L'ombre noire du fascisme

L'instabilité politique qui caractérise l'Italie depuis des décennies a donné lieu à une succession de gouvernements et de coalitions incapables de relancer l'économie en crise et de soutenir une société civile désormais résignée à une protection sociale défaillante. Certaines formations politiques n’ont pas hésité à recourir à une rhétorique de la haine raciale pour enflammer le ventre d'un électorat de plus en plus confus, effrayé, privé de référents et de politiques dignes d’être votés.

L'impasse économique est désormais structurelle : des milliers de jeunes émigrent chaque année à la recherche d'un travail décent. Quant à ceux ceux qui restent, ils doivent s'adapter à des contrats précaires soumis à une très grande flexibilité, de faibles garanties et une rémunération souvent insuffisante.

L'absence d'une réelle volonté politique et l’incapacité d’intervenir concrètement sur les innombrables problèmes du pays ont réduits des territoires entiers à d'immenses banlieues-ghettos sans aucun projet de réaménagement urbain. Leurs habitants, exaspérés et exclus du débat public et institutionnel, luttent pour obtenir quelques rares logements sociaux, mal gérés.

 

 

Dans ce contexte, il n'est donc pas surprenant de voir la montée inquiétante de groupes d'extrême droite, tels que CasaPound, Forza Nuova et Roma agli Romani… Ces derniers s’emparent de la colère des gens pour la diriger contre de parfaits boucs émissaires : les groupes les plus vulnérables et les plus marginalisés vers lesquels peuvent converger ressentiments et frustrations. Dans les nombreux épisodes de violence orchestrés par ces organisations, la composante néo-fasciste et néo-nazie est toujours prédominante.

Ainsi le massacre des citoyens sénégalais Mor Diop, Modou Samb et Moustapha Dieng dans le centre historique de Florence a été perpétré par un néo-nazi bien connu des forces de police (2011). A Fermo, Celui du jeune Nigérian Emmanuel Chidi Namdi a été commis par un extrémiste de droite (2016), tandis que le Sénégalais Idy Diene, vendeur à la sauvette, était assassiné deux ans plus tard à Florence par un raciste. Le meurtre le mobile de ces meurtres était à chaque fois idéologique.

A Rome en particulier, les crimes xénophobes sont souvent signés par les groupes néo-fascistes listés ci-dessus, à l’instar de ces répugnants, mais hélas fréquents, «Bangladeshatour». Il s’agit de véritables expéditions punitives menées contre la communauté bangladaise par des novices, souvent mineurs, affiliés à Forza Nuova : au moins 50 épisodes entre 2012 et 2013 ont été répertoriés par la justice.

Des barricades sont aussi montées pour empêcher les étrangers d'entrer dans les logements sociaux que la municipalité leur a attribué. Une famille marocaine à San Basilio (2016) et une famille italo-érythréenne au Trullo (2017) en ont fait les frais.

En 2019, toujours à Rome, dans le quartier périphérique de Casal Bruciato, des militants de CasaPound ont brutalement empêché l’accès à son logement, sous une pluie de menaces et d’intimidations, une jeune mère rom tenant sa petite fille dans les bras. La technique de la barricade a également été utilisée à Goro, où, en 2016, des militants de la Ligue du Nord ont forcé le préfet de Ferrare à transférer douze réfugiés dans un autre endroit que celui qui leur était au départ destiné. Parmi eux il y avait pourtant une femme enceinte, mais ces personnes étaient "indésirables" dans la structure hôtelière locale. Même scénario à Rome, en 2019, quand des habitants de Torre Maura se sont révoltés contre l’arrivée d'un groupe de Roms dans un centre d'accueil du quartier.

Des milliers de cas moins médiatisés, mais tout aussi significatifs, mériteraient d’être signalés pour comprendre ce phénomène en pleine expansion. D’ailleurs, les nombreux rapports sur ces faits collectés par l'UNAR (Office National contre la Discrimination Raciale) confirment cette tendance au cours des années précédentes : ainsi, 4368 discriminations racistes ont été enregistrées en 2018, soit une augmentation de 12% par rapport à 2017 (1). Celles-ci ont été recueillies par Media & Web Monitoring (principal outil utilisé par l'UNAR) selon les sous-catégories suivantes : 1 265 plaintes enregistrées dans la section « Ethnique racial », 886 cas enregistrées dans « Couleur de la peau », suivis par 658 cas enregistrés dans la section « Étranger », et 519 cas répertoriés dans «Réfugiés», enfin les cas enregistrées dans la section «Roms, Sinti et Caminanti» s’élèvent à 424 cas.

 

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(1) L'UNAR reçoit les plaintes des citoyens par différents canaux : via le numéro vert, par e-mail ou sur son site Web, fax, courrier, et, depuis 2011, par la surveillance quotidienne des médias et des réseaux sociaux