Mon Eldorado n’est pas le tien

Mon Eldorado n’est pas le tien Heureusement Laurent Gaudé a du talent. Tout en collant de près à des événements réels qui ont fait la une des journaux (l’affaire des bateaux affrétés par les services secrets syriens pour faire pression sur l’Union Européenne, la prise d’assaut des barbelés séparant le Maroc de ses enclaves espagnoles), il nous livre un récit poignant grâce auxquels les candidats à l’immigration ne sont pas plus les anonymes que l’on voit sur nos écrans au 20h. Ils ont un nom et des parcours tragiques. Boubakar erre depuis sept ans entre la Libye, l’Algérie et le Maroc dans l’espoir de traverser la Méditerranée. Souleiman est un jeune soudanais qui devient un loup malgré lui. Ils ont aussi un regard. Et c’est d’ailleurs sur le regard d’une jeune femme rescapée du Vittoria, bateau chargé de clandestins puis abandonné en pleine mer, que s’ouvre Eldorado. Depuis que le cadavre de son bébé a été jeté par-dessus bord, cette mère ne vit plus que pour se venger. Elle a donc besoin d’une arme. Elle se la procure auprès du commandant Piracci, celui là même qui l’a extirpé du Vittoria, il y a deux ans de cela.
Piracci office dans les eaux territoriales siciliennes, du côté de Lampedusa. Il a pour (ingrate) fonction d’intercepter les clandestins morts ou vivants. S’il lui arrive de livrer combat, au péril de sa propre vie, contre les éléments pour les sauver des entrailles de la Méditerranée ce n’est que pour au final les livrer à la police. Absurde métier dont il s’accommode depuis 20 ans. Mais depuis qu’il a recroisé cette jeune femme, depuis qu’il a entendu son histoire, il lui est désormais impossible de continuer. Il lui est impossible de soutenir le regard de ceux qui ont choisir de partir. Parce qu’il y a vu le mépris mais pas uniquement, Piracci incarne bien plus que la mauvaise conscience des nantis. Il y a vu aussi la lueur, celle qui lui manque, celle qui incite à déplacer les montagnes, à franchir les frontières. Cette lueur, ce désir de vivre, que Piracci n’a plus ou n’a peut être jamais eu.
Alors il largue les amarres et comme ceux qu’il interceptait, il prend la mer, dans l’autre direction. A contre courant. De nuit. A bord d’une barque, il dérive vers l’Afrique. Son Eldorado. Son mirage où à son tour il croit renaître mais s’évanouit..

 

 


Fadwa Miadi
(12/09/2006)

 

 

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