D - Déni. Nom masculin (de dénier)

Le déni est l'attitude de refus de prendre en compte une partie de la réalité, vécue comme inacceptable par l'individu. En psychanalyse (Verleugnung) c'est un mécanisme de défense, par lequel le sujet refuse de reconnaître la réalité d'une perception ressentie comme menaçante et/ou traumatisante. (Wikipedia )

 

L’insoutenable légèreté de l’être

Face au coronavirus il y a eu avant le confinement un enchevêtrement de dénis. Dans les grandes villes on a vu les jeunes se masser dans les bars pour faire la « teuf » jusqu’à pas d’heure avant le jour J du confinement. C’est dire à quel point le coronavirus les intimidait… Renversement : quelques heures plus tard, leurs aînés se ruaient sur les rouleaux de pq dans les supermarchés. Bien que déplorables, ces attitudes sont à mettre en relation étroite avec le vrai grand déni qui les a impulsées, celui des responsables politiques français, à l’origine de l’aggravation de la contagion du covid 19, de la pénurie de matériel de protection et de soin -masques, combinaisons, respirateurs- qui exposent soignants et malades, et, plus généralement, de la crise sanitaire qui s’est abattue depuis plusieurs années sur le service hospitalier.

 

Elections piège à cons

Ainsi, alors que de l’autre côté des Alpes, l’Italie commençait à dénombrer des centaines de victimes du coronavirus, les dirigeants politiques français -Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Christophe Castaner - maintenaient le premier tour des municipales pour en annuler juste après le second. Pourtant, le président de la république aurait été informé par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de la gravité de l’épidémie le 11 janvier, tandis que le premier ministre le fut le 30 janvier, date à laquelle l’OMS (l’organisation mondiale de la santé) déclarait l’épidémie urgence de santé publique internationale. Dès le tout début du mois de février le stockage du matériel de protection aurait donc pu s’organiser efficacement et rapidement afin d’éviter la pénurie à laquelle on assiste. Il n’en fut rien…

 

Agnès Buzyn, grande prêtresse du déni

Grande prêtresse du déni, Agnès Buzyn est elle-même passée aux aveux dans une interview parue dans le journal Le Monde le 17 mars. Elle s’y auto-diagnostiquait atteinte de dissociation, pathologie qui lui aurait permis de mener campagne à Paris, après avoir abandonné son ministère alors qu’elle était parfaitement à connaissance de la catastrophe annoncée du covid 19 dans l’Hexagone. Il lui est sans doute plus aisé de s’adonner à quelques petits exercices d’autocritique plutôt que d’avoir à réécouter sans piper mot les propos calamiteux qu’elle avait professés sur Europe 1, quinze jours seulement avant le confinement de la population et la saturation de nombreux hôpitaux dans l’Est du pays et dans plusieurs départements d’Ile de France: «… Nous avons tout anticipé. Nous sommes prêts…Nous avons préparé au ministère la riposte...Nous avons préparé les hôpitaux, nous avons commandé du matériel, des millions et des dizaines de millions de masques. Tout ça est préparé évidemment dans l’hypothèse où le virus circulerait…»

 

Différé

Un autre mot colle comme la poisse au substantif déni. « Différer » : verbe transitif (latin differre, remettre à plus tard). Eloigner l’accomplissement de quelque chose ; remettre ; retarder ; renvoyer à plus tard ; repousser…

En période de confinement il semblerait que tout puisse être différé. Telle une invitation à la Pax Romana dans l’empire du coronavirus, nous recevons quotidiennement des injonctions à faire les comptes plus tard, lorsque le tsunami sera passé. Mais pourquoi faudrait-il que nous acceptions de continuer à être administré.e.s par des incompétents, des cyniques, ou, dans le meilleur des cas, des sujets clivés. C’est mal connaître les forces vives et les ferments culturels d’une société qui a largement pris conscience des grands enjeux –écologiques, économiques, éthiques, … exacerbés par le covid 19. Certains d’ailleurs n’ont pas attendu pour se mobiliser : ainsi les 600 médecins et soignants regroupés au sein du collectif C19 qui a porté plainte, jeudi 19 mars, contre l’ancienne ministre de la Santé et le premier ministre pour « mensonge d’Etat », ou encore cette autre plainte visant Christophe Castaner et Edouard Philippe pour avoir maintenu le premier tour des élections.

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A re-écouter :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=279&v=8vcaIAZN770&feature=emb_logo

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-19-mars-2020

 

 

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