B - Baraka : substantif féminin (arabe baraka)

B comme Baraka. Ah qu’on en aurait besoin de cette baraka des plus Sages pour nous protéger du mal de ce virus meurtrier ! Mais au fait, c’est quoi la baraka ? Ce mot arabe a fait son entrée dans la langue française au début du XXème siècle et s’il désigne communément la chance, celle que l’on souhaite de tous nos vœux, il n’en a pas toujours été ainsi. De même que les dictionnaires qui établissent un lien entre « baraka » et « Saints » oublient que l’histoire de ce mot remonte à des temps beaucoup plus anciens où il n’était pas encore question de « Ceux dont l’invocation est entendue ».

Ces temps sont ceux de la haute Antiquité où les seuls intercesseurs parmi les hommes des tribus étaient les poètes, les sorciers et les devins, perçus par les leurs comme ayant le pouvoir d’entrer en contact avec les djinns. Oui, les djinns et non le divin. Je veux parler d’une époque où les représentations et les croyances étaient particulièrement liées à des contraintes d’un milieu aussi aride qu’hostile. Ces mêmes représentations et croyances étaient portées par une langue indissociable de ces mêmes contraintes de terrain.

Ainsi, le mot baraka provient de la racine BRK qui est primitivement liée à la tombée de la pluie sur un lieu sans végétation. Or ce sont les conséquences de cette ondée sur la terre qu’elle contribue à faire revivre qui étaient perçues par les anciens Arabes comme une bénédiction des cieux. Et si « bénédiction » est justement la traduction habituelle du mot « baraka », c’est l’imagerie de la pluie vivifiante qui se profile derrière. L’arrivée de l’islam au début du VIIème siècle n’a pas effacé ce sens. C’est deux siècles plus tard, à la suite des conquêtes extra arabiques et la confrontation avec d’autres milieux et d’autres imaginaires, que le sens du terme évolue pour se retrouver en lien avec les nouveaux médiateurs que sont les Saints à même de capter la chance et de l’offrir en guise de protection.

 

Paris, vendredi 20 mars 2020

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