MUZZIKA ! Janvier 2019

Pour démarrer l’année 2019 une bien belle récolte : Marc Berthoumieux avec son accordéon nous fait danser autour du monde ; Joce Mienniel plonge dans l’Inde et le Moyen-Orient avec sa flûte plus orientale que nature ; les Moussu T et lei Jovents nous offrent un deuxième album de leur délicieuses opérettes marseillaises toujours fraîches ; le Marocain Aziz Sahmaoui nous démontre que l’Afrique du Nord et Sub-saharienne dialoguent toujours en musique ; Raphaël Fays nous offre un sublime album de guitare gitano-flamenco-manouche au sommet ; et la chorale féminine Le Mystère des Voix Bulgares nous chante une terre de Bulgarie immémoriale et sacrée. Bonne Année à tous !



LE COUP DE COEUR DE BABELMED :

MARC BERTHOUMIEUX, « Le bal des mondes », Sous la ville

Dans ce dernier album très réussi, entièrement composé par lui-même, Marc Berthoumieux s’entoure d’amis musiciens de talent - Giovanni Mirabassi au piano, Louis Winsberg à la guitare ou Mino Cinelu aux percussions, pour ne citer qu’eux parmi la dizaine d’artistes invités à l’accompagner. 

 Hommage à toutes les musiques du monde, dont la France, patrie de l’accordéon avec son accordéon-musette qui est la musique faite gaîté, ce  disque est à l’image de la pochette : solaire et coloré. Comme ces pays du Sud que notre accordéoniste-voyageur a abondamment arpenté, mais aussi tout simplement comme la vie, quand on décide de la voir du bon côté !

La joie de vivre éclate tout au long de ce disque qui est comme un arc-en-ciel en musique : il vous rend heureux tout simplement, rien qu’à l’écouter ! Merci Marc Berthoumieux !

www.marcberthoumieux.com



JOCE MIENNIEL, « Babel », Buda Musique

Voilà une bien belle histoire : Joce Mienniel, flûtiste passionné de jazz, intègre le prestigieux et très sélectif CNSM - Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où n’entrent que les meilleurs étudiants instrumentistes de France (et d’ailleurs), en sort Premier Prix en Jazz en 2004, et se passionne depuis plus de 20 ans pour les musiques d’Inde et d’Orient au point qu’il nous livre ici son premier album… plus indien et plus oriental que nature !!!!

Laissons-le nous raconter lui-même son histoire : « J’ai étudié la musique indienne pendant 2 ans et ce fut une véritable révélation. D’abord par rapport à l’usage nouveau que je pouvais avoir de la flûte, les sonorités « liquides » du bansouri indien que je découvrais, la pratique de la musique modale, mais surtout ça m’a permis de porter un regard nouveau sur les musiques traditionnelles. Cela fait près de vingt ans maintenant que j’écoute et que je travaille ce type de musiques et de sonorités, et elles font désormais partie de moi. J’y trouve toute mon inspiration ».

Joce Mienniel a donc réuni autour de lui un musicien pakistanais - Ashraf Sharif Khan au sitar - et un ‘oudiste syrien, Iyad Haïmour ; aux côtés du Macédonien Stracho Temelkovski à la mandole, au bendir et daff ; de Joachim Florent à la contrebasse ; et d’Antony Gatta aux percussions.

Joce Mienniel a collaboré avec les plus grands noms du jazz et des musiques improvisées en France. Le voilà désormais non plus en « side musician » mais sur le devant de la scène… Et dans quelques décennies l’on pourra dire de jeunes musiciens qu’ils ont collaboré avec les plus grands noms du jazz et des musiques improvisées en France…dont Joce Mienniel !:)

