Algérie. Le Hirak fête le 8 mars

Algériennes : Quelque chose a changé

Tout le monde est d'accord pour dire que le Hirak est fort parce qu'il est aussi porté par les femmes. Pour la première fois depuis les manifestations pour l'indépendance en 1962 les Algériennes toutes conditions et âges confondus ont occupé la rue aux côtés des hommes pour exiger plus de libertés et plus de justice. Alors pourquoi le malaise chez les féministes ?

Parce que les hirakistes qui veulent aller vite vers le changement ne veulent pas s'attarder sur la question « secondaire » de l'égalité femmes-hommes. D'ailleurs personne n'évoque la question des droits des femmes en ces termes. Une petite ligne dans le manifeste du 22 février pour revendiquer l'égalité entre les citoyens et les citoyennes, quelques slogans et déclarations pour la citoyenneté pour tous.

Des internautes se sont même interrogés sur l'utilité du féminisme puisque « en Islam ça n'existe pas le féminisme ou le masculinisme puisqu'on est tous frères et sœurs ! Et voilà…Les Algériennes sont toujours soumises au scandaleux code de la famille depuis 1984 et depuis leur situation ne s'est pas améliorée.

Les premières années de l'indépendance la priorité était de construire le pays, dans les années 1990 il fallait d'abord en finir avec la guerre au terrorisme islamiste, maintenant il faut d'abord changer le système. Bref ce n'est jamais le bon moment pour mettre sur la table l'égalité entre les femmes et les hommes.

Des féministes l'ont appris à leurs dépens pendant le hirak. Elles avaient crée des « carrés féministes » qu'elles animent chaque vendredi devant l'université à Alger. Cette initiative avait énervé des manifestants parce qu' »elle divise » le mouvement parce que ce n'est « pas dans nos traditions » et parce que « ce n'est pas le moment ».

https://www.algerie360.com/8-mars-manifestation-de-femmes-a-alger-video/

Agressions, insultes, menaces… elles n’en ont pas moins tenu bon. Les hommes du hirak ont tout respect pour les manifestantes et sont fiers de dire que nul ne sera autorisé à toucher une femme qui marche à leurs côtés. Question d'honneur ! Mais entendons nous bien « une femme de bonne famille» respectable qui ne se comporte pas comme une occidentale.

Comme pour d'autres mouvements de contestation, elles ont été arrêtées et malmenées par la police comme les hommes du hirak et continuent de résister. Depuis le début du mouvement, des travailleuses d'une entreprise de textiles à Bejaia sont en grève. Une enseignante dans une ville du Sud risque son poste parce qu'elle refuse de porter le voile. Pourtant quelque chose a changé.

Pour le 8 mars 2020 les femmes ont refusé de se prêter au simulacre de la « fête de la femmes » avec fleurs et parfums offerts par les conjoints et les employeurs. Elles l'ont crié dans la rue le « 8 mars c'est la journée pour les droits des femmes, on n'est pas là pour festoyer.»

Et la manifestation hebdomadaire du Hirak a été dédiée à l'égalité des femmes et des hommes. Mieux encore des hommes ont scandé « A bas le Code de la famille !» Et les Algériennes se reprennent à rêver de l'abrogation de cette loi qui les infériorise. Si le Hirak réussit à abattre le système politique actuel alors tous les citoyens seraient libres et égaux. Alors les femmes rêvent et continuent de se battre. Peut être que bientôt ce sera leur moment.

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