l'idéologie de plus en plus répressive, discriminatoire et sécuritaire de certaines formations politiques a légitimé la propagation de mouvements extrémistes très habiles à diriger la colère des gens contre les groupes les plus vulnérables et marginalisés du pays.

Entre le lourd héritage du passé colonial et les défis imposés par une réalité de plus en plus multiculturelle et complexe, le pays est incapable de faire face au changement qui le traverse, paralysé par la crise économique désormais chronique et une instabilité politique sans précédent.

Le 24 août 1989, quatre individus au visage couvert, bardés d'armes et de barres de fer font irruption dans l'entrepôt de la rue Gallinelle, à Villa Literno, où dorment 29 immigrés embauchés illégalement pour la récolte saisonnière de tomates. Ces hommes sont sommés de donner l’argent qu’ils ont accumulé durant deux mois de dur labeur dans les champs. Certains cèdent à la pression, d'autres refusent comme Jerry Masslo, sud-africain qui a fui l'apartheid. Blessé de trois coups de feu à l'abdomen, le jeune homme s’écroule sans vie sur le sol.

Des funérailles d'État suivent : journalistes, syndicats, associations et citoyens se mobilisent, indignés par tant de violence. Le 7 octobre 1989, une impressionnante manifestation nationale contre le racisme a lieu à Rome et le sixième gouvernement Andreotti décide de légiférer sur "la condition des étrangers" en promulguant la loi Martelli (n.39 / 1990), première tentative controversée de gérer le phénomène migratoire. Un réveil brutal et douloureux pour l'Italie qui doit faire face à une transformation socioculturelle radicale : autrefois terre d'émigration, le pays est devenu une destination pour ceux qui rêvent d'une vie meilleure.

Depuis, les agressions racistes se sont multipliées, tandis que la condamnation ferme et cohésive de l'opinion publique et des institutions s'est effondrée sous les coups de la propagande populiste et extrémiste qui s’est saisie de notions aussi disparates que la violence, la pauvreté, le terrorisme et l'immigration, l’insécurité, et la dégradation urbaine.

L’adoption progressive d'une idéologie de plus en plus répressive, discriminatoire et sécuritaire par certains partis et mouvements politiques a également alimenté des formes dangereuses de xénophobie symbolique et institutionnelle. Il y a encore quelques décennies, celles-ci auraient été inacceptables dans un pays démocratique et historiquement multiculturel comme l’Italie, fruit d’une rencontre millénaire entre peuples et civilisations.