Hirak pour une deuxième Révolution algérienne

L’année 2019, le 22 février tombait un vendredi, jour de la grande prière. Comme ailleurs le dimanche, en Algérie, le vendredi est aussi le jour des repas de famille et autres visites rituelles aux proches, morts ou vivants. Ce jour-là pourtant, bien avant l’appel au Salut, les rues du centre-ville d’Alger se remplissaient de monde. Bravant l’interdiction de manifester, les Algérois sont sortis dire NON à un cinquième mandat de l’invisible président. Les autres villes algériennes, petites et grandes, ont également défilé scandant les mêmes slogans. Ces manifestations ont instantanément revêtu un caractère pacifique s’auto-baptisant Hirak c’est-à-dire, mouvement. Depuis, de vendredi en vendredi, c’est un NON à l’ensemble du régime qui s’est exprimé, qui s’exprime encore. Depuis, partout à travers le pays, inlassablement, le peuple vendredise, clamant un ras-le-bol général. Mais au terme d’une année, on arrive à un tournant, alors on fait quoi maintenant ?

Quand elle se déroule sous nos yeux, l’actualité n’est pas toujours aisée à appréhender. Il nous faut pourtant la penser pour tenter d’en cerner aussi bien les contenus, les attentes que les limites. C’est d’autant plus vrai qu’un an après, les acquis du Hirak demeurent assez maigres. Certes, l’ancien président sortant sous la pression a renoncé à se représenter à un cinquième mandat, mais l’actuel élu au forceps est l’homme d’un régime dont les Algériens ne veulent plus. Sa légitimité comme celle des membres de son gouvernement a beau être remise en cause, tous restent accrochés au pouvoir tels des moules à leur rocher.

Un an après, le scepticisme peine à voir le Hirak comme une Révolution, sinon une révolution des mœurs politiques. Admettons. En arabe, révolution se dit thawra et la racine THWR dont ce terme est issu connote l’idée de soulèvement, de tumulte et de mise en mouvement. Le mouvement qui est précisément au cœur du sens du mot hirak. Nous avons donc bien affaire à une Révolution et peu importe qu’elle soit ou non suivie par l’armée pour l’heure. Cette grille de lecture n’est peut-être pas la bonne dans ce cas précis dans la mesure où l’une des revendications phare des Algériens est celle d’un État civil débarrassé de la tutelle militaire justement. En effet, si un slogan sort du lot c’est bien celui d’une « dawla madaniya mèchi ‘askariya » (un État civil et non militaire). Or, qu’on le veuille ou pas, ce slogan pose les bases de ce qui est en train de devenir une deuxième Révolution après celle qui a été menée pour la libération nationale entre 1954 et 1962.

Cependant, faut-il encore le rappeler, le contexte présent n’est plus du tout le même. Il serait donc vain d’en appeler comme par le passé au Destin qui, par la seule volonté du peuple, répondrait favorablement aux aspirations de celui-ci à une vie libre de toute domination[1]. Assurément, le peuple algérien va devoir s’affranchir des limites assignées par un nationalisme rivé à la seule libération du joug colonial, pour enfin céder la place à l’édification d’un État civil démocratique où l’individu en tant que citoyen est un acteur de plein droit, maître de son destin.

Paris, samedi 22 février 2020

 

[1] Référence au célèbre vers du poète Tunisien, Abû l-Qâssim al-Châbbî (m. 1934) : Le jour où le peuple décide de vivre/ Le Destin ne peut qu’acquiescer ; La nuit noire devra se dissiper/ Et la chaîne de l’asservissement, se briser.

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