Tunisie : Prendre la terre, deux fois

Crédit : Rim Mathlouthi

Rim Mathlouthi est une journaliste franco-tunisienne, qui s'est installée en Tunisie après la révolution de 2011. Elle est depuis un an et demi la présidente de l'Association Tunisienne de permaculture. Par deux fois elle a pris la terre. D'abord en s'installant dans le pays de ses parents, pour être témoin direct des changements dans le pays. Ensuite en promouvant l'agroagriculture et la permaculture.

Elle est généreuse. On pourrait ne retenir que ça. Mais ça ne serait vraiment pas assez. Rim Mathlouthi est une journaliste franco-tunisienne, "alsacienne, avec un côté très allemand aussi", sourit-elle. Elle aime : les gens, apprendre, partager ce qu'elle sait, apprendre. Elle  fait mille activités à la fois, mais a toujours du temps pour aider des étudiants ou réaliser une activité avec de jeunesélèves.

Entre une formation et une visite sur un terrain agricole, elle travaille comme journaliste, depuis la Tunisie où elle s'est installée en 2011

Crédit : Rim Mathlouthi

Venir en Tunisie

Née en France, de parents tunisiens, Rim passe ses étés en vacances à Bab Saadoun, quartier populaire de Tunis et au Bardo, ville voisine de la capitale. Ses parents sont arrivés en France dans les années 60, alors que la main d'œuvre était demandée, sans aucun souci de papiers.

"Longtemps cette question des frontières n'a pas existée pour moi, c'est plus tard que j'ai été confrontée à la fermeture des frontières."

De la Tunisie elle n'a longtemps qu'une bonne image. Jusqu'à ce qu'elle soit diplômée en journalisme et qu'elle comprenne, en grandissant, que Ben Ali gérait le pays. Alors qu'elle débute sa carrière professionnelle le consul tunisien de l'époque à Strasbourg se met àla convoquerrégulièrement. "Le système de flicaille qui existait à l'intérieur du pays s'appliquait de la même façon en France." Et puis alors qu'elle doit couvrir un événement en Tunisie, sa rédaction décide d'envoyer quelqu'un d'autre "J'ai alors longtemps détesté ce pays."Une colère qui se retourne également contre la France, pays qui fermait les yeux sur ce genre de système.

"J'ai découvert le pays en arrivant"

En 2011, alors qu'elle travaille au Maroc, Rim couvre la Tunisie post-révolution. "Je me suis alors dit que c'était là que je voulais être, parce qu'il se passait quelque chose, que c'était historique et que c'était à ce moment là que je pouvais comprendre quelque chose de ce pays. Mes parents, eux, n'ont absolument pas compris ma décision."

"Moi j'ai découvert le pays en arrivant. Avec un projet de vie et un projet professionnel." Elle raconte d'abord avoir été confrontée à de nombreuses difficultés, aux aberrations du système et de la vie quotidienne. "Mais je trouvais ça intéressant et j'aimais être là."

Travailler sur le vivant pour le vivant

Crédit : Rim Mathlouthi

En 2014 Rim réalise un reportage sur l'Association Tunisienne de Permaculture. De fil en aiguille elle suit les activités de l'association, se rend à la fête des semences paysannes. "C'était intéressant de voir ce qui émergeait de cette réflexion." En 2016 elle devient membre de l'association et en 2017 elle en est nommée présidente.

"Pour moi l'agroécologie c'est la conscience, l'avenir, la Terre-mère. Et pour moi c'est une manière de faire ma part dans le pays de mes parents. C'est un engagement dans ce pays qui n'est pascomplètement le mien, car je suis française, mais qui est aussi mien." Un entre-deux à l'opposé du "ni-là, ni-là" souvent jeté au visage des binationaux auxquels on reproche de n'appartenir à aucune terre.

 

"La permaculture complète très bien mon métier je trouve. Très longtemps j'ai assisté à des choses très moches dans le monde. En tant que journaliste nous faisons des reportages et ça s'arrête là... pour moi cette activité rééquilibre ce manque de continuité. Et je le fais à travers la terre, en travaillant sur le vivant pour le vivant", explique-t-elle.

 

 

 

 

 

Semences tunisiennes, micro-fermes et guide de permaculture

Crédit : Rim Mathlouthi

Fête des semences, ateliers potagers, formations à la permaculture et l'agro-agriculture, l'association de permaculture ne chôme pas. Une caravane qui part à la recherche des semences tunisiennes a été mise en place, un guide sur la question va voir le jour. Mais ce n'est pas tout : un projet de 80 micro-fermes est en cours de création. "Il y a de nombreuses familles qui ont des terres en Tunisie, mais elles sont souvent abandonnées car les petits-enfants sont partis en ville pour chercher du travail. Nous proposons d'accompagner les gens pour qu'ils lancent une activité." A terme l'ATP espère lancer un système d'AMAP pour que les consommateurs tunisiens puissent également devenir des "consom'acteurs".

Les Tunisiens s'intéresseraient donc à l'agriculture alternative? Oui répond-t-elle sans ambages : "Il y a une conscience de la terre en Tunisie. Les gens se renseignent sur les problématiquesenvironnementales, sur ce qu'ils mangent... Les médias tunisiens commencent à en parler... Les gens se demandent donc ce qu'ils peuvent faire."

Crédit : Rim Mathlouthi

Rim a pour un temps pris la terre, non sans efforts.

"La Tunisie est un pays extrêmement attachant, avec une humanité que je ne trouve pas ailleurs. Et c'est un laboratoire qui t'oblige à être tout le temps dans la lutte, il faut s'adapter."

Si elle ne devait retenir qu'une chose :"C'est que tout est possible en Tunisie, car on part de rien. La moindre action a un impact et peut vite grandir. Cette réalité, dans de ce petit pays, fait beaucoup de bien... Et puis il y a des jeunes qui ont une vision complètement différente des choses, qui reviennent vers la terre et vers ce qui se faisait avant. Et ça c'est un super point positif!" sourit-elle.

 

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