Algérie, la dignité retrouvée

Après l'ivresse de la victoire, les Algériens craignent désormais le saut dans l'inconnu. Le président Abdelaziz Bouteflika en poste depuis 1999 renonce à un cinquième mandat après des manifestations pacifiques depuis le 22 février dernier.

Des millions d'Algériens ont investi la rue pour exiger le départ d'un président physiquement incapable de gouverner et de son clan de prédateurs. Leur formidable mobilisation a payé mais le chemin vers une véritable démocratie risque d'être encore long et difficile.

On ne se débarrasse pas facilement du régime algérien. Une concession sur le renoncement à un 5ème mandat vite rattrapée par des propositions dont l'inconstitutionnalité n'a d'égale que le mépris qu'elles expriment envers le peuple.

Le scrutin du 18 avril est reporté sine die, une conférence nationale inclusive sera organisée pour une révision constitutionnelle. Le tout supervisé par les pires représentants du système. Moussa hadj ou hadj moussa comme dit le proverbe algérien pour cette énième ruse du pouvoir afin de se maintenir et préserver ses intérêts.

La ficelle est bien trop grosse pour duper qui que ce soit, mais elle confirme de nouveau que Bouteflika et son clan ne cédera pas la place sans livrer bataille. Et c'est bien là la crainte des Algériens qui continuent toutefois à occuper la rue parce que reculer maintenant reviendrait à signer un chèque à blanc au pouvoir pour longtemps encore.

Le peuple a recouvré sa dignité mais reste confronté à un vide douloureux de personnalités et de partis politiques crédibles pour mener la construction de la deuxième république. Le règne de Bouteflika a laminé l'opposition, détruit les espaces d'expression populaire, corrompu syndicats et organisations de la société civile.

Il a régenté le pays par la menace d'un retour au chaos tel que vécu durant la décennie noire de guerre contre l'islamisme armé. Ces dernières semaines les caciques du pouvoir n'ont cessé de brandir l'épouvantail de la violence islamiste alors que l'islamisme politique n'a jamais été aussi peu présent dans une révolution d'un pays musulman.

Toutes ces tentatives d'étouffer la révolution, car c'est bien de cela qu'il s'git, semblent bien pitoyables face à une détermination populaire sans précédent. Les Algériens entendent bien aller jusqu'au bout de leur projet de deuxième République qu'ils veulent construire eux-mêmes avec leurs potentialités et le réservoir d'énergie de leur jeunesse.

Le pouvoir algérien pourrait être tenté par le recours à la répression comme à chaque soulèvement populaire, mais pour l'édition 2019 il aura un ennemi invincible : la dignité retrouvée.



 

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