Sunra, graffeur de coeurs

A Montpellier, au détour de certaines rues, on peut se retrouver nez à nez avec des oeuvres de street art marquées de cœurs. Ce sont les œuvres de Sunra, street artist franco-tunisien.

Photo du collage de Sunra à Tunis en 2011. Crédit image : Sunra

 

Il a beau être timide, Sunra, street artist  montpelliérain de 36 ans, n'hésite pas à marquer les murs de sa ville d'adoption de preuves d'amour. Quand il utilise la peinture il est sacrément expansif et réalise des œuvres où un cœur au moins à toujours sa place.

Originaire de Zarzis, ville côtière du sud tunisien, le jeune homme est un méditerranéen, mais pas de ceux qui parlent avec les mains, qui brassent de l'air, exagère tout. L'artiste est un homme réfléchit, d'un calme olympien, il pèse ses mots, se dit timide, et se raconte par bribes. Loin de l'image d'Épinal du street artist que l'on imagine cavaler de murs en toits, pour couvrir des façades de signes obscurs.

 

Une soif de culture

Nina Simone, oeuvre de Sunra à Montpellier. Crédit image : Sana Sbouaï

 

Sunra a grandi en Tunisie. Il y suit sa scolarité, passe son Bac, est admis aux Beaux-arts, mais veut partir : "j'avais envie de découvrir le monde, j'avais une soif de culture que je n'arrivais pas à assouvir en Tunisie..." Ce fan de hip-hop plie bagages, reste au bord de la méditerranée, mais change de rive.  Il débarque à Montpellier en 2001 : "un jour avant le 11 septembre."

Il s'inscrit en fac de lettres, fait des études de cinéma pendant deux ans, se cherche, s'accroche à l'univers artistique, veut faire de la musique. Il finit par étudier le graphisme et y débute une carrière en communication visuelle, tout en essayant de rester proche de la musique : "A l'époque je contactais des artistes via Myspace pour faire des design pour les musiciens que j'aimais bien."

En sortant de l'école il se lance comme indépendant, enchaine les petits boulot galère : "tous ces petits boulots qui, quand tu en arrives à faire ce que tu aimes, te permettent de dire que tu es content de les avoir fait, que ça t'a appris la vie..." Il finit par trouver un emploi dans une agence de communication. Jusqu'à ce que le dessin prenne une autre place dans sa vie.

"The revolution will be live"

A l'époque Sunra touche à tout, fait de la photo, s'intéresse au street art, mais n'ose pas passer le pas. C'est alors que la révolution tunisienne a lieu. "Cette révolution m'a donnée l'envie de faire quelque chose, de m'identifier. De défendre ce monde arabe... Quand je faisais mes études, je faisais toujours des projets par rapport au monde arabe... c'était le truc qui me permettait d'apporter quelque chose", se souvient le jeune homme.

C'est en Tunisie, en 2011, qu'il réalisera son premier collage. Il reprend et détourne la couverture d'une pochette d'album de Gil Scott-Heron, ainsi qu'une citation d'une chanson "The revolution will be live". Il en fait une affiche, qu'il va coller sur un mur de la capitale, accompagné de son père, à qui il demandera d'y ajouter une phrase. Ce dernier écrira, au feutre rouge, trois mots scandés par les citoyens tunisiens : "Liberté, démocratie, justice."

Ce grand timide le dit clairement : "j'étais en mode "je me cache", j'étais anonyme... j'ai toujours peur de ce que les gens vont penser, je suis bienveillant alors je me mets toujours à la place de l'autre..." si bien qu'il commence par faire du street art sans signer. C'est son ami street artist Oups, avec qui il collabore régulièrement,  qui le poussera à se dévoiler.

 

"Soigner l'âme et le coeur"

Sunra_When technology substitutes for food

 

Pour lui chaque création demande une réflexion, il allie image et mots pour dépasser l'aspect visuel et prolonger l'histoire. De l'amour et des citations, un univers poétique, oui, mais pas de niaiseries. "Souvent je fais référence à des personnalités qui me parlent, mais aussi pour que ça parle aux gens."

Finalement avec la peinture il dit avoir trouvé sa voie : "C'est l'outil qui me correspond le mieux. Ce médium permet de toucher les gens, sans être en avant comme peuvent l'être les musiciens, et tout en ayant un message."  Avec ses œuvres il passe un message et veut être utile : "Je me dis que ce que je fais doit être c'est au-delà de quelque chose de simplement joli. J'espère que les gens qui regardent passent une belle journée, que ça les inspirent... comme le médecin soigne le corps, l'artiste soigne l'âme et le cœur. C'est ça qui me plaît dans mon travail."

Sunra_"La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent." ❤ L'Homme révolté (1951) Albert Camus - Rue du Maroc


 

Related Posts

Rencontres de Strasbourg-Méditerranée

30/08/2018

La guerre, la paix, le monde et l’histoire avec les 6èmes Rencontres de Strasbourg-Méditerranée septembre/décembre 2018