E comme Ethique…

Epidémie ? Mais non, vous n’y êtes pas du tout, le Covid-19 alias Coronavirus qui se répand dans le monde comme une traînée de poudre est une pandémie. De « pan » qui veut dire « tout » en grec + « épidémie ». Autrement dit, une épidémie au carré : 2 milliards et demi d’humains touchés hier, 3 milliards aujourd’hui ai-je entendu à la radio ce matin. Du jamais vu - jamais entendu. Mais jamais il n’y avait eu, avant ce début de 21è siècle, autant de monde sur terre ! Ni autant de voyages, ni autant d’interconnexions d’un continent à l’autre. Ni autant de pollutions ni de saloperies chimiques, propagées de façon aussi foudroyante…

La lettre E que dessine cette baie vitrée donne sur un paysage du Lyonnais. Photo DR FKA

 

Donc, sans renoncer à la lette E, je lui accole pour commencer ses corollaires : Enfermement, Eloignement, avec son piteux cortège de sensations, du simple Enervement presque ordinaire à l’Effroi pur et encore plus simple.

Voilà une dizaine de jours en France que nous touchons du doigt (ganté, quand il y en a) ces mots et ces maux. Je viens d’apprendre la mort d’un vieil ami, déjà fragilisé par un cancer, achevé par le Coronavirus. C’est la première mort annoncée d’un proche. Nos ami.es italiens, et avant eux les Chinois, les Coréens, vivent cette Epreuve depuis de longues semaines, voire de longs mois. Il faut le vivre pour l’éprouver. Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? L’Océanie est atteinte, l’Afrique, les Amériques... A l’autre bout du monde, même les îlots les plus paradisiaques ne sont pas à l’abri. Des touristes aux migrants, personne n’est à l’abri.

C’est pourquoi en fin de compte, je choisis l’Ethique : un « grand mot », persifleront certains. On peut trouver le concept un peu raide au premier abord, ou si bien campé sur ses positions défensives...

C’est quoi, au juste, cette Ethique ? Je l’imagine telle une déesse de l’Antiquité trottant à cheval, ou bien Wonderwoman lancée telle une fusée entre Expérience philosophique et Epreuve, mortellement réelle. Si l’on accepte de reconnaître chacun.e à la fois comme personne à part entière, individu doué de raison Et citoyen.ne du monde, l’Ethique qui se construira pas à pas dans nos consciences sera davantage qu’un concept théorique.

Loin de l’Effondrement psychique de nos sociétés qui, peu ou prou, semblent marquer le pas, ou pire, « marcher sur la tête », elle nous permet de surnager au-dessus du désastre ambiant. C’est une petite voix discrète qui nous rappelle aujourd’hui ce qui est de notre responsabilité individuelle : ne pas sortir, etc. et ce qui relève de la responsabilité collective. Demain, lorsque le pic de l’épidémie sera derrière nous, nous serons alors prêts à questionner nos gouvernants sur les causes et les effets de cette mondialisation virale. Alors, on ne se contentera pas de la langue de bois diplomatique. On mettra en face des évidences et des chiffres : sur le manque de masques, de respirateurs, de gants, sur la délocalisation de production des médicaments, etc.

Et quand les politiciens chercheront à nous amadouer encore et encore avec des mots comme « solidarité », « bonnes pratiques », ou « mutualisation des moyens », on leur rappellera que les hôpitaux n’ont pas les moyens qu’ils réclament à corps et à cris depuis des années, que l’ensemble du personnel soignant et éducatif est mal ou sous-payé, que tout ce petit peuple (en grande majorité, des femmes !) qui a tant souffert et qui souffre tant, réclame de l’argent certes, des équipements pour exercer correctement leurs métiers, mais avant tout, une éthique face à la vie.