Le point commun entre le CNSM et ces musiques indiennes et orientales - et avec toutes les musiques du monde au final ? Les années d’étude et de travail, qui seules mènent à l’excellence musicale…

www.jocemienniel.com

http://www.budamusique.com



« Opérette Volume 2 », Manivette Records MOUSSU T E LEI JOVENTS

Nous avions adoré leur « Opérette Volume 1 », paru en 2014, et sommes heureux que ce deuxième volume voie le jour ! Moussu T e lei Jovents sont l’un des groupes les plus talentueux et les plus sympathiques non seulement du Sud de la France, mais carrément de tout l’Hexagone ! Et si l’on aime leurs disques écoutés chez soi, sur scène ils dégagent en quelques heures une bonne humeur, qui a les mêmes effets qu’une semaine de vacances au bord de la Méditerranée, du côté de Marseille ou de La Ciotat, leur ancrage !

Le groupe poursuit donc cette exploration des chansons qui firent le succès des opérettes marseillaises dans cette période, faste pour la ville, que furent les années 30 et d’avant-guerre.

Vincent Scotto, René Sarvil, Alibert ou Georges Sellers sont quelques-uns des noms les plus célèbres parmi les compositeurs, paroliers et interprètes de succès phénoménaux à l’époque que furent « Les Pescadous », « J’ai rêvé d’une fleur » ou « à Marseille un soir ».

Mais pourquoi ce « revival » d’un genre qui a fleuri il y a près de 100 ans, en ce début de 3ème millénaire où le rap se taille la part du lion parmi les musiques plébiscitées par les jeunes générations ? C’est comme une leçon d’histoire, nous racontent les Moussu T : à l’écoute de ces titres rétro et célèbres, ils ont réalisé que ces chansons mélangent l’humour marseillais avec le swing et le jazz venus d’Amérique en France à l’époque, et aux racines africaines comme on sait, le tout mâtiné de bel canto italien, prisé en ce temps. 

L’opérette marseillaise, ce genre que l’on croit « typiquement français », se révèle donc ainsi une musique éminemment métissée ! Voilà le « scoop » que nos chanteurs-messagers veulent faire passer ! Et la leçon toujours valable aujourd’hui, car Marseille reste la ville métissée qu’elle était alors, et qu’elle est depuis quelque… 2.600 ans !

Mais surtout : les Moussu T veulent s’amuser, et nous faire plaisir, avec ces titres drôlissimes, aux musiques joyeuses et entraînantes, qui, comme toutes les excellentes musiques, n’ont pas pris une ride ! Pourquoi les Moussu T aiment tant s’amuser, et nous amuser ? Parce que, comme ils le chantent dans la chanson « On est tous comme ça » (de Marc Cab et Georges Sellers) :

«On est tous comme ça dans le Midi

Peut-être un peu fadas  mais si gentils

Grands et petits on est ainsi,

Coquin de sort on s’en fait pas

Dans le Midi on est tous comme ça ! »

A voir sur scène urgemment ! Les dates de leur tournée sur leur site. 

mousssuteleijovents.com



AZIZ SAHMAOUI & University of Gnawa, « Poetic Transe », PIAS

Le premier titre donne le ton de l’album : un texte déclamé en arabe auquel répond une langue africaine, des rythmes typiquement gnawa, le chant d’un griot qui s’élève bientôt, et les musiques et langues d’Afrique du Nord et sub-saharienne qui finissent par se mêler complètement. Le titre de cette composition d’ouverture est « Janna Afrikia », soit « Paradis africain » en arabe : la déclaration d’amour à la terre d’Afrique est exprimée !

