Elections Présidentielles en Algérie : "pas de vote, pas de pardon"

Etrange situation que celle de l'Algérie depuis neuf mois. Tous les vendredis des milliers (millions disent les Algériens) de personnes occupent la rue pour exiger le départ du régime. Le général qui tient le pays d'une main de fer depuis la chute de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika ne pense lui qu'aux élections présidentielles. La campagne électorale a été lancée et relayée par les médias affiliés au pouvoir.

On serait tenté de dire que, finalement, il n’y a rien de nouveau sous le ciel algérien. Cela fait des décennies que l'acte de voter ne signifie plus rien en Algérie. Pourtant tout a changé depuis le 22 février. Le mouvement de révolte parti ce jour là a déjoué toutes les manœuvres de « la issaba » (gang).

Arrestations arbitraires, procès ubuesques, restrictions de la mobilité des citoyens, censure de la presse et interventions musclées contre des étudiants, des magistrats et des militants. A chaque nouvelle répression les manifestants sont encore plus déterminés et ça dure depuis neuf mois de jour comme de nuit !

Le général Gaid Salah

Le général Gaid Salah se défend de vouloir utiliser la force armée contre le peuple mais ne veut rien entendre sur un report ou une annulation des élections. Ses candidats, de pâles personnages du régime, sont hués, insultés et sont parfois obligés de s'enfuir sous les tirs nourris d'oeufs et autres produits. Un seul mot d'ordre sur les réseaux sociaux et dans la rue : empêcher l'élection du 12 décembre de se tenir "ne pas douzedouzer".

Le général qui n'est pas candidat veut que l'urne lui fournisse une marionnette qu'il installera à la présidence de la république. Il lui suffira d'un petit pourcentage de participation pour valider cette farce et se donner les moyens constitutionnels de façade de réprimer la contestation populaire.

Ce mauvais scénario est nécessaire pour rassurer les partenaires de l'Algérie et leur donner bonne conscience pour maintenir de bonnes relations d'affaires. Les manifestants n'ignorent pas qu’ils doivent combattre un régime qui a, grâce à la manne pétrolière, de solides soutiens étrangers.

Les pays arabes, en particulier les monarchies pétrolières, n'aiment pas que des citoyens arabes réclament droits et démocratie. Ils craignent la contagion "démocratique" et ne veulent pas d'un renouveau du printemps arabe. Les Européens et les Américains ont trop d'intérêts commerciaux et géopolitiques en Algérie pour s'offusquer d'une nouvelle junte militaire dans la région.

Le blackout médiatique est soigneusement entretenu d'abord par le pouvoir algérien qui ne donne plus aucun visa d'entrée aux journalistes étrangers. Ensuite par les capitales "amies" qui ne disent pas un mot sur une situation de haute tension à leurs portes. C'est en résumé le sentiment des manifestants déterminés à préserver le caractère pacifique de leur action.

A Paris, Bruxelles, Montréal et ailleurs la diaspora algérienne souvent soutenue par des mouvements de gauche locaux organise tous les dimanches marches et manifestations dans l'indifférence des autorités des pays d'accueil. Les organisations comme Amnesty International ou Reporters sans Frontières ont beau s'alarmer rien n'y fait.

Les Algériens ont compris pour leur part qu'ils devront aller seuls au bout de leur rêve de liberté. Jusqu'à présent ils ont réussi à tenir tête au régime et à la répression. Mais jusqu'à quand ? Des voix commencent à réclamer des actions plus fortes et proposent dans un premier temps la désobéissance civile ou la grève générale.

Le pire pourrait arriver si le général arrive, lui, à aller jusqu'au bout de sa mascarade électorale…