A : Absence, nom féminin (latin absentia)

Fait pour quelqu'un, quelque chose de ne pas se trouver à l'endroit où l'on s'attend à ce qu'il soit ; temps pendant lequel quelqu'un est absent de ce lieu : On a constaté son absence. Cela s'est passé pendant mon absence…

 

 

L’absence de…

l’absence, comme ce jeu optique des assiettes à l’endroit et à l’envers, montre son vide ou son relief, tantôt creux, tantôt plein. Du fond de ma quarantaine, l’absence s’amuse à ça. Je retrouve des personnes aimées avec lesquelles nous avions pourtant discipliné, maitrisé et intériorisé l’absence dans nos normalités respectives. Oui, nous étions parvenu à faire du manque qui lui est inhérent quelque chose d’absolument supportable : une absence acceptée, implicite, impensée…

face à nos repères spatio-temporels qui volent en éclats, face à cette injonction à l’immobilité, à cette pause globalisée, à l’intersection de nos solitudes, l’absence se remplit, les assiettes se retournent et font dos rond. Résilience et résistance se mêlent. Nous échangeons. Nous n’avons jamais été aussi bavard.e.s, aussi communicatif.ve.s, aussi rieur.euse.s, aussi partageurs.euse.s !

 

Nos grand.e.s absent.es

Seuls ceux et celles qui sont parti.e.s, qui ont abandonné notre planète pour de meilleures contrées sont aux abonnés absents. Quoique…

Nous tentons de restituer en nous leurs voix, nous cheminons avec eux, nous nous frottons à ce que leur langage nous a légué et inventons des dialogues imaginaires à partir de ces legs…

Parmi eux, parmi elles, je convoque souvent mon amie Bia Sarasini (féministe, journaliste, auteure, ancienne directrice du magazine féministe « Noi Donne »). Qu’aurait-elle dit du Mee too à la française ? Avec quelle finesse aurait-elle analysé le casse-tête du criminel violeur et de son œuvre ? Et de cette clausure qu’aurait-elle pensée ? Combien de perles philosophiques auraient déboulées sur son clavier?

 

Dans mon confinement, mon ami Giulio Questi rapplique aussi. Réalisateur, trop méconnu de l’autre côté des Alpes, écrivain de la Résistance italienne, originaire de Bergame (ville martyre et nouveau foyer de coronavirus), Giulio nous a quittés il y a plusieurs années. Qu’aurait-il raconté ? Quel étrange scénario de science-fiction aurait-il tiré du coronavirus, nom qu’il aurait très bien pu inventer.

Lui, la quarantaine il la connaissait par cœur. Il l’avait mise en pratique pour notre plus grand plaisir, bien avant l’heure. La vieillesse s’étant présentée à sa porte, ses producteurs s’étant fait la malle, à quatre-vingt balais bien sonnés Giulio Questi s’acheta la meilleure caméra digitale sur le marché et monta la Solipso film (sa boîte de production). Il y produisit ses propres films, une série de vidéos plus déjantées les unes que les autres sur notre époque « formidable ». Retranché dans son appartement, il fut sur ses sets scénariste, cameraman, costumier, décorateur, acteur, réalisateur…un vrai don d’ubiquité (1).

 

Avoir une absence

Enfin, près de nos morts ou loin d’eux, nous vivons tous et toutes une absence, et d’une certaine manière « on a une absence ».

Elle aussi avec nous et en nous. Qui elle ? Eh ben, Gaïa, la terre. Elle n’en pouvait plus, elle a disjoncté, implosé, pété tous les câbles de son corps, de Wuhan à Codogno, de Madrid à New-York. « Restez chez vous bandes d’abrutis. Vous n’avez rien compris… »

Quand notre grand jeûne de l’Autre sera enfin rompu, quand nous sortirons de nos absences, saurons-nous changer notre Avant en un Après plus créatif ?

 

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(1) Pour découvrir Giulio Questi et la Solipso film: