Merieme Mesfioui, l'illustratrice derrière HALAL fanzine

Merieme Mesfioui, ou Durga.maya sur les réseaux sociaux, est une illustratrice marocaine, fondatrice du fanzine Halal. La création et le dessin sont pour elle des manières d'explorer les tabous et de tranquillement lutter contre les interdits.

Se balader sur son compte Instagram s'est promener ses yeux dans un monde de volupté et d'érotisme. On y voit des dessins de corps de femmes, des photos de carnets que l'illustratrice remplit au jour le jour... On plonge dans un ailleurs fait de beauté et de messages politiques : libération du corps de la femme, body positive, renforcement de la place des femmes... Merieme Mesfioui, 27 ans, est une illustratrice marocaine, installée en France qui souhaite vivre comme elle l'entend, en luttant contre les diktats imposés aux femmes.

De la virginité et du corps "comme seule richesse, à cause d'une société qui est impitoyable avec les femmes au Maroc", à "l'injonction de la taille 36 et d’un corps sans poils" imposée en Occident, le travail de Merieme Mesfioui tacle toutes les obligations.

La BD comme une libération

Originaire de Casablanca, la jeune femme est arrivée en France, il y a 10 ans maintenant, juste après son Bac, pour faire des études d'art appliqué à Paris. Elle qui dessine depuis qu'elle est enfant, s'intéresse d'abord à la communication, avant d’en venir à la bande dessinée, en suivant un Master sur cette technique à Angoulême, temple français de cet art.

Au début c'est son intérêt pour le graphisme qui l'amène à ces études, mais rapidement Merieme se tourne vers la bande dessinée et l'illustration.  Une découverte et une orientation qu'elle a laissées grandir petit à petit.

"Lors de mes études en BD j'ai pu me libérer, poser ma démarche et poser les thèmes dont je voulais parler. La première année j'ai traité de la manière de se représenter. J'ai suivi le travail de différents illustrateurs qui faisaient de l'autoreprésentation, mais loin d'une forme réaliste", explique la jeune femme.

Se raconter sans s'exposer

 Elle se penche sur l'auto-fiction "pour mêler du vrai au milieu d'histoires fictives, ce qui permet de se raconter sans s'exposer." Lors de sa deuxième année d'étude elle continue à travailler sur les tabous et s'intéresse à l'érotisme au Maroc et dans les sociétés arabo-musulmanes.

"Aujourd'hui dans nos sociétés on condamne ce qui est érotique, comme si c'était une influence occidentale. Alors qu'en réalité pleins d'aspects de notre culture sont érotiques. En remontant dans l'histoire, en regardant la période andalouse, en cherchant dans la musique je me suis rendue compte qu'il y avait aussi des références au féminisme, à  la connaissance du corps des femmes..." 

Elle se lance alors dans une étude en réalisant le dessin d'un sexe féminin et en demandant à une trentaine de femmes de placer les noms des différents organes qui le composent. Une seule ne se trompera pas : une étudiante en médecine. Cette méconnaissance du sexe féminin l'interpelle. "Pour moi elle était symptomatique de notre manque de connaissance de nous-même et de la fracture entre les femmes et leur corps."

HALAL fanzine

Aujourd'hui, c’est encore à travers ses créations que Merieme met en avant le corps de la femme et lutte contre les tabous et les interdits. Elle a ainsi fondé le fanzine HALAL, dont le deuxième numéro sortira au printemps 2020.  Sur le site on peut lire :

"La culture fanzine : c'était la meilleure manière de diffusion d'idées antisystème. La démarche est engagée ;  ça se fait facilement, ça peut servir de tremplin. C'est une manière de voir le livre très différente", explique Merieme.

Sur le site du fanzine on peut lire : " HALAL Fanzine est un projet de fanzine qui offre un espace d’expression et de liberté à la jeunesse créative au Maroc et dans tous les pays de la région AMEMSA (Afrique, Moyen Orient, Pays Musulmans, Asie du Sud). Nous voulons penser un espace au sein duquel ces jeunes vivent leur propre jouissance, au-delà de la censure. Sans tabou, HALAL Fanzine est une quête d’affranchissement, une volonté de quitter les états de soumission, passivité et disponibilité."

Vingt-huit artistes ont contribué au premier numéro, fait d'un mélange d'illustrations et de textes, dans différentes langues et d'horizons différents : Palestine, Irak, Égypte, Indonésie, Algérie et Maroc. Le numéro 2 est en cours de préparation.

Anti-système

Elle a également cofondé le festival SPIN OFF pour la microédition. Un festival gratuit, en marge de celui d'Angoulême qui permet de donner de la visibilité à des artistes émergents. Faire de la place aux autres et mettre en lumière des initiatives différentes, empreintes d'expérimentation,  voilà l'état d'esprit de Merieme. "Mes livres c'est pareil : je les fais moi-même, je les imprime moi-même, j'expérimente comme ça, je n'ai pas de contrainte... et ça c'est en accord avec les idées que je défends. Les fanzines viennent de la culture punk, imprimés rapidement, avec une forte idée antisystème, et il faut que ça reste comme ça. Même si aujourd'hui les thèmes ne sont pas forcément engagés, le principe lui le reste."

Reste que quoiqu'elle en dise avec la place que son travail fait au corps des femmes et à la déconstruction des normes imposées, Merieme Mesfioui lutte définitivement contre le système.