Egypte : La presse en danger

La presse égyptienne et la liberté d'expression sont en danger. Rien de neuf donc : voilà des années que la situation est difficile pour les défenseurs de la libre parole dans ce pays. Les évenemnts des derniers jours n'ont fait que renforcer l'inquiétude. En l'espace de quelques jours sept journalistes ont été arrêtés - dont trois sont toujours emprisonnés - et une rédaction a été prise d'assaut. RSF classe l'Egypte en 163e position sur le Classement mondial de la liberté de la presse.

Le journaliste Shady Zalat arrêté chez lui

Deutsche Welle: Independent Egyptian media outlet Mada Masr says editor detainedhttps://t.co/JX0gvIv4UE#FreeShady#الحرية_لشادي_زلط

— Mada Masr مدى مصر (@MadaMasr) November 23, 2019

 

Vendredi 22 novembre, au petit matin, le secrétaire de rédaction du site Mada Mars, Shady Zalat a été arrêté chez lui. Quelques jours plutôt le site Mada Masr, où il travaille, avait publié un article à propos d'un des fils de Abdel Fattah Al-Sissi.

Une campagne demandant la libération du journaliste a rapidement vu le jour sur les réseaux sociaux.

Un raid de policiers au sein de la rédaction de Mada Masr

Deux jours plus tard, le dimanche 24 novembre,la rédaction du site Mada Masr était prise d'assaut par des policiers qui ont perqusitionné les locaux sans autorisation.

Plainclothes security forces have raided Mada Masr’s office in Cairo. Staff are currently being held inside, and their phones have been switched off. We will update once there are more details. pic.twitter.com/yEzUH5u3G0

— Mada Masr مدى مصر (@MadaMasr) November 24, 2019

Les policiers vont retenir et interroger les journalistes pendant plusieurs heures, en les privant de leurs ordinateurs et leurs téléphones portables. Les journalistes n'auront pas le droit de quitter la rédaction et personne ne sera autorisé à entrer dans les locaux, alors même qu'un avocat se tient devant la porte.

En fin de journée la rédactrice en chef Lina Attalah, ainsi que les deux journalistes Rana Mahmoud et Mohamed Hamama seront amenés dans un commissariat, avant d'être finalement relâchés. 

Dans la foulée Shady Zalat sera lui aussi libéré.

❤️❤️❤️❤️❤️❤️❤️❤️ pic.twitter.com/ufy28ku3UD

— Mada Masr مدى مصر (@MadaMasr) November 24, 2019

Le site Mada Masr, qui a vu le jour en 2013, est actuellement inaccessible en Egypte. C'est l'une des dernières voix indépendantes du pays, travaillant sur le terrain, réalisant des enquêtes qui mettent à mal les autorités, et qui est de ce fait bloqué depuis juin 2017.

Trois journalistes arrêtés le mardi 26 novembre

pic.twitter.com/V8m3J7iaZ3

— Mada Masr مدى مصر (@MadaMasr) November 26, 2019

Mardi 26 novembre, à 22h30, les journalistes égyptiens Solafa Magdy, Hosam El-Sayyad et Mohamed Salah ont été arrêtés par des policiers en civil, sans aucune justification légale. Ils avaient notamment couvert l'arrestation de la militante des droits humains Esraa Abdel Fattah. Ils sont encore emprionnés à ce jour. Leur avocat a rapporté que Solafa Magdy avait subi des violences lors de son interrogatoire.

De nombreuses déclarations publiques pour demander la libération des journalistes 

Dans la foulée du raid policier dans la rédaction du site Mada Masr, le compte twitter d'Amnesty press a rapidement réagi.

In a serious escalation, security forces in #Egypt have raided the office of independent media outlet @MadaMasr. Security forces must vacate the premises and refrain from punishing journalists for doing their legitimate work. #Journalismisnotacrime

— amnestypress (@amnestypress) November 24, 2019

Le jour de la perquisition, la porte-parole du Service européen pour l'action extérieure faisait une déclaration expliquant l'inquiétude que créait les restrictions à la liberté d'expression en Egypte.

Mardi 26 novembre, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a, lors d'une conférencede presse, appelé l'Egypte à respecter la liberté de la presse. Une déclaration qui a été perçue comme une prise de position en faveur des journalistes sous pression.

Une lettre ouverte a été rédigée par un collectif de journalistes et de chercheurs, et publiée vendredi 29 novembre dans le journal français Libération. "Nous demandons la libération immédiate de Solafa Magdy, Hosam El-Sayyad, Mohamed Salah et Esra Abdel Fattah."

Quelques jours après son arrestation Lina Attalah, fondatrice du site Mada Masr, a écrit un long texte "A few things you might like to know about us" dans lequel elle explique le déroulement de la journée, le travail réalisé par l'équipe, la force et la solidarité qui unissent ses membres. Un texte fort et touchant, à l'image de son auteure.