Sofiane Benyounes : « jamais plus au garde à vous »

Le 22 février 2020 les Algériens fêtaient le premier anniversaire de leur mouvement pacifique de contestation : le Hirak. Leur bilan est plutôt positif puisqu'ils ont réussi la chute de l'ancien président Bouteflika et à faire admettre à son successeur que le Hirak est porteur de progrès et de changements. En attendant plusieurs militants sont encore en prison et le système politique égal à lui-même. Sofiane Benyounes est un acteur incontournable de ce mouvement, il témoigne de sa résistance et de son combat.

« Algérie Debout a joué un rôle dans la révolution et continue de le faire au même titre que d'autres acteurs, par la sensibilisation permanente aux revendications, aux slogans, à l'information et à la mobilisation. Les réseaux sociaux jouent un rôle nécessaire et important dans cette contestation mais pas primordial car aujourd'hui les vendredis d'Alger sont un souffle d'une puissance telle que cela a fini par transformer notre mouvement en un tsunami démocratique. Notre slogan « Algérie Debout, plus jamais au garde-à-vous » est plus que jamais d'actualité.

A sa création en 2008 Algérie Debout était un groupe politique qui prônait la double rupture. En finir à la fois avec système politique dictatorial corrompu dirigé par des grabataires sans culture ni intelligence et avec
l'intégrisme islamiste, parfois institutionnel et dans tous les cas, allié objectif du régime qui paralyse la société dans son accès au développement et la maintient dans un conservatisme aliénant.


Les 5 dernières années et plus particulièrement avant le 4ème mandat du président Bouteflika, le groupe était devenu une page presque exclusivement orientée contre la dictature et la dénonciation de la corruption, de la gabegie régnante. Nous avions atteint les 100 000 membres.

En décembre 2018, Algérie Debout a été piraté. Puis j'ai brusquement été retiré de l'administration du groupe et le groupe a été archivé par des hackers. Une attaque que l'on soupçonne venue de la police. J'ai recréé le groupe durant la première semaine de février. C'était un contexte particulier ou le président Bouteflika s'apprêtait à briguer un 5ème mandat. Nous avions commencé avec d'autres pages et groupes à réfléchir à des actions de rue pour empêcher cette décision qui avait fait de l'Algérie la risée du monde.


La réussite de la marche du 22 février à laquelle avaient appelé les quelques pages, groupes et personnalités publiques qui s’activaient sur les réseaux sociaux a suscité un grand engouement des Algériens pour la politique. Nous avions naturellement bénéficié de cet l'intérêt nouveau.
 

Facebook a fermé le groupe définitivement sans préavis ni avertissement. Nous sommes au mois de février 2020. En un an, le groupe Algérie debout a été fermé 3 fois. Nous avons atteint en très peu de temps, moins d’un mois les 200 000 membres et les problèmes ont commencé.


D'une part sur le plan personnel, j'ai fait l'objet d'une surveillance policière, d'abord sur les réseaux sociaux, puis sur les lieux de manifestation et enfin partout. Cela se manifestait par des filatures, des interpellations, des contrôles d'identité à toute heure du jour et de la nuit en voiture. On me transférait dans des commissariats me laissant ressortir qu'au lever du jour, puis vinrent les menaces personnelles de la part de personnes exerçant dans la police politique et enfin deux tentatives d'agression.

Je pense que mes déclarations à la presse ne sont pas étrangères à ce harcèlement. Début mars, un mois avant la démission du président Bouteflika, j'avais déclaré à un journaliste que "Bouteflika, c'est désormais du passé, que nous avions été confrontés à sa dictature et que nous allions devoir maintenant combattre les ambitions du général Gaid-Salah et les indignités de la junte militaire ". J'étais parmi les premiers à lancer le slogan
"Dawla madanya, machi 3askariya (État civil pas militaire").

Critiquer le chef de l'état major, le général Gaid m'a valu toutes ces attaques d'autant que beaucoup le créditaient d'une certaine sympathie. De nombreux Algériens pensaient encore que les généraux allaient comme dans la révolution des œillets accompagner le Hirak et remettre les clefs du pouvoir aux civils.


À partir du mois juin, ont commencé les premières arrestations de militants pour le motif aussi burlesque que ridicule d'atteinte au moral de l'armée. Puis vinrent les arrestations au motif raciste d'atteinte à l'unité nationale pour les porteurs de l'étendard identitaire amazigh. Alors que l'identité amazighe de l'Algérie est consacrée par la Constitution !


C'est dans ce contexte que la police politique a débarqué chez moi en septembre pour m'arrêter.
Par chance j'étais en déplacement à l'étranger !
 

Le combat est ardu, des centaines militants sont en prison, d'autres sont harcelés, les libertés piétinés, les droits de l'Homme violés face à un peuple extraordinaire qui manifeste sans faille, pacifiquement et par dizaines de millions tous les vendredis. Et qui continuera à le faire… »
 

Propos recueillis par Ghania Khelifi

 

 

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