La kora, la guitare guembri, le rock occidental des guitares électriques, la transe des cérémonies magiques de l’islam populaire dans le Sud marocain, région natale de Aziz Sahmaoui (né à Marrakech), continuent de nous raconter, en 2018, une très vieille histoire : celles du mélange des peuples, entre les hommes et femmes venus au Maroc du Sud du Sahara - aujourd’hui Sénégal, Mali, Guinée,… (d’où le nom « gnawa » (« Guinéens » en arabe), des musiques des descendants des Sub-sahariens au Maroc). Ces hommes et femmes commerçaient, en caravanes, avec le Nord du continent africain, et certains s’installèrent là définitivement…

Le métissage continue donc, aujourd’hui comme hier… Et l’accordéon des musiques populaires d’Europe s’invite parfois avec bonheur dans ces musiques et ces chansons qui nous racontent, en arabe, l’Afrique d’aujourd’hui.

www.azizsahmaoui.com



RAPHAËL FAYS, « Paris Séville », Lorelei Prod/Frémeaux & Associés

A Babelmed nous aimons beaucoup Raphaël Fays, digne héritier de Django Reinhardt dans sa version gitan du Sud aux doigts magiques…

( http://www.babelmed.net/article/2121-muzzika-decembre-2009-janvier-2010/ ). Nous avons eu le bonheur de l’entendre à nouveau récemment en concert, et avons ainsi pu mesurer, avec nos yeux outre nos oreilles, la véritable performance que représente l’exécution de ces musiques d’une complexité inouïe, et qui nécessitent d’avoir véritablement de la magie dans les doigts pour pouvoir les interpréter (c’est une ancienne guitariste qui vous parle là…:).

Mais pas seulement de la dextérité technique : car ces musiques gitano-manouches, qu’elles viennent de Séville, de Paris ou de Belgique comme Django, parlent à notre coeur plus qu’à notre raison, et si l’émotion n’est pas là, et rien que la technique, et bien non ça ne marche pas.

Avec ce somptueux album qu’il a pratiquement entièrement composé, Raphaël Fays nous prouve que la guitare flamenca, la guitare manouche, la guitare tout court en somme, peut atteindre des sommets musicaux : sommets en émotion et en joie pure. Pour en juger, écoutez « Ranger Rumba », par exemple :

www.raphaelfays.com - www.fremeaux.com



LE MYSTÈRE DES VOIX BULGARES, « Boo Chee Mish », L’Autre Distribution

Nous ne connaissions presque rien aux chants bulgares avant de recevoir ce disque, et nous avons été charmée par ce répertoire et ce genre totalement inconnus de nous auparavant !

« Le Mystère des Voix Bulgares » est le nom d’une chorale féminine créée dans les années 50, et découverte par l’ethnomusicologue suisse Marc Cellier, qui les enregistra pour la première fois en 1975, et les fit connaître au reste du monde.

Ce disque, quelque 20 ans après leur précédent album, ne contient pourtant aucune chanson traditionnelle, mais des compositions nouvelles, à la fois du jeune compositeur bulgare Petar Dundakov et du compositeur irlandais Jules Maxwell, mais toutes semblent, à l’oreille, remonter aux origines même du chant humain…

Car ce qui frappe, c’est le caractère intemporel, et quasiment sacré, de ces chants aux polyphonies subtiles. C’est véritablement « le chant de la terre » de Bulgarie qui se donne à entendre, et l’authenticité de ces musiques - l’authenticité de cette tradition, re-créée ici par deux jeunes compositeurs - s’entend à l’oreille : nul artifice, nulle décoration, nul effet pour impressionner.

Dans ces chants, l’on perçoit tout à la fois la tradition liturgique orthodoxe, la Mongolie, les chants féminins du Kazakstan, les steppes d’Asie Centrale, les ondulations orientales turques, car la Bulgarie fut pendant des siècles un carrefour de cultures. Dans ces chants venus de la terre, comme dans les polyphonies corses ou les chants basques, l’on entend aussi parfois, tout simplement, le souffle du vent sur les montagnes, ou l’écho d’un paysage qui parle son propre langage…

C’est une musique enracinée qui se donne à entendre, et qui tire sa force de ses racines séculaires, toujours vivantes aujourd’hui.

PS qui éclaire le titre du disque : en bulgare, « bučimiš » est le nom d’une danse folklorique, mais ce mot désigne aussi, au sens figuré, le fait de bousculer la tradition pour la réveiller…

themysteryofthebulgarianvoices.com

 

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