Sombres élections

C'est comme un mauvais rêve. Un qui jette un malaise, donne le vertige, la nausée, assombri le ciel alors qu’il fait plein jour. Elles puent ces élections. Ou est-ce mon moral qui joue aux montagnes russes? Je me réjouis de ce que quelques jeunes aient voté, mais m’inquiète de l’absentéisme. Je le tempère face au bassin d'électeurs qui a grandi. Mais repense à tous les échanges avec des citoyens qui m’ont dit que “Non, non, non, je n’irai pas voter! Pour quoi faire? Et pour qui? Tous des voleurs et des menteurs et moi je suis coincée dans ma vie…” Et puis je me retrouve à suivre les débats télévisés entre les candidats et à me frapper le front de la paume de la main toutes les 3 secondes en me disant que décidément, ce n’est pas possible de dire de telles absurdités en direct, comme ça, à la télé, en espérant se faire élire président ou député.

Au début il y avait 26 candidats pour la présidentielle. La démocratie qui s’ouvre à tous ! Finalement non, à y regarder de plus près la moyenne d’âge frôle la soixantaine dans un pays pourtant encore jeune, et finalement la majorité des candidats est issue du sérail politique.

Deux outsiders se placent en pole position, donnant lieu à un second tour surréaliste le 13 octobre prochain : un prof de droit sans parti et un homme d’affaires en prison. L’homme d’affaires crie qu’il ne peut pas faire campagne, on commence à s’inquiéter de l’égalité des chances entre les candidats à faire campagne. Pour couper la poire en deux le candidat en liberté décide de ne pas faire campagne, non sans avoir souligné le fait que le candidat emprisonné, lui, est propriétaire d’une chaîne de télé.

Alors quid de l’égalité entre les candidats ? Entre un homme d’affaires plein aux as qui a créé une association caritative qui vient en aide aux nécessiteux depuis quelques années et c’est ainsi fait connaître et un prof sans parti et sans machine qui est régulièrement invité dans les médias depuis 2011 pour commenter les évolutions juridiques et constitutionnelles du pays?

Et puis là, paf ! une révélation arrive, parce que que la Tunisie adore les coups de théâtre: des documents qui font mention d’un possible contrat de lobbying pour le candidat emprisonné, mais sans sa signature, donc sans son engagement.

La journée avance et le ciel s’obscurcit. Quoi faire de ce candidat embarrassant, que la justice a, semble-t-il, opportunément enfermé, peut-être parce qu’il faisait de l’ombre à d’autres candidats issus du gouvernement -et alors que son affaire traîne sans que la justice se mette en branle depuis 2016-? Tout le monde s’agite : la mission d’observation de l’Union européenne et même le Porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies.

En attendant ce deuxième tour qui devient de plus en plus sombre, les législatives n’ont pas l’air de motiver les foules et le risque d’érosion de la démocratie est là : pourquoi aller voter si les candidats ne semblent avoir aucun programme applicable et que les élections semblent prises au piège entre des règlements de comptes